[Dossier] Le takfir (le fait d'éxcommunier un individu de l'islam ) et Les takfiris contemporains

par convertistoislam - l'islam pour tous  -  20 Septembre 2010, 19:39  -  #LA CROYANCE ISLAMIQUE

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Vu la gravité du problème de rendre mécréant n'importe qui et les conséquences qu’il entraîne, comme l’anéantissement de vies innocentes, la destruction de biens protégés, la terreur engendrée chez les gens et l’ébranlement de leur sécurité et de leur tranquillité, notre frère Abou Anas a décidé de donner cette conférence expliquant le statut du takfir, par sincérité envers Allah et Ses adorateurs, par acquit de conscience et écartant ainsi toute ambiguïté chez ceux qui n’ont pas bien compris cette question.

 

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Un phare au milieu des ténèbres du Takfir

 



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L’origine du Takfîr (basé sur aucune preuve) remonte à très tôt dans l’histoire de l’Islam. Certains savants assument même que l’ « excommunication » de l’auteur d’un péché est la première innovation apparue dans les rangs des musulmans.

Sheïkh el Islam ibn Taïmiya souligne à cet effet : « C’est pourquoi, il faut prendre garde à ne pas taxer les musulmans d’apostasie à cause de leurs erreurs ou de leurs péchés, car c’est la première innovation apparue dans l’Islam. Ces adeptes ont exclu les musulmans de la religion et ils se sont légitimés leurs biens et leur sang. »[
Majmû’ el Fatâwâ (13/31), voir également : Sharh el Asfahâniya (p. 225).].

Les Kharijites sont les premiers innovateurs à s’être arrogés ce droit. Bon nombre d’entre eux comptaient dans l’armée d’Ali (t) à la bataille de Siffîn. Lorsque le dernier khalife et Mu’âwiya (t) s’en sont remis à l’arbitrage d’un tiers au mois de Ramadhan de l’année 37 de l’Hégire, les Kharijites se sont opposés à ce règlement. Ils ont dès lors blâmés à outrance le gendre du Prophète en lui lançant :

« Tu as pris des hommes pour juger à partir du Livre d’Allah alors qu’il n’y a d’autre Juge que Lui. » Ils l’ont ensuite explicitement « excommunié ».[
Voir : el Farq baïna el Firaq d’el Baghdâdî (p. 74-76), el Bidâya wa e-Nihâya d’ibn Kathîr (10/577), et Majmû’ el Fatâwâ de Sheïkh el Islam ibn Taïmiya (13/208).]

Abû el Hasan el Ash’arî a dit : « Les Kharijites sont unanimes à « excommunier » ‘Ali ibn Abî Tâlib pour s’être tourner vers le jugement des hommes.

Ils divergent toutefois sur la question de savoir si son apostasie porte sur l’association ou non. Quoi qu’il en soit, ils sont unanimes à dire que tout grand péché est un acte de mécréance à l’exception des e-Najdât qui n’adhèrent pas à cette opinion. »[
Maqâlât el Islâmiyîn (1/167).].

Selon certains grands hérésiographes, les Kharijites excluent de la religion à l’unanimité ‘Alî, ‘Uthmân, tous ceux qui ont participé à la bataille du Chameau, les deux arbitres entre les armées de ‘Alî et de Mu’âwiya, tous ceux qui consentent à cet arbitrage, et qui donnent raison à ces auteurs ou à l’un des deux. ils assument par ailleurs qu’il est tout à fait légitime de s’insurger contre les autorités en place.[
Voir : el Farq baïna el Firaq (p. 73), e-Tabsîr fî e-Dîn d’el Isfarâniya (p. 45).]

Après la bataille de Siffîn, douze milles insurgés se sont séparés de l’armée de ‘Ali pour se réfugier dans la montagne de Harûrâ ; c’est ainsi qu’ils furent nommés Harûrites. ‘Ali envoya ibn ‘Abbâs en vue de parlementer avec eux. la moitié d’entre eux sont revenus à la raison mais ceux qui restèrent pillaient les troupeaux et s’attaquaient impunément au sang des personnes. Ils ont assassiné ‘Abd Allah ibn Khabbâb ibn el Aratt, ils sont ensuite entré dans sa maison pour tuer son fils et sa mère qui était sa servante. Puis, ils firent campement à Nahrawân où ‘Ali les a rejoint à la tête d’un détachement de quatre milles hommes. une fois sur place, il dépêcha quelqu’un pour leur réclamer de lui livrer le meurtrier de ‘Abd Allah ibn Khabbâb, mais ils répondirent que toute leur bande est responsable de son crime. Dès lors, ‘Ali déclencha l’assaut et les passa tous au fil de l’épée à l’exception de neuf survivants qui réussirent à s’échapper. Sept soldats de l’armée de ‘Ali –ou neuf selon d’autres annales – sont morts au combat.[
Voir : el Farq baïna el Firaq (p. 75-78) et Majmû’ el Fatâwâ (13/208).]


Après la bataille, ‘Ali marcha au milieu des cadavres contre lesquels il s’écria : « Malheur à vous ! Ceux qui vous ont leurré sont à l’origine de votre malheur !

-Ô Prince des croyants ! Mais qui donc les ont-ils leurrés ainsi ?

-C’est Satan et leurs mauvais penchants ; ils les ont abusés par de vains espoirs, ils leur ont embelli la faute, et ils leur ont promis qu’ils seront les vainqueurs. »[
El Bidâya wa e-Nihâya d’ibn Kathîr (10/588).]


Le Prophète avait déjà mis en garde contre les Kharijites et leur prochain avènement. Il a par ailleurs encouragé de les combattre. D’après el Bukhârî et Muslim en effet, selon ‘Ali , j’ai entendu dire le Messager d’Allah :

« À la fin des temps, il y aura des hommes qui seront jeunes en âge et faibles d’esprit. Ils auront les meilleures paroles qui puissent être mais leur foi ne dépassera pas leur gosier et ils sortiront de la religion comme la flèche transperce sa proie. Combattez-les où qu’ils soient car il y aura une récompense le Jour de la Résurrection pour celui qui les aura combattu. »[
Sahîh el Bukhârî (2930), et Muslim (1066).].

Bon nombre de Hadith blâment les Kharijites selon plusieurs aspects. D’après el Khallâl, l’Imam Ahmed a affirmé :

« Les Kharijites sont des gens mauvais ; je ne connais pas de gens plus mauvais qu’eux sur terre. Certains Hadith authentifiés du Prophète leur sont consacrés et ils les blâment selon dix aspects. »[
E-Sunna d’el Khallâl (1/145) ; selon l’auteur de la recension, sa chaîne narrative est authentique.].


Sheïkh el Islam ibn Taïmiya a fait savoir en commentaire à cette annale :

« Ces Hadith sont rapportés par Muslim dans son recueil eSahîh, Bukhârî en a aussi rapporté quelques-uns. »[
Voir : Majmû’ el Fatâwâ (3/279).].


Les Kharijites sont donc les premiers adeptes de l’Islam connus pour « excommunier » les musulmans en raison de leurs simples péchés et pour taxer injustement leurs coreligionnaires de mécréants. Cependant, le Takfîr ne leur est pas caractéristique car les Rafidhîtes (communément appelés à tord shiites ndt.) qui sont plus mauvais qu’eux, s’associent à ces derniers dans cette tendance et dans d’autres croyances.

 

Les Rafidhîtes en effet condamnent de mécréance les meilleurs membres de la communauté musulmane, qui sont les Compagnons du Prophète ; ils les considèrent comme de vulgaires apostats pour avoir assument-ils, négliger d’installer ‘Ali au pouvoir. D’après el Kâfî qui est considéré comme la plus authentique et le plus crédible de leurs ouvrages, Ja’far aurait déclaré :
« Après la mort du Prophète , les musulmans ont tous apostasié à l’exception de trois hommes : el Miqdâd ibn el Aswad, Abû Dhar el Ghifârî, et Salmân el Fârisî. »[
E-Rawdha min el Kâfî (8/245, 246).].

El Mufîd qui est l’une de leurs plus grandes références relève à l’unanimité des Rafidhîtes, que les Compagnons sont des mécréants, à travers ses dires :
« les Imamites, les Zaïdites, et les Kharijites s’accordent à dire que les traîtres et les tyrans parmi les gens de Bassora et du Shâm sont des Kuffars tous autant qu’ils sont et des maudits égarés pour avoir pris les armes contre le Prince des croyants. En raison de cela, ils périront éternellement en Enfer. »[
Awâil el Maqâlât (p. 45).]

Les Rafidhîtes sont les pires parmi les innovateurs dans le domaine du Takfîr ; ils taxent impunément d’apostasie tous leurs opposants.


 Ils condamnent ainsi sans aucun scrupule la majeure partie des Compagnons, les Tâbi’în (leurs Successeurs) , et toutes les grandes références de la religion, comme le constatent tous ceux qui connaissent leurs croyances et qui se sont penchés sur leurs écrits.


Sheïkh el Islam ibn Taïmiya nous fait le constat suivant :

« Les Rafidhîtes taxent de mécréance Abû Bakr, ‘Omar, ‘Uthmân, la majeure partie des Muhâjirins (émigrés mecquois) et des Ansârs (auxiliaires médinois), et leur fidèles successeurs alors qu’Allah les agréent et qu’à leur tour ils L’agréent. Ils ont ainsi sorti de la religion la plupart des adeptes de la communauté de Mohammed parmi les premières et les dernières générations.

Ils considèrent comme non musulman toute personne convaincue qu’Abû Bakr, ‘Omar, les Muhâjirins et les Ansârs sont crédibles et justes, qui les agréent comme Allah les a agréés, ou qui leur implore le pardon d’Allah comme Lui-même a demandé de le faire. Ainsi, ils « excommunient » les grandes autorités de la religion musulmane à l’exemple de Sa’îd ibn el Musaïb, Abû Muslim el Khawlânî, Uwaïs el Qurnî, ‘Ata ibn Abî Rabâh, et Ibrahim e-Nakha’î. Il en est de même concernant Mâlik, el Awzâ’î, Abû Hanîfa, Hammâd ibn Zaïd, Hammâd ibn Salama, e-Thawrî, e-Shâfi’î, Ahmed ibn Hanbal, Fudhaïl ibn ‘Iyâdh, e-Sulaïmân e-Dârânî, Ma’rûf el Karkhî, el Junaïd ibn Mohammed, Sahl ibn ‘Abd Allah e-Tusturî, etc.

Ils estiment notamment que ces gens-là sont plus mécréants que les juifs et les chrétiens car il est plus grave d’avoir renoncé à sa religion que de n’y être jamais entré ; à l’unanimité des savants en effet l’apostat est plus condamnable que le mécréant d’origine. »[
Majmû’ el Fatâwâ (28/477, 478).]

Après avoir atteint les Kharijites et les Rafidhîtes, le Takfîr a contaminé les Mu’tazilites Qadarites dont l’innovation concernant le destin a pris naissance à la fin du siècle des Compagnons. Ceux qui étaient encore vivants à cette époque se sont d’ailleurs désolidarisés de cette hérésie et de ses adeptes.[
Voir : e-Sunna de ‘Abd Allah ibn Ahmed (2/420), e-Sharî’a d’el Âjjurrî (2/851), Sharh Usûl I’tiqâd Ahl e-Sunna wa el Jamâ’a d’el Lalakâî (2/588).
].

Par ailleurs, l’ « excommunication » en raison des simples péchés innovée par les Kharijites a suscité un nouveau débat concernant l’auteur d’un grand péché. Les Qadarites, qui se sont plongés sur la question, ont attribué le même statut que les Kharijites à cette personne, bien qu’ils se soient distingués d’eux sur le nom qu’ils lui donnent. Sheïkh el Islam ibn Taïmiya –qu’Allah lui fasse miséricorde – précise à ce sujet :
« Puis, à la fin du siècle des Compagnons, les Qadarites ont fait leur apparition. Leur incapacité à appréhender correctement le Destin d’Allah et la foi à Ses Commandements (obligations/ interdictions) est à l’origine de leur innovation… auparavant, les Kharijites se sont initiés sur la question du Takfîr des auteurs des grands péchés dans la communauté musulmane qu’ils condamnent d’entrer dans l’Enfer éternel.

La polémique à ensuite pris de l’ampleur pour s’étendre aux Qadarites après la mort d’el Hasan el Basrî. ‘Amr ibn ‘Ubaïd et ses disciples assument qu’ils ne sont ni des musulmans ni des mécréants mais qu’ils se trouvent à un état intermédiaire entre ces deux états (Manzila baïna el Manzilataïn) ; ils méritent malgré tout de demeurer éternellement en Enfer. En cela, ils rejoignent la croyance des Kharijites disant qu’ils demeurent à jamais dans la Géhenne, et qu’ils n’ont aucun lien avec l’Islam et la foi (Iman), bien qu’au même moment ils ne portent pas le nom de mécréants. »[
Majmû’ el Fatâwâ (13/36, 37).]

Ainsi, le fléau Takfirite (basé sur aucune preuve et aucune légitimité textuelle) n’a cessé de se répandre d’une secte à l’autre au point de devenir un signe distinctif de la plupart des tendances innovatrices. Selon ‘Abd el Qâhîr e-Baghdâdî en effet toutes les sectes dissidentes comme les Kharijites, les Rafidhîtes, et les Qadarites s’excommunient et se renient les unes les autres à tel point qu’après s’être réunis, sept innovateurs se sont séparés avec l’idée pour chacun que les autres membres de la réunion étaient tous des apostats.
El Farq baïna el Firaq (361).


Sheïkh el Islam ibn Taïmiya affirme :

« Bon nombre d’innovateurs à l’instar des Kharijites, Rafidhîtes, Qadarites, Jahmites, Mumaththilites (assimilateurs) ont des croyances erronées qu’ils s’imaginent correspondre à la vérité, tout en considérant comme mécréant quiconque s’opposent à celles-ci. »[
Majmû’ el Fatâwâ (13/466, 467).].

Il a dit également :

« Les « hérétiques » ont la particularité d’innover des tendances qu’ils considèrent comme les obligations de la religion, voir comme faisant partie intégrante de la foi ; ils taxent de mécréance et légitiment le sang de toute personne qui n’y adhère pas comme c’est le cas pour les Kharijites, les Jahmites, les Rafidhîtes, les Mu’tazilites, etc.

À l’inverse, les traditionalistes n’innovent pas de nouvelles idées et ne condamnent pas d’apostasie ceux qui commettent une erreur d’interprétation ou qui sont en désaccord avec eux bien qu’eux-mêmes se permettent de les condamner d’apostasie et de légitimer leur sang. Les Compagnons n’ont pas sorti les Kharijites de la religion bien que ces derniers ont taxé d’apostasie ‘Uthmân, ‘Ali et tous ceux qui ont reconnus leur autorité (ou qui s’en font les alliés ndt.), et qu’ils ont légitimé de verser le sang des musulmans. »[
Manhâj e-Sunna (5/95), voir certains passages importants des paroles de Sheïkh el Islam ibn Taïmiya allant dans ce sens, dans Majmû’ el Fatâwâ (19/73-75), Manhâj e-Sunna (5/158 et 239, 240), e-Rad ‘ala el Bakrî (2/487-490).]

Que les prières d’Allah et Son Salut soient sur Mohammed, ainsi que sur ses proches,
et tous ses Compagnons !

Traduit par : Karim ZENTICI
Equipe alminhadj.com


source


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Sommaire

1 Motifs possibles du takfîr

2 Les dix grands motifs au takfîr

3 Précautions préalables au takfîr

4 Gravité du takfîr

5 Point de divergence entre sunnites et autres groupe


Définition du Takfîr

 

Le takfîr (arabe : takfīr, تكفير) est une fatwa de déchéance du statut de musulman, celui-ci devenant kâfir, c'est-à-dire mécréant (même racine arabe : kāfir, كافر, incroyant).

 

 

Motifs possibles du takfîr

 

Selon le sunnisme, le takfîr peut s'appliquer à une personne en raison d'une croyance, d'une parole ou d'un acte :

 

Exemples de croyance : renier l'unicité de Dieu, le statut du Prophète ou un précepte religieux reconnu par consensus par la communauté. Ce n'est pas la non pratique du précepte qui mène au takfîr, mais le fait de renier qu'il fasse partie de la religion. Cependant, la prière (salat) voire l'aumône obligatoire (zakat) sont des cas particuliers, car certains oulémas (notamment parmi les hanbalites) émettent le takfîr pour leur simple abandon. Aussi le fait de douter ou de ne pas excommunier ceux qui ont pris un autre chemin que celui de l'Islam (ex. : chrétiens - juifs - athées)

 

Exemples de parole : insulter Dieu, Ses anges, Ses livres, Ses prophètes, le jour dernier.

 

Exemples d'acte : se prosterner devant une statue, piétiner un exemplaire du Coran.

 


Les dix grands motifs au takfîr

 

Selon les oulémas, les principales annulations de l'islam (c'est-à-dire rendant mécréante la personne qui n'en commet ne serait-ce qu'une) sont au nombre de dix :

 

1.      Agréer ou pratiquer l'associationnisme

2.      Mettre des intermédiaires (qu'on invoque, en qui on place la confiance...) entre Allah et une personne.

3.      Ne pas considérer les polythéistes (y compris chrétiens, juifs...) comme mécréants ou douter de leur incroyance.

4.      Avoir la conviction qu'une voie ou qu'un jugement sont meilleurs que ceux du prophète Mohammed

5.      Détester une chose venue du messager d'Allah même si on la met en application.

6.      Se moquer d'une chose faisant partie de la religion, d'un châtiment ou d'une récompense d'Allah.

7.      Agréer ou pratiquer la sorcellerie.

8.      Secourir les polythéistes et les aider contre les musulmans.

9.      Croire que certaines personnes peuvent sortir de la voie de Mohammed.

10.  Ne pas du tout apprendre ni pratiquer l'islam.

 

De plus, il n’y a aucune différence concernant ces annulations de l’islam, entre celui qui les commet par humour, sérieusement, ou par peur (seul celui qui y est contraint est excusé). Chacune de ces annulations fait partie des actes associationnistes majeurs.

 

Précautions préalables au takfîr

 

Tout en mentionnant différents motifs de takfîr, les oulémas sunnites ont insisté sur plusieurs précautions à prendre. Plusieurs excuses empêchent d'appliquer le décret de takfîr, notamment :

 

  1. L'ignorance : par exemple, renier une obligation religieuse en ignorant qu'elle est un sujet de consensus.
  1. La contrainte : aucune personne n'est coupable de ce qu'elle dit ou ce qu'elle fait si elle y est contrainte.
  1. L’insouciance : par exemple, piétiner un livre du Coran sans s'en apercevoir.(involontairement)

 

Gravité du takfîr

 

Plusieurs hadiths du prophète Muhammad insistent sur la gravité du takfîr :

« Si une personne dit à son frère : Ô kâfir (mécréant), alors l'un des deux le mérite. Soit l'accusateur a raison, soit c'est lui-même à qui ce nom s'applique.  » Rapporté par Boukahry et Mouslim.

«  Celui qui lance à son frère une accusation de kufr (mécréance), c'est comme s'il le tuait. » Rapporté par Boukahry et Mouslim.

 

Les anciens savants sunnites ont expliqué ces hadiths. Le Cheikh d’Ibn Kathîr a dit :

« Quand le musulman se permet de combattre [un autre musulman] ou le juge de mécréant à cause d’une interprétation fausse du fait ou du texte sur lequel il s’est basé, il ne devient pas mécréant à cause de cela. Ainsi quand ‘Omar Ibn Al Khattab a dit au Prophète à propos de Hâtib Ibn Abî Balta’a : « Envoyé d’Allah, permets-moi de trancher le cou de cet hypocrite », le Prophète a dit : « Il a participé à la bataille de Badr. Pense qu’Allah a regardé les gens de Badr et a dit : " Faites ce que vous voulez, Je vous ai pardonné. " Rapporté par Boukahry et Mouslim.” Source : Madjmou’al Fatawa tome 3 à partir de la page 280 »

 

Point de divergence entre Ahlou-sunna et les autres groupes

 

Le sunnisme considère que quel que soit le grand péché commis (à moins que ce ne soit un des motifs précédemment cités) et même si elle ne s'en repent pas, la personne demeure musulmane (même si sa foi est, de ce fait, diminuée). Elle entrera au paradis par le pardon d'Allah, ou ira en enfer pour un temps afin d'expier ses fautes.


À titre de comparaison, le kharidjisme considère que le musulman qui commet un grand péché (meurtre, vol, fornication, consommation d'alcool...) devient immédiatement kâfir (mécréant) et demeurera éternellement en enfer.


Le motazilisme est d'accord sur ce dernier point (éternité en enfer), mais n'appelle le pécheur dans cette vie ni musulman ni kâfir, mais entre les deux et à sa mort sera éternellement en enfer.


Enfin, le murjisme considère que les péchés n'ont aucune influence sur la foi (elle n'augmente ni ne diminue jamais) et que les actions de mécréance et de polythéisme ne font pas sortir leurs auteurs de l'islam.

 

Article tiré de Wikipédia

Revu et corrigé par Islamhouse

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Le dogme des gens de la Sounnah veut qu’il ne faille juger les gens de la Qiblah mécréants pour leurs péchés ou pour une interprétation (fausse des textes). Mieux, quand une personne a accompli à la fois de bons et de mauvais actes, son sort sera déterminé par Allâh [Madjmu’ al-Fatâwa de Ibn Taymiyyah, 27/478]. Il n’appartient à personne de juger un musulman mécréant, même si ce dernier a commis des erreurs. Car il faut d’abord lui démontrer la preuve qu’il a tort et lui expliquer ce qui est juste. Le doute ne fait pas perdre le statut de musulman à celui qui l’a acquis avec conviction, car on ne perd ce statut que sur la base d’une preuve (établie) et après avoir écarté toute ambiguïté. [Madjmu’ al-Fatâwa de Ibn Taymiyyah, 12/466]


Foudheil Ibn ‘Iyâdh a dit sur la Parole d’Allâh – Ta’âla :

« Celui qui a créé la mort et la vie afin de vous éprouver (et de savoir) qui de vous est le meilleur en œuvre »

 [Coran, 67/2]

Il dit : « C’est la sincérité et l’acte juste. » On lui demanda : « Mais qu’est-ce que la sincérité et l’acte juste ? » Il répondit : « Si l’acte est sincère mais qu’il n’est pas juste, il n’est pas accepté, et si l’acte est juste mais qu’il n’est pas sincère, il n’est pas accepté. Cela jusqu’à temps qu’il soit sincère et juste. L’acte sincère est quand il n’est fait que pour Allâh, et l’acte juste est quand il est conforme à la Sounnah. »


Sur cette base, les gens de la Sounnah ne rendent pas mécréants ceux qui divergent d’eux, alors que ceux qui divergent les rendent mécréants pour cela. La mécréance est un jugement légiféré, et il n’est pas accordé aux gens d’appliquer ce jugement de manière identique sur la personne, à l’exemple de celui qui ment sur toi, ou commet la fornication avec une personne de ta famille. Il ne t’est pas accordé que tu lui fasses la même chose en mentant sur lui, ou en commettant la fornication avec une personne de sa famille. Car certes, le mensonge et la fornication sont illicites et cela n’en revient qu’à Allâh. De même, le fait de rendre mécréant (Takfîr) est un droit n’appartenant qu’Allâh, et aucun ne peut rendre mécréant (une personne) si ce n’est celles qu’Allâh et Son Messager ont rendu mécréantes. Pareillement, affirmer qu’une personne précise est mécréante et permettre en conséquence qu’elle puisse être mise à mort nécessite préalablement que lui parvienne la preuve prophétique telle que si quelqu’un la refuse, il devient de ce fait mécréant. Dans le cas contraire, celui qui ignore quelque chose de la religion ne devient pas pour cela mécréant pour autant. [Al-Istighâthah fî radd ‘ala al-Bakrî de Ibn Taymiyyah, p.252] Il est donc obligatoire de prendre garde au fait de rendre mécréants des musulmans pour leurs péchés commis ou erreurs. Car certes cela a été la première innovation apparue en Islâm, qui était de rendre mécréants les musulmans, et de rendre licites leur sang et leurs biens. [Madjmu’ al-Fatâwa de Ibn Taymiyyah, 13/31]

 

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Le Takfîr [1] a des conditions et des obstacles qui peuvent ne pas être réunies dans le cas d’une personne précise. De plus, traiter [un acte] de mécréance de manière générale n’implique pas inéluctablement qu’on puisse traiter de mécréant la personne précise qui le commet, sauf si les conditions requises sont présentes et les obstacles absents. Ce qui nous le prouve, c’est que l’imâm Ahmad et la plupart des imâms qui sont fait ces déclarations d’ordre général [de rendre une personne mécréante pour tel ou tel acte], n’ont pas eux-mêmes jugé de mécréante la plupart des personnes qui avaient précisément proféré ces paroles.

 

Certes, l’imâm Ahmad par exemple, a approché les Djahmites [2], alors que ces derniers l’avaient appelé à affirmer que le Qor’ân est crée et à nier les attribuer les attributs divins, l’avaient mis à l’épreuve, lui ainsi que tous les savants de sont époques, avaient torturés les croyants et les croyantes qui refusaient de se convertir à la doctrine « Djahmite » en les frappant, les emprisonnant, les tuants, les renvoyant de leurs postes, en leur coupant les vives, en rejetant leur témoignage et en les abandonnant aux mains des ennemis. En effet, beaucoup de ceux qui détenaient le pouvoir étaient des Djahmites. Ils étaient gouverneurs, juges et autres que cela encore. Ils jugeaient de mécréance toute personne qui n’était pas Djahmite ; c’est-à-dire, tous ceux qui n’était pas d’accord avec eux sur le fait de nier les attributs divins et de dire que le Qor’ân est crée. Ils les jugeaient comme ils jugeaient les mécréants.

 

Ensuite, l’imâm Ahmad a invoqué [Allâh] en faveur du calife et d’autres que lui parmi ceux qui l’ont frappé et emprisonné. Il demanda à Allâh le Pardon pour eux et leur pardonna lui-même de l’injustice subit de leur part et le fait qu’ils l’avaient appelé à dire des paroles mécréantes. S’ils avaient été apostats, il n’aurait pas été permis d’invoquer le pardon pour eux, car demander le pardon [d’Allâh] pour les mécréants n’est pas autorisé par le Qor’ân, la Sounnah et le consensus communautaire. Ces paroles et actes de sa part ainsi que de la part des autres imams, montrent clairement qu’ils n’ont pas jugé de mécréants des personnes précises parmi les Djahmites qui disaient que le Qor’ân est crée et qu’on ne peut voir Allâh dans l’au-delà. Il a été rapporté concernant Ahmed des dires qui indiquent qu’il a qualifié de mécréants des personnes précises pour ces mêmes raisons, c’est-à-dire, parce qu’ils adoptaient les affirmations et la croyance des Djahmites. On comprend de cela, qu’il y a un développement délicat sur la question : celui qui a été personnellement déclaré de mécréant, l’a été en raison d’une preuve établie sur lui, de par les conditions permettant l’excommunions en l’absence d’obstacle s’opposant à cela. Et quant à celui qui n’a pas été qualifié spécifiquement de mécréant, est en raison de l’absence de ce qui le permet véritablement. Et cela, bien qu’il déclarait (les Djahmites) mécréants de manière générale. La preuve de ce fondement : est le Livre [al-Qor’ân], la Sounnah, le consensus communautaire et étude […] [Madjmu’ al-Fatâwa de Ibn Taymiyyah, 12/261-262]

 

Notes

[1] C’est le fait d’excommunier [de sortir] une personne de l’Islâm

[2] Les Djahmites doivent leur nom à son chef de file Al-Djahm Ibn Safwân. Cette secte niait les attributs d’Allâh et allait même jusqu’à nier Ses Noms prétendant que si on les confirme, on ferait alors ressembler Allâh à Ses créatures.

 

source

 

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Le takfir contemporain

Takfîr wa Dhawâbituhu de Sheïkh Ibrahim e-Ruhaïlî (p. 31-37)

Que les prières d’Allah et Son Salut soient sur Mohammed, ainsi que sur ses proches, et tous ses Compagnons !
A notre époque, le Takfîr a pris une ampleur qu’il n’avait jamais connue dans les siècles passés. Parmi les raisons et les causes à l’origine du développement de ce fléau et ayant contaminé certains milieux musulmans – non connus pourtant pour être affiliés à l’innovation – nous pouvons recenser certains mouvements contemporains qui à défaut de s’être imprégné de la Tradition, ils ont plutôt sombré dans l’hérésie et les ténèbres soit poussés par de mauvaises intentions soit par une mauvaise connaissance de la religion.

Ces mouvements ont engendré une génération de penseurs auteurs d’ouvrages communément qualifiés d’intellectuels, mais qui malheureusement ont corrompu la croyance de bon nombre de musulmans pour les faire dévier du droit chemin. Ces écrivains voient les sociétés musulmanes contemporaines comme de vulgaires sociétés païennes et infidèles ; elles auraient complètement délaissé l’Islam et affiché ouvertement leur hérésie. Aucun membre de la communauté n’échappe à leur jugement qu’il soit affilié à l’état ou au peuple, qu’il soit homme ou femme, jeune ou vieux. Toute une génération a reçu l’éducation de ses ouvrages et a cultivé dans son cœur certains germes de l’ « excommunication » globale de la nation musulmane, qui est devenue une croyance ancrée dans les poitrines. Il ne faut donc pas s’étonner des mauvaises conséquences que ces pensées ont entraînées.

Je n’ai pas la prétention ici de recenser tout ce qui s’est dit sur le sujet et je ne veux pas non plus m’étendre sur les exemples de Takfîr des sociétés musulmanes actuelles que ces écrits regorgent. J’aimerais juste me pencher sur certains passages des œuvres de Saïd Qutb – qu’Allah lui fasse miséricorde – L’auteur fait le choix d’invoquer ici en faveur de la personne critiquée bien qu’il soit un innovateur ; plusieurs raisons peuvent motiver son choix : il peut chercher à démontrer qu’il ne condamne pas Saïd Qutb d’apostasie, il peut chercher, à défaut de ne pouvoir se rallier ses partisans, à leur faire ouvrir les oreilles afin qu’ils reçoivent à cœur ouvert le message de vérité. Il peut être motivé par d’autres raisons que nous n’évoquerons pas ici. Il faut savoir toutefois que ce procédé a ses limites car le lecteur peut aussi bien s’imaginer que cette formule est une forme d’hommage. Le mieux dans ce cas, c’est de peser entre le pour et le contre wa Allah a’lam ! (N. du T.) car il est l’Imam encensé chez beaucoup d’Ikhwân (adeptes des Frères Musulmans. Xavier Ternisien est l’auteur d’une excellente analyse sur les Frères Musulmans mais il n’échappe pas –tout comme Pascal Ménoret un autre excellent « analyste » - à sa culture européenne en pensant que les savants de l’Arabie Saoudite à l’image de Sheïkh Rabî’ el Madkharî (qui pourtant est l’un des premiers à mettre le doigt sur l’un des plus grands « fléau » contemporains qui s’incarne en la personne de Saïd Qutb) sont de simples fonctionnaires au service de l’état et l’instrument idéal contre l’ « islamisme ». Mais peut-on en demander plus à un simple journaliste (comme il le dit lui-même) dont les analyses sont beaucoup plus pertinentes et objectives que bon nombres d’islamologues ! (N. du T.) ndt.), ou chez certaines personnes influencées par leur mouvance. En outre, ses écrits bénéficient d’une plus large audience et d’un plus grand impact dans le public que ne pourrait le faire d’autres ouvrages ; ils sont arrivés à séduire certains gens qui se disent pourtant traditionalistes. A l’exemple de certains prêcheurs saoudiens comme Salmân el ‘Awda, Safar el Hawârî, ‘Aidh el Qarnî, et Nâsir ‘Umar (voir : Madârik e-Nadh fî e-siyâsa de Sheïkh ‘Abd el Mâlik Ramadhânî). (N. du T.) Il n’en demeure pas moins que les écrits des Frères Musulmans sont truffés d’expressions du même genre.

Saïd Qutb affirme dans Ma’âlim fî e-Tarîq :

« La question en réalité, c’est une question de foi et de mécréance, c’est une question d’association et d’unicité, d’Islam et de paganisme. Il faut absolument que cela soit clair… les gens ne sont pas musulmans comme ils le prétendent alors qu’ils vivent comme à l’ère païenne. Il y en a bien parmi eux qui aiment à se leurrer eux-mêmes ou à leurrer autrui en pensant que l’Islam peut être compatible avec le paganisme ; ils en ont le droit mais ce leurre ou cette duperie ne change en rien à la réalité des choses ; cela n’a rien à voir avec l’Islam et ces gens-là ne sont en rien des musulmans. » Ma’âlim fî e-Tarîq (p. 158).


Dans Fî Zhilâl el Qur-ân, il a dit :

« Le temps est revenu comme avant l’avènement de cette religion où « il n’y a de dieu en dehors d’Allah »
n’existait pas. L’humanité entière a renié son dieu pour adorer de simples créatures et pour adhérer à des religions injustes ; celle-ci s’est détournée de La Ilâh illa Allah …

L’humanité dans son ensemble en comptant ces gens qui dans tous les recoins de la terre répètent du haut de leurs minarets La Ilâh illa Allah en vidant ces paroles de leur sens et de leur réalité… leur faute en sera plus lourde et leur châtiment sera encore plus terrible le Jour de la Résurrection pour avoir renier Dieu et s’être tournés vers de vulgaires créatures alors que la bonne voie leur fut tracée et qu’ils adhéraient auparavant à la religion d’Allah. » Fî Zhilâl el Qur-ân (2/1057).

Il souligne également dans un autre passage :

« Il n’y pas aujourd’hui sur la surface de la terre un seul pays musulman ni aucune société musulmane où le code en vigueur serait la Législation d’Allah et la Loi islamique. » Idem. (2/2122).


A travers ces exemples, il n’y a aucune interprétation possible sur la pensée de Saïd Qutb à l’égard des musulmans, en comptant leurs gouverneurs et leurs savants. Il n’épargne même pas dans sa condamnation d’apostais les Muadhdhins qu’il considère non seulement comme de vulgaires apostats mais qui endossent selon lui une plus lourde faute et qui méritent un plus dur châtiment que quiconque. Certains Takfiristes contemporains puisent de ce genre d’écrits leur pensée, qui est basée sur la condamnation d’hérésie du monde musulman. Leur pensée se traduit par les attentats terroristes et le meurtre d’innocents qu’ils perpétuent en terre d’Islam mais aussi dans des pays non musulmans.

De grands leaders Ikwâns font ce constat qu’ils n’ont pas manqué de mettre sur écrit à l’exemple d’el Qardâwî, l’auteur des lignes suivantes :

« Au cours de cette étape, les livres du martyr Saïd Qutb sont apparus au grand public. Ses écrits raduisent la dernière étape de sa pensée Takfîr lorsqu’il condamne les sociétés musulmanes d’apostasie.

Il prône de couper les liens avec les autres et de brandir l’étendard du Jihad à l’encontre de tous les hommes. » Awlawiyât el Haraka el Islâmiya (p. 110).

Pour sa part, Farîd ‘Abd el Khâliq nous apprend :

« Nous avons précédemment mis en évidence que la pensée Takfîr a pris naissance dans la prison el Qanâtir auprès de chez certains jeunes Ikwâns entre la fin des années cinquante et le début des années soixante. ces derniers furent influencés par la pensée du martyr Saïd Qutb et de ses écrits. Ils y apprennent que la société à sombrer dans le paganisme. Les premiers concernés par cette condamnation, sont les gouvernants pour avoir tourné le dos à la Législation divine en appliquant d’autres lois que celles révélées par Allah. Le peuple n’est pas plus épargné par cette condamnation pour se satisfaire de cette situation. » El Ikhwân el Muslimûn fî Mizân el Haq (p. 115).


Dans son livre el Hukm wa Qadhiya Takfîr el Muslim, Sâlim el Bahansâwî fait la conclusion suivante :

« Saïd Qutb a repris certains passages d’el Mawdûdî qu’il a mis en évidence dans ses propres écrits, et plus particulièrement dans le septième tome du Zhilâl. Par la suite, certains se sont inspirés de ses dires et autres pour soutenir que les musulmans sont sortis de l’Islam. Ils prononcent selon eux en effet l’attestation de foi sans en pénétrer le sens et sans mettre en pratique les vérités qu’elle implique. Ils ont beau prier, jeûner, faire le pèlerinage et prétendre qu’ils sont musulmans, cela ne change en rien à leur état de mécréance. » El Hukm wa Qadhiya Takfîr el Muslim (p. 50).

‘Ali Juraïsha établit que les Takfiristes sont à l’origine, des Frères Musulmans qui se sont détachés du mouvement mère et qui ont par la suite sorti ses membres de la religion. Ce dernier précise notamment :

« Dernièrement, un groupe s’est détaché d’un grand mouvements islamique après leur séjour en prison. Or, ce groupe dissident s’est mis à taxer d’apostasie le mouvement mère pour s’être imprégné du Takfîr à l’encontre des gouvernants et des gouvernés avant de répandre leur jugement à la société entière. Par la suite, ce groupe dissident s’est scindé en de nombreux groupes en se taxant chacun les uns les autres de mécréants. » El Ittijahât el Fikriya el Mu’âsara (p. 279).

El Bahansâwî explique que ce grand mouvement s’est divisé en deux tendances dans leur rapport avec les musulmans :

1 - Une de ses deux tendances : n’affiche pas dans son discours de Takfrîr à l’encontre de leurs opposants. Par conséquent, ceux qui n’adhèrent pas à leur pensée ne sont pas considérés comme des mécréants. Il est donc permis de prier derrière eux. Les femmes de leurs opposants ne sont également pas
soumises à ce jugement. Il n’est pas nécessaire ainsi d’annuler les actes de mariage contractés avec elles.

2 - L’autre tendance : se tient au principe de la « rupture franche » (el Mufâsala e-Salîhâ) avec la société. Ils affichent alors leur Takfrîr à l’encontre de leurs frères qui ne sont pas en accord avec leurs idées de Takfrîr ; le mouvement Ikhwân, leurs propres pères et mères n’échappent pas à leur « anathème ».

Cette dernière tendance est connue sous le nom de « e-Takfîr wa el Hijra », mais eux-mêmes s’appelent Jamâ’a el Mu-minîn ou encore el Jamâ’a el Mu-mina. Quant à la première tendance, elle a choisi de ne pas afficher ses opinions conformément aux deux règles qu’ils s’imposent ; celle de la « rupture intérieure » (el Mufâsala e-Shu’ûriya) et de la conjoncture d’impuissance qui correspond à la période mecquoise. En réalité, cette pensée qu’el Bahansâwî cherche à accoler exclusivement au groupe e-Takfîr wa el Hijra, fait partie intégrante de la mouvance Ikhwân. Elle correspond à la croyance de Saïd Qutb. Certains islamologues n’ont pas torts lorsqu’ils affirment que la pensée de Saïd Qutb est dans la lignée des grands réformateurs musulmans de la fin du 19ème siècle dont Mohammed ‘Abdu et Jamal e-Dîn el Afghânî sont les chefs de file. Mais de là à dire que ces réformateurs incarnent la Da’wa Salafiya contemporaine sur les traces de deux grands autres réformateurs (utilisé ici dans le sens laudatif du terme) que sont Sheïkh el Islam ibn Taïmiya et Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb, c’est faire un amalgame impardonnable de la part de spécialistes en la matière qui ne se sont pourtant pas tous autoproclamés pour reprendre une expression chère à Vincent Gesseir. L’amalgame est d’autant plus intolérable lorsqu’ils assument qu’il faut rechercher les origines du Takfîr Qutbiste dans la pensée de ces deux Imams !
(N. du T.)

S’il n’a pas pu aller plus loin dans le raisonnement, c’est en raison de admiration immense qu’il éprouve à l’égard de Qutb, comme il en fait la preuve dans son livre où il essaye vainement d’innocenter Saïd de la pensée Takfrîr, Voir : El Hukm wa Qadhiya Takfîr el Muslim (p. 50, 56, 66, 73, 74, 76, et 112).
bien qu’il reconnaisse comme nous l’avons vu que cette fameuse pensée puise ses origines dans les écrits du « martyr » qi à son tour se réfère aux œuvres  d’el Mawdûdî.

Saïd Qutb lui-même déclare qu’il incombe de se détacher de la société musulmane qu’il taxe de « société païenne », et même de s’isoler des mosquées qu’il considère comme des « temples païens ». Il dit à cet effet :

« Allah nous commande ici de s’isoler des temples païens et de prendre pour mosquées les maisons de la fraction musulmane où chacun se forme en vue de se mettre à l’écart de la société païenne. » Fî Zhilâl el Qur-ân (3/1816).


Dans un autre passage, il assume :

« Il n’y a pas d’autre issu pour la fraction musulmane sur toute la terre afin d’échapper à la colère divine, que de rompre au niveau de la croyance, des sentiments, et du mode de vie, de la société païenne dont elle est issue. Et cela, jusqu’au jour où Allah permettra la fondation d’un pays musulman à l’intérieur duquel elle pourra se réfugier. » Idem. (4/2122).


En réalité, le groupe e-Takfîr wa el Hijra n’est pas le seul mouvement à considérer que la nation musulmane a sombré dans l’apostasie et qu’il faille se comporter avec elle comme avec les sociétés païennes et non musulmanes. Saïd Qutb n’est pas le seul non plus à revendiquer cette pensée. Cependant, cette croyance est bien ancrée et bien répandues dans les rangs de nombreux responsables Ikhwânî.

Mohammed Qutb est sans doute la personne la plus renommée ayant brandi l’étendard du Takfîr. Ce dernier a consacré sur la question son célèbre ouvrage Jâhiliyat el Qarn el ‘Ishrîn où certains passages dévoilent sans détour que les musulmans d’aujourd’hui, quelque soit la classe de la société à laquelle ils appartiennent, sont retournées à l’ère païenne. Il avance en effet :

« Quant à la situation de ce que l’on désigne comme le monde musulman, elle-ci est légèrement différente de la situation en Europe. Ils se rejoignent néanmoins au bout du compte, comme se rejoignent les paganismes de tous les lieux de la terre et de toutes les étapes de l’histoire. Les différents paganismes se distinguent toutefois quelque peu sur certaines caractéristiques et certaines conjonctures qui sont propres à chacun d’entre eux.

L’Islam est devenue « étranger » dans le monde musulmane actuel comme il le fut à ses débuts lorsqu’il a vu le jour dans l’Arabie païenne, il est même plus bien étranger qu’à cet époque et il est rejeté par bon nombre de nos contemporains. Nous allons avancer pas à pas au cours de ce chapitre et faire un bout de chemin avec différents groupes d’individus afin de mettre en lumière la raison pour laquelle ils rejettent l’Islam. » Jâhiliyat el Qarn el ‘Ishrîn (p. 328-329).


Il en vint ensuite à citer parmi ces groupes d’individus qui selon lui ont rejeté l’Islam, les tyrans (Tâghût) qui dans sa pensée représentent les dirigeants nationaux, les artistes, les écrivains, les intellectuels, les conteurs, les présentateurs radios, et même la jeunesse (filles et garçons confondus). Idem. (p. 329-331).


Il fait remarquer ensuite qu’il n’y a pas de différence dans ce rejet (collectif) de l’Islam entre les « orgueilleux » et les « faibles ».  Idem. (p. 337). Il ne pouvait ensuite que se poser la question suivante : « Que reste-t-il alors des musulmans ? » Idem. (p. 337).


Question à laquelle il répond lui-même en guise de conclusion, lorsqu’il assume :

« Nous avons vu à la lumière du savoir que toute cette génération a apostasié ! » Idem. (p. 351).


Il lance cependant une lueur d’espoir à la dernière page de son livre en disant :

« Proportionnellement à la mécréance actuelle … proportionnellement à l’oppression que les gens subissent, et à l’injustice des tyrans, la lumière jaillira avec les effets prolifiques de sa lumière qui puise sa source dans les ténèbres. Demain, la religion d’Allah s’épanouira. » Malheureusement, les autres leaders Ikhwâns ne proposent pas mieux que les frères Qutb, mais faut-il s’en étonner car Saïd est l’Imam encensé, le réformateur, le Sheïkh el Islam du vingtième siècle aux yeux de ces leaders et de leurs adeptes. Comment pourraient-ils dans ces conditions en faire autrement ?

La situation d’el Mawdûdî et de ses partisans à l’intérieur et à l’extérieur de l’Inde et du Pakistan ne vaut pas mieux que celle des Ikhwâns. Certaines analyses démontrent au contraire que Saïd a puisé sa pensée Takfîr dans les écrits d’el Mawdûdî comme nous l’avons vu précédemment avec les paroles d’el Bahansâwî.

J’aimerais enfin prévenir les jeunes qui tiennent à leur religion, de se méfier de ses « ouvrages intellectuels » qui par leur nom démontre avant toute chose, qu’ils sont loin des préceptes de la religion. Ces livres en effet sont le fruit de la pensée. Autrement dit, ils ne font qu’exprimer les opinions et les réflexions de leurs auteurs. Ces ouvrages ne sont pas moins dangereux que ceux des savants scolastiques contre lesquels les anciens ont mis en garde. Ils sont même plus dangereux étant donné qu’ils ne reposent sur aucun texte scripturaire et ils sont avares de la lumière émanant de la compréhension des précurseurs de cette communauté. Ils se sont plutôt perdus dans les ténèbres de l’égarement et de l’innovation. Le signe révélateur qui les distingue, c’est leur envie constante d’enflammer les foules et de les pousser à la rébellion contre les autorités en place, sous prétexte qu’ils ne seraient plus musulmans. Ils éduquent ainsi la jeunesse à se détourner des sciences religieuses et des savants afin de se tourner vers l’actualité politique et de se jeter la tête en avant dans des troubles dévastateurs. Les mauvais effets de ses lectures sont tangibles dans toute la nation. Ils représentent un vrai danger pour avoir tourné la tête à un nombre incroyable d’individus dont Seul Allah peut en connaître le nombre, innâ li-lah wa innâ ilaïhi Râji’ûn !

Que les prières d’Allah et Son Salut soient sur Mohammed, ainsi que sur ses proches, et tous ses Compagnons !


source : alminhadj.fr

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Série audio : Les branches de la foi et le sens du takfir

 

Il est nécessaire pour le musulman de connaître le sens de sa foi, ses conditions et ses branches. De même que les organes du corps travaillent dans une organisation parfaite et précise, sans que l’un puisse se passer des autres, les branches de la foi se complètent et se renforcent parfaitement : la parole, la croyance par le cœur et les actes sont ses trois piliers. Le Messager d’Allah, paix et bénédiction a dit : « La foi compte soixante-dix et quelques branches ». Par ailleurs, il est aussi nécessaire pour le musulman de connaître ce qui annule cette foi, mais vu la gravité du problème de rendre mécréant n'importe qui et les conséquences qu’il entraîne, comme l’anéantissement de vies innocentes, la destruction de biens protégés, la terreur engendrée chez les gens et l’ébranlement de leur sécurité et de leur tranquillité, notre frère Abou Adam a décidé de donner cette série de conférences expliquant le statut du takfir et le vrai sens de la foi, par sincérité envers Allah et Ses adorateurs, par acquit de conscience et écartant ainsi toute ambiguïté chez ceux qui n’ont pas bien compris cette question. Cette série est tirée du livre « les repères de la sounna »…

 

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