L'origine du Ta-wil

par convertistoislam - l'islam pour tous  -  13 Mai 2011, 04:02  -  #AVERTISSEMENT

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Louange à Allah,  le Seigneur de l’Univers ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed, ainsi que sur sa famille, ses Compagnons, et leurs fidèles successeurs jusqu’au Jour des Comptes !

 

Ainsi, le ta’wîl n’est l’apanage ni des Compagnons, ni des fils des Compagnons, ni des fils des fils des Compagnons, ni des grandes références des premiers siècles qui ont épousé leur tendance, et celles qui, par la suite, sont restées fidèles à leur héritage. Cela nous mène naturellement vers une intrigue qui s’impose à nous et qui nous interpelle au plus profond de notre conscience : mais, d’où vient alors ce fléau qu’est le ta-wîl et le ta’tîl ? C’est la question à laquelle nous nous attelons de répondre dans les prochaines lignes ; mais, attention, car nous allons découvrir une vérité qui risque d’en choquer plus d’un. Alors, doit-on recommander aux âmes sensibles de s’abstenir ? Bien sûr que non, car la vérité est un fruit dont le gout est parfois amer, mais qui, grâce à Dieu, est à même de nous sauver de l’Enfer !

 

Le mauvais ta-wîl – qui est l’interprétation métaphorique et aléatoire des textes, mais surtout le moyen détourné de les falsifier – est une innovation dans l’Islam qui s’oppose à la tendance des anciens et au consensus des premières générations. Il n’a aucun lien avec les principes de notre religion, et s’inspire plutôt, comme nous allons le voir, d’enseignements étrangers, qui lui furent, sournoisement, greffés.

 

La démonstration qui va suivre se présentera sous forme de points :

 

1- Le ta’wîl qui deviendra la « religion » de la secte ash’arite et de sa sœur siamoise, le mâturîdisme puise paradoxalement son origine, comme nous l’avons vu dans un article précédent, dans les enseignements mu’tazilites. Très tôt, le hanafisme en fut contaminé avec la présence dans ses rangs d’une cinquième colonne jahmite infiltrée dans la propre « maison » de son Imam fondateur. Juge sous le règne de Ma-mûn (m. 212 h.), Ismâ’îl ibn Hammâd ibn Abî Hanîfa (m. 212 h.) était un défenseur invétéré de la tendance selon laquelle le Coran était incréé. Il imputa mensongèrement cette croyance à son grand-père, Abû Hanîfa. [Voir : el hamawiya (p. 26-27), majmû’ el fatâwâ (5/23-24), et e-rasâil el kubrâ (1/436-437).]

 

Avant lui, il y a eu l’un des rapporteurs du figh el akbar, le murjite, jahmite, l’ennemi acharné du traditionalisme, Abû Mutî’ el Hakam ibn ‘Abd Allah el Balkhî.[Voir : e-dhu’afâ d’el ‘Uqaïlî (1/256).] Ce dernier réussit à tronquer certains passages sur le crédo de l’Imam, ce qui eut des conséquences désastreuses sur le devenir de l’école.

 

Malheureusement, il y a eu pire, car c’était sans compter dans les rangs l’ignoble Mohammed ibn Shujâ’ el Balkhî e-Thaljî (m. 266 h.), le fidèle élève de Bishr el Mirrîsî (m. 228 h.). Les spécialistes dans la critique des rapporteurs n’étaient pas tendres avec lui, à l’image de l’Imam Ahmed.[Voir : mîzân el i’tidâl (3/577-578), et tahdhîb e-tahdhîb (9/221).] Et pour cause, il avait la manie d’inventer des hadîth allant dans le sens de son crédo. Pire, il mettait sur le dos des traditionalistes des hadîth qui étaient le fruit de son imagination, pour les faire passer pour des « anthropomorphistes ». El Qawârirî et Ismâ’îl el Qâdhî allèrent jusqu’à le taxer d’apostat.[Voir : el Kâmil d’ibn ‘Adî (6/2293) et el bidâya wa e-nihâya d’ibn Kathîr (11/40).

 

Encore vivant à la naissance d’Abû Mansûr el Mâtûrîdî, il composa e-radd ‘alâ el mushabbiha dans lequel il falsifie les Noms et Attributs divins. Son influence s’étendit aux grandes références ash’arites, à l’image d’ibn Fawrk.[Voir : e-tankîl d’el Mu’allimî (1/242).] Dans le but de stigmatiser les adeptes de la vérité, il embellit l’idée que les zindiq distillèrent douze mille faux hadîth dans les rangs des pauvres traditionnistes.[Voir : radd e-Dârimî ‘alâ Bishr el Mirrîsî (150-151).] Bien plus tard, le fameux Abû ghuddâ reconnaitra que ce genre d’élucubrations relève plus de la légende qu’autre chose. Pouvait-on de cette manière échapper à la vigilance des guerriers du hadîth ?[Voir : lamahât fî târîkh e-sunna d’Abû ghudda (52-52).]

 

Apparemment, le philosophe ash’arite e-Razî (m. 606 h.), qui se laissa abusé par un mensonge aussi grossier, ne s’en laissa pas convaincre. El Bukhârî et Muslim eux-mêmes n’échappèrent pas à sa vindicte, bien que, pour noyer le poisson dans l’eau, il leur chercha des circonstances atténuantes.[Ta-sîs e-taqdîs (170-171).]

 

Mais, passons à la chaine ténébreuse de l’égarement qui part du tristement célèbre Ahmed ibn Abî Duâd (m. 240 h.), de l’école… hanafi, et d’obédience jahmite. Il est l’instigateur attitrée de la « cabale » de l’Imâm Ahmed, et embellit aux yeux du khalife de l’époque que le Coran était créé. Tout commença par lui. Il a à son actif une fatwa réclamant la mise à mort d’ibn Hanbal. Il alla jusqu’à falsifier des Versets coraniques, jugés trop « anthropomorphistes » à ses yeux.[Voir : wafiât el a’yân (1/81), et shadharât e-dhahab (2/93).] Il laissa son héritage empoisonné au grand mu’tazilite et le Sheïkh des hanifites de son époque Abû Bakr el Khassâf Ahmed ibn ‘Omar ibn Mahîr e-Shaïbânî. Contemporain d’Abû Mansûr el Mâtûrîdî, il fit revivre les beaux jours de son chef spirituel, Ahmed ibn Abî Duâd.[Voir : Siar a’lâm e-nubalâ (13/123), et el fahrast d’ibn Nadîm (p. 259).]

 

Ibn Abî Duâd hérita son savoir de Bishr ibn Ghiâth el Mirrîsî (m. 228 h.), wa mâ adrâka man Bishr el Mirrîsî ! Il peut se vanter d’avoir repris l’étendard de Jahm ibn Sawfân, et d’être le fondateur indétrônable de la secte murjite mirrîsiya. Hanafi, et fils d’un teinturier juif, il eut une grande influence sur les orientations ash’arites et mâturîdites. Sheïkh el Islâm ibn Taïmiya souligne que les ouvrages des grandes références mu’tazilites et ash’arites, à l’instar d’ibn Fawrk (m. 406 h.), de Ghazâlî (m. 505 h.), et de Râzî (m. 606 h.) reprennent exactement les mêmes arguments de Bishr pour établir le ta-wîl des Noms et Attributs divins.[Voir : el hamawiya (p. 26-27), majmû’ el fatâwâ (5/23-24), et e-rasâil el kubrâ (1/436-437).] Ce dernier poussa l’affront contre les textes jusqu’à changer les termes de la formule d’invocation du sujûd pendant la prière jugée trop « anthropomorphiste » à son goût, et cela, selon l’aveu des mâturîdites eux-mêmes.[Voir : sharh el figh el akbar d’el Qârî (p. 172).] De nombreux Imams traditionalistes le vouèrent à la mécréance.[Voir : Siar a’lâm e-nubalâ (10/199), wafiât el a’yân (1/277-278), el Kâmil d’ibn el Athîr (5/294) et el bidâya wa e-nihâya d’ibn Kathîr (10/281), lisân el mîzân (2/29-31), et târikh Baghdâd (7/56-67).] Malgré cela, il s’attira la faveur d’el Kawtharî qui chercha à atténuer la portée de ses blasphèmes.[Voir : husn e-taqâdhî (20-21), en bas de notes.]

 

Les autres membres de la chaine sont en bref :

-          Jahm ibn Safwân (m. 128 h.) qui n’est plus à présenter.

-          El Ja’d ibn Dirham (m. 124 h.) qui n’est plus à présenter non plus.

-          Abân ibn Sam’ân (m. ? h.).

-          Tâlût qui est de confession juive (m. ? h.). Connu pour être un zindîq (penseur libre), il est le premier à avoir écrit un ouvrage pour vanter le caractère incréé de la Thora.

-          L’oncle maternel de Tâlût qui est également son gendre, Labîd ibn el A’sam, (m. ? h.), le fameux Juif qui fit un sortilège au Prophète (r). Il voyait également le caractère incréé de la Thora.

 

2- Nous avons vu que les hanafîs et, de façon plus générale, les gens de l’Est du monde musulman furent parmi les premiers à subir l’influence du kalâm. Il faut savoir que Jahm ibn Safwân, qui véhicula la pensée d’el Ja’d ibn Dirham, était originaire de Harrân. L’Imam Ahmed fait remarquer à son sujet que : « Des hommes parmi les adeptes d’Abû Hanifa et de ‘Amr ibn ‘Ubaïd à Bassora le suivirent … »[E-rad ‘alâ el jahmiya wa e-zanâdiqa (103-105).] Par ailleurs, Bishr ibn Ghiyâth el Mirrîsî et le Qâdhî Ahmed ibn Abî Duwâd (m. 240 h.) et bien d’autres étaient hanafîs. Il n’est donc pas étonnant qu’el Mâturîdî de l’école Hanafî soit un fervent défenseur du Kalâm et l’un des acteurs ayant posé ses fondements au point d’en devenir l’une de ses plus grandes références, et le fondateur d’une école qui lui dédia son nom par la suite.

 

Harrân[Harrân était la ville natale d’ibn Taïmiya. À l’âge de six ans, il prit la route de Damas au sein de sa famille pour échapper aux invasions mongoles. Il est intéressant de comparer cet événement avec l’annonce prophétique disant : « Il y aura émigration après émigration, et les hommes (dans une version les meilleurs hommes) vont se réfugier sur la terre d’émigration d’Ibrahim. » Rapporté par Ahmed (1/83, 198, 199). Ibrahim en effet a du fuir d’Iraq pour se réfugier sur les terres du Shâm. Les mauvais événements sont souvent précurseurs d’évènements heureux. Est-ce une bonne nouvelle à une époque où bon nombre d’Irakiens se sont installés en Syrie en vue d’échapper aux invasions… anglo-saxonnes ?] était la cité des sabéens où Ibrahim serait né ; une autre hypothèse avance qu’il serait en fait venu d’Iraq. Ils construisirent plusieurs temples en hommage à la « cause première », au « premier intellect », au soleil, à la lune etc. La religion chrétienne s’est installée à Harrân[Hélène la mère de l’Empereur Constantin était originaire de Harrân. Les savants et les moines chrétiens se sont rendu compte que les Romains et les Grecs n’allaient pas se détacher facilement du paganisme. C'est pourquoi ils leur ont concocté une religion à mi-chemin entre celle des prophètes et celle des païens. (Voir : E-rad ‘alâ el muntiqyîn (335).] mais le sabéisme perdura jusqu’aux conquêtes musulmanes. Il resta toujours des philosophes sabéens dans le nord de l’Iraq et à Bagdad où ils exercèrent les professions de médecins et d’écrivains, mais certains d’entre eux ne se convertirent pas à l’Islam. El Fârâbî est passé par Harrân au quatrième siècle de l’Hégire. Il s’est inspiré de sa culture philosophique auprès de ses habitants. Le philosophe sabéen Thâbit ibn Qurra (m. 288 h.) avait déjà fait le commentaire de « la métaphysique » d’Aristote.

 

Il existe deux sortes de sabéens : les monothéistes et les polythéistes. Les monothéistes étaient soumis aux lois de la Thora puis à l’Évangile avant leur abrogation. À la première époque, les sabéens suivaient la religion d’Ibrahim fidèle à Dieu (hanîf). Par la suite, ils ont innové certaines formes d’associations et sont devenus païens. Les anciens Grecs adoraient un seul dieu et ils reconnaissaient qu’Allah avait créé l’univers. En fait, tous les païens en général, que ce soit les hindous ou les Arabes, étaient convaincus de la formation de l’Univers.[Idem. (328-334) ; Voir également : el hamawiya (p. 24, 25), et majmû’ el fatâwâ (5/20, 21).]

 

3- Par ailleurs, en plus de l’influence sabéenne et païenne qui pesa sur les adeptes du ta-wîl et du ta’tîl, il faut compter l’apport juif comme nous l’avons vu. El Ja’d ibn Dirham est le premier à interpréter l’istiwâ d’Allah sur Son trône par istawlâ. Jahm, son élève, reprit cette opinion à son compte et en devint même la figure emblématique aux dépens de son maitre.[Voir : el hamawiya (p. 24), et majmû’ el fatâwâ (5/20).]

 

4- L’i’tizâl primitif ne contestait ni les attributs divins ni le caractère incréé du Coran (khalq el Qur-ân), mais la tendance évolua sous l’influence de Jahm. Nous pouvons dire la même chose, comme nous l’avons vu, pour les partisans de l’école hanafite qui sombrèrent très tôt dans le jahmisme. L’Imam Ahmed témoigne en parlant d’ibn Safwân : « Il vouait à la mécréance tous ceux qui, accusés d’assimilateurs (mushabihha), qualifiaient Allah comme Il s’est qualifié Lui-même dans Son Livre, ou comme nous l’a informé Son Messager. Son discours en égara beaucoup. Des hommes parmi les adeptes d’Abû Hanifa et de ‘Amr ibn ‘Ubaïd à Bassora le suivirent. Il fondait la religion des jahmites. »[E-rad ‘alâ el jahmiya (103-105).]

 

5- Jahm périt, et Bishr, fervent défenseur de la question du khalq el Qur-ân, reprit le flambeau de la secte sans jamais l’avoir rencontré. La plupart des grandes références de l’Islam le sortirent de la religion (kaffara), comme Qutaïba ibn Sa’îd et Abû Zur’a.[Voir : Siar a’lâm e-nubalâ (10/199), wafiât el a’yân (1/277-278), el Kâmil d’ibn el Athîr (5/294) et el bidâya wa e-nihâya d’ibn Kathîr (10/281), lisân el mîzân (2/29-31), et târikh Baghdâd (7/56-67).] L’Imam e-Lâlakâî recense 26 savants ayant appliqué le takfîr contre lui, dont ibn ‘Uyaïna, ibn el Mubârak, Yahyâ ibn Sa’îd, ibn Mahdî, Waqî’, ibn el Madînî, etc.[Sharh usûl i’tiqâd ahl e-sunna wa el jam’âra (3/382-383).]

 

6- L’un des grands facteurs ayant contribué à l’expansion du jahmisme dans les rangs des musulmans, est, à partir du deuxième siècle de l’hégire, la traduction de manuscrits anciens distillant l’héritage philosophique gréco-romain.[Voir : el hamawiya (p. 26-27), majmû’ el fatâwâ (5/22-24), et e-rasâil el kubrâ (1/436-437) d’ibn Taïmiya.]

 

7- Le siècle suivant, le jahmisme, véhiculé par Bishr el Mirrîsî et les sectateurs de sa hiérarchie, fit ravage. De nombreux anciens, comme Mâlik, Sufiân ibn ‘Uyaïna, ibn el Mubârak, Abû Yûsaf, e-Shâfi’î, Ahmed, Ishâq, el Fudhaïl ibn ‘Iyâdh, Bishr el Hâfî, Yahyâ ibn Sa’îd, ibn Mahdî, Waqî’, ibn el Madînî condamnèrent la secte. Si seulement la plupart d’entre eux prononcèrent contre elle le takfîr, tous s’entendirent à la condamner.[Idem.]


8- Les premiers négateurs (nufât) imaginaient un Seigneur ayant uniquement des Attributs négatifs (sifât salbiya) ou des Attributs dit de relation ou d’annexion (idhâfiya), ou encore une combinaison des deux. L’Ami d’Allah Ibrahim fut confronté aux philosophes sabéens qui véhiculaient ce concept. Sous l’ère musulmane, des hommes comme Jahd ibn Dirham, et plus tard Abû Nasr el Fârâbî, s’inscrivirent dans leur lignée. Ce dernier visita Harrân et approfondit ses connaissances philosophiques des grands maitres sabéens de la ville. L’Imam Ahmed souligne que Jahm également fit ses premiers pas initiatiques à Harrân. Ainsi, la chaine pédagogique des jahmites remonte à des juifs ou à des philosophes sabéens ou païens.[Voir : el hamawiya (p. 25), majmû’ el fatâwâ (5/22), et e-rasâil el kubrâ (1/435-436).]

 

C’est la raison pour laquelle, les adeptes du ta-wîl s’inspirent plus des penseurs musulmans comme ibn Sîna que des grandes références traditionalistes des premiers siècles. Il leur arrive certes de reprendre certaines citations des anciens à leur compte, mais c’est uniquement pour les interpréter selon leur jargon. Et, quand toutes les portes de l’interprétation se ferment devant eux, ils ont recours au tafwîdh, en prétextant qu’Allah Seul est à même de pénétrer le sens des textes.

 

Ainsi, les vraies références des négateurs sont plutôt à chercher du côté des qarâmites, des bâtinites ésotéristes (ismaéliens, nusaïrites, etc.), et des philosophes athées ou soufies panthéistes, adeptes du monisme. Nous avons dans ce cercle ibn Sîna, el fârâbî, ibn ‘Arabî, ibn Sib’în, et les chefs de file des jahmites, avec à leur tête, Jahm et son maitre à penser el Ja’d, mais aussi Abû el Hudhaïl el ‘Allâf, Abû Ishâq e-Nadhdhâm, Bishr, Thumâma ibn el Ashras, etc.[Voir : dar-u e-ta’ârudh d’ibn Taïmiya (5/359-360).]

 

9- Nous avons vu que Bishr el Mirrîsî, et les hommes de sa hiérarchie étaient le fer de lance du ta-wîl et du ta’tîl. Par la suite, les Khalifes abbassides, qui s’étaient entourés de sournois conseillés à l’instar d’ibn Abî Duâd, l’instigateur de la « cabale » d’Ahmed, l’imposèrent à leurs sujets par la force. Par la suite, il devint facile à de grands spécialistes de la théorie spéculative d’abuser de la crédulité de la masse avec leur raisonnement trop subtil, pour injecter leur poison. Mohammed ibn Shujâ’ el Balkhî e-Thaljî alla jusqu’à composé un ouvrage truffé d’artifices pour le moins trompe-l’œil, mais surtout fallacieux, dans le but de faire passer le ta-wîl pour un principe établi. E-radd ‘alâ el mushabbiha fut l’un des plus grands porte-parole des idées du grand maitre Mirrîsî.

 

Force est de constater qu’aujourd’hui, les arguments brandis en avant par les adeptes de la secte ash’arite et de sa sœur siamoise le mâtirîdisme, n’est en fait que la copie conforme de ceux d’el Murrîsî et de son sinistre élève, e-Thaljî. Sheïkh el Islâm ibn Taïmiya fait remarquer que la plupart des interprétations métaphoriques en vogue dans les rangs des musulmans, et qui furent reprise par de grandes références ash’arites, ne sont en fait que les idées ténébreuses mirrîsites reformulées de façon différente. Il suffit pour s’en rendre compte d’ouvrir, avec un œil averti, ta-wîl mushkil el hadîth d’ibn Fawrk, ta-sîs e-taqdîs d’e-Razî, etc. Ces arguments pullulent dans le discours des grands leaders mu’tazilites, tels que l’initiateur d’Abû el Hasan el Ash’arî en personne, le fameux Abû ‘Alî el Jubbâî (m. 303 h.), mais aussi, plus tard, dans celui d’Abd el Jabbâr ibn Ahmed el Hamadânî (m. 315 h.), du hanafî Abû el Husaïn el Basrî (m. 436 h.), de son vrai nom Mohammed ibn ‘Alî.

 

L’influence mirrîsite se répandit même chez des grands auteurs hanbalites, comme Abû el Wafâ ibn ‘Aqîl (m. 400 h.), et de façon plus marquée chez les néo-ash’arites comme el Ghazâlî (m. 505 h.). Certes, certains de ces auteurs sont capables de critiquer le ta-wîl, et parfois même de belle façon, mais cela n’enlève rien au constat amer, qu’ils sont tous sous l’influence de leur ancêtre lointain, el Mirrîsî.

 

L’Imam ‘Uthmân ibn Sa’îd e-Dârimî consacra un livre entier contre les crimes de la pensée de Mirrisî. Ayant pour titre naqdh e-Dârimî ‘Uthmân ibn Sa’îd ‘alâ el kâdhib el ‘anîd fî mâ iftara ‘alâ Allah fî e-tawhîd, il étale les principales allégations mirrîsites qui furent reprises, par la suite, par les auteurs que nous avons cités ; soit en s’inspirant directement des citations de Bishr, soit en passant par des adeptes de son école. Notons que Bishr, le véritable maitre à penser des adeptes du kalâm, était, paradoxalement, beaucoup plus à l’aise avec les textes que ses futurs élèves. Il maitrisait encore mieux qu’eux l’outil de la raison. Cette réfutation d’e-Dârimî porte à notre connaissance la vraie méthodologie des anciens dans le domaine des Noms et attributs divins. Celle-ci pouvait se vanter d’avoir une argumentation forte et d’une extrême cohérence, contrairement aux piteux scolastiques.

 

La conclusion qui s’impose à l’esprit, après avoir eu connaissance de la position des anciens sur le mirrîsisme, c’est que les sœurs jumelles, l’ash’arisme et le mâturîdisme sont le sosie approximatif de leur père spirituel, el Mirrîsî.[1]

 

Pour ce qui est de l’influence de Mohammed ibn Shujâ’ el Balkhî e-Thaljî, celle-ci est plus que visible dans ta-wîl mushkil el hadîth d’ibn Fawrk. C’est pratiquement à partir de cette époque que les textes scripturaires de l’Islam ne faisaient plus autorité aux yeux des mutakallimîns dans le domaine des Noms et attributs divins.[Voir : e-tankîl d’el Mu’allimî (1/26).] E-radd ‘alâ el mushabbiha aura même fait des dégâts chez des spécialistes du hadîth, à l’exemple d’el Baïhaqî, l’élève d’ibn Fawrk.[Idem. (1/242).] Plus proche de nous, le baroque Kawtharî manifestait une énorme admiration pour e-Thaljî.[Voir ses annotations à tabyîn kadhib el muftarî (p. 370).] Si cela veut dire quelque chose, c’est qu’il existe un lien très étroit entre le jahmisme thaljite et le mâturîdisme khawtharite.

 

Or, en faisant une étude comparative des religions, on s’aperçoit avec force que le ta-wîl islamique ressemble étrangement au ta-wîl juif et chrétien. La ressemblance est telle qu’ils donnent l’impression d’avoir été nourrie aux mêmes mamelles. Les musulmans reprendront les procédés que les adeptes du judaïsme utilisaient pour tronquer les textes de la Thora.[Voir : e-sawâ’iq el mursala (1/361) d’ibn el Qaïyim.]

 

10- Le mu’tazilisme est très proche de la religion juive selon les propres aveux du chef fondateur de la secte mâturîdite, Abû Mansûr.[Voir : kitâb e-tawhîd (p. 87).] Ibn Taïmiya fait remarquer en effet que les rationalistes musulmans avaient des liens très étroits avec les juifs. Ces derniers se plaisaient à faire un parallèle entre leur crédo et les cinq principes mu’tazilites. Il était tout à fait normal pour eux de consulter les livres références des rationalistes musulmans. Ils en arrivèrent à avoir les mêmes raisonnements pour éluder les points obscurs de leurs enseignements qui touchent au « Théo ».

 

En parallèle, de nombreux soufis s’inspirent de l’ascétisme chrétien. L’apport des pratiques païennes que les chrétiens ont emprunté au paganisme d’antan fait rage dans les confréries musulmanes. En outre, les juifs sont des assimilateurs (mushabihha) anthropomorphistes en attribuant à Dieu des attributs humains perfectibles. Tandis que les chrétiens sont des mushabihha en attribuant aux humains des Attributs divins parfaits.[Voir : dar-u e-ta’ârudh d’ibn Taïmiya (7/94-95).]

 

On comprend mieux désormais le fameux adage d’ibn ‘Uyaïna : « Ceux qui, parmi nos savants, s’égarent ressemblent aux Juifs et ceux qui, parmi nos adorateurs, s’égarent ressemblent aux chrétiens. »[Voir notamment : tafsîr ibn Kathîr (2/351).]

 

On comprend mieux également d’où provient cette affinité mystérieuse que les orientalistes militants partagent avec les confréries soufies et les néo-rationalistes.

 

11- Nous avons vu qu’ibn Tarkhân el Fârâbî (m. 339 h.) était passé par Harrân dans son parcours initiatique. Il est le premier philosophe musulman à élargir les notions de la théologie grecque, aux enseignements de l’Islam comme dans son livre ârâ el madîna el fâdhila. Il est considéré comme le « deuxième philosophe » après Aristote.[Voir : el jawâb e-sahîh (3/214-215), et Majmû’ el fatâwâ (2/82).] À ses yeux, le philosophe est plus parfait qu’un prophète. Il fut frappé d’anathème par ibn Taïmiya.[Voir : dar-u e-ta’ârudh (1/10) et Majmû’ el fatâwâ (2/67, 86).]

 

Ibn Sînâ (m. 428 h.) marcha dans les traces d’el Fârâbî. Il résuma la pensée aristotélicienne et péripatéticienne à laquelle il ajouta un discours religieux qu’il emprunta aux adeptes du Kalâm. Il réussit ainsi à donner plus de cohérence au discours des anciens, grâce à sa culture de la lumière prophétique.[Manhâj e-Sunna (1/347-348).] De l’école hanafî, il était un « démon humain » pour reprendre l’expression d’ibn e-Salâh.[Fatâwâ ibn e-Salâh (1/209).] El Ghazâlî n’hésita pas à le sortir de la religion,[Voir : tahâfut el falâsifa (p. 254) et el munqidh min e-dhalâl (p. 21).] bien que lui-même fût un admirateur de la logique grecque. Ce dernier prétendit l’avoir apprise de la langue des prophètes, mais en fait il la trouva dans les écrits…. d’Avicenne, qui s’inspirait directement des œuvres d’Aristote.[Voir : e-rad ‘alâ el muntiqyîn (14-15).] El Kawtharî reconnaitra ce verdict d’el Ghazâlî contre le Raîs, mais cela ne l’empêchera nullement de prendre sa défense.[Voir : Tabdîd e-zhalâm (p. 137) d’el Kawtharî] Ibn Sînâ était considéré par les mâturidites comme un wali auteur de miracles notoires[Voir : el jawâhir el mudhiya (2/64).] ; le grand savant diyûbandî el Kushmaïrî n’hésita pas à dire de lui qu’il n’était qu’un zindîq athée affilié à la secte ésotérique des qarmates. [Voir : faïdh el Bârî (1/166).]

 

Pourtant, son ishârât wa e-tanbihât est la « Bible » des mutakallimîns. [Voir : dar-u e-ta’ârudh d’ibn Taïmiya (6/19).]

 

Plus d’un siècle plus tard, Le sinistre savant shiite e-Nasîr e-Tûsî [Dans son livre el hukûma el islâmiya (p. 108), el Khumaïnî fait l’éloge du Khawâja Nasîr e-Dîn e-Tûsî et considère qu’il a offert d’honorables services à l’Islam. El Khûnsârî fait le même constat dans radhât el jannât (p. 579) qui fut imprimé en Iran en 1367 h.] (m. 672 h.) prit la relève du ta-wîl et du ta’tîl. Il fit le commentaire de son livre vénéré el ishârât wa e-tanbihât d’ibn Sînâ, tout comme e-Râzî, mais ces derniers ne pénétraient pas toujours les subtilités de son discours.[Idem. (9/333, 397, 401).] Il y a beaucoup à dire sur Nasîr « el kufr », mais retenons en un mot qu’il n’avait aucun lien avec l’Islam ![Voir : ighâtha e-lahfân (2/380-381), et e-sawâ’iq el mursala (2/790, 3/1077-1078), tous deux d’ibn el Qaïyim.]

 

Voici l’un de ses plus grands faits d’armes : ce dernier composait des vers dans lesquels il adulait le Khalife abbasside el Musta’sam. Il fallut attendre l’année 655 h. pour qu’il montre son vrai visage. Il fut l’un des instigateurs de la chute de Bagdad et il se retrouva dans les troupes du sanguinaire Hulagu. Il assista au massacre des musulmans qui n’épargna ni femmes ni enfants ni vieillards.

 

Il ne voyait pas d’inconvénient à ce que les œuvres littéraires musulmanes sont jetées dans le Tigre dont l’encre des manuscrits avait changé la couleur. Son flot resta noir plusieurs jours durant. Ainsi s’en allait une partie précieuse du patrimoine islamique dans les domaines de l’Histoire, la Littérature, la Langue, la Poésie, etc. Sans parler des ouvrages religieux écrits de la plume des plus grandes références des premières générations. Une grande partie fut pourtant bien conservée avant ce drame culturel dont les dégâts n’avaient jamais eu d’équivalent. [Il incombe de souligner ici que le petit-fils de Hulagu, Ghazan Khan lança sa horde contre les terres du Shâm en 699 h. Son vizir de l’époque n’était autre que le petit-fils de Nasîr « el Kufr » e-Tûsî qui se faisait appeler Asîl e-Dîn e-Tûsî. Damas fut victime de massacres, de viols, de vol des ouvrages religieux. Par la suite, Allah facilita à l’Imam, le mujâhid, Sheïkh Islam ibn Taïmiya de mener une initiative contre ce tyran qui essuya une cuisante défaite à la fameuse bataille de Shaqhab en 701 h.]

 

Pour mener à bien ce complot de haute trahison, il y avait au côté du grand Sheïkh imamite deux amis à lui. L’un, un vizir shiite duodécimain qui s’incarnait en la personne de Mohammed ibn Ahmed el ‘Alqamî ; et l’autre était un auteur mu’tazilite qui était plus shiite que les shiites. Bras droit d’ibn el ‘Alqamî, il avait pour nom ‘Abd el Hamîd ibn Abî el Hadîd.

 

Le Khalife el Musta’sam était bienveillant à l’égard d’ibn el ‘Alqamî à tel point qu’il en fit son vizir. Ce dernier en profita, dans son ingratitude, pour tramer sa machination. Encore aujourd’hui, les shiites se réjouissent des revers que les musulmans ont pu subir par les mains de Hulagu. Il suffit de feuilleter pour s’en rendre compte la biographie d’e-Nasîr e-Tûsî recensée dans leurs ouvrages spécialisés. L’un des derniers en date a pour titre rawdhât el jannât d’el Khûnsârî. Celui-ci consacre de fastueux éloges en l’honneur des traitres sanguinaires qui contribuèrent à la chute de Bagdad. Il éprouve un malin plaisir à l’idée que ce génocide qui n’a épargné ni femmes ni enfants ni vieillards ait fait autant de victimes. Les ennemis des musulmans les plus féroces n’oseraient pas, par pudeur, afficher un tel contentement. [Voir : el kutût el ‘arîdha de Muhibb e-Dîn el Khatîb.]

 

Bref, ces trois sombres personnages prennent une grande place dans le patrimoine de nos deux sectes jumelles…

 

Wa Allah a’lam !

 

Allah est Celui à qui nous demandons notre aide et sur qui nous reposons notre confiance ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Maître Mohammed, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !


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Voir : el mâturîdiya (2/242-254) de Shams el Afghân qui, à l’origine, est une thèse universitaire ès Magistère.

Par : Karim Zentici