Le rappel est pour le cœur ce que l’eau est pour le poisson

par convertistoislam - l'islam pour tous  -  28 Janvier 2012, 16:31  -  #LES GENS DE SCIENCE

Dua.jpgIbn al-Qayyîm dit qu’il a entendu SHeikh al-Islâm Ibn Taymiyyah (qu’Allâh sanctifie son âme) dire : « Le rappel est pour le cœur ce que l’eau est pour le poisson. Comment est l’état du poisson quand il quitte l’eau ? » En effet, un adorateur qui se prive de rappel est un comme un corps privé de nourriture. Ibn al-Qayyîm dit avoir assisté une fois à la prière de l’aube avec SHeikh al-Islâm Ibn Taymiyyah ; à la fin de la prière, il s’est assis et s’est mis à invoquer le Nom d’Allâh jusqu’environ la moitié du jour, puis il se tourna vers moi et me dit : « Voici mon déjeuner. Si je ne le prends pas, je perds vite mes forces. » Il m’a dit une fois : « Je n’interromps le rappel que pour me reposer et me détendre. Et cela me prépare à un autre rappel (Dhikr). »


Chaque chose peut être touchée par une rouille particulière, et la rouille qui envahit le cœur c’est le désintéressement et la passion, mais il retrouve son éclat par le rappel (Dhikr), le repentir et la demande de pardon. [ Al-Wâbil us-Sayb min al-Kallâm at-Tayb de Ibn al-Qayyîm, p.95-96]


Lorsque le serviteur connaît Allâh par l’invocation de son Nom dans les moments d’aisance, Allâh le connaîtra dans les moments de détresse. Il y a un hadîth qui dit que lorsque le serviteur assidu au Dhikr (rappel) d’Allâh tombe dans une situation difficile ou demande quelque chose à Allâh, les anges disent : « Seigneur ! Cette voix nous est familière. Elle vient d’un serviteur connu ! ». Mais lorsque celui qui se détourne d’Allâh et qui est distrait de Son rappel L’invoque et Lui adresse une demande, les anges disent : « Seigneur ! Cette voix nous est étrangère. Elle vient d’un serviteur inconnu ! ». [Al-Wâbil us-Sayb min al-Kallâm at-Tayb de Ibn al-Qayyîm, p.96-97]


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Ibn Taymiyyah - Un homme incompris



Harrân était la ville natale d’ibn Taymiyyah. À l’âge de six ans, il prit la route de Damas au sein de sa famille pour échapper aux invasions mongoles. Il est intéressant de comparer cet événement avec l’annonce prophétique disant : « Il y aura émigration après émigration, et les hommes (dans une version les meilleurs hommes) vont se réfugier sur la terre d’émigration d’Ibrâhîm. » Rapporté par Ahmad (1/83, 198, 199). Ibrâhîm en effet a dû fuir d’Iraq pour se réfugier sur les terres du Châm. Les mauvais événements sont souvent précurseurs à des évènements heureux. Est-ce une bonne nouvelle à une époque où bon nombre d’Irakiens se sont installés en Syrie en vue d’échapper aux invasions… anglo-saxonnes ?

Ibn Taymiyyah était un hérésiographe hors pair, et un spécialiste en hadîth qui n’avait rien à envier aux plus grands de son époque, comme el-Mizzî et, avant lui, ‘Abd el-Ghanî el-Maqdisî [SHeikh el-Islâm ibn Taymiyyah mohadithan qui est une thèse ès magistère du D. ‘Adnân Chalash]. Il maitrisait sur le bout des doigts toutes les matières dans lesquelles il plongeait, à tel point de devenir, comme il le disait lui-même, plus fort que ses adversaires dans leurs propres domaines. En fiqh, les adeptes des quatre écoles se tenaient devant lui, comme des élèves, lorsqu’il expliquait leur propre tendance. En tafsîr, il était une mer sans rivage. Il jonglait avec la philosophie des anciens et connaissait avec une précision chirurgicale les points forts et les points faibles des personnages tels qu’Aristote, Platon, mais aussi ibn Sina, ibn Roushd et consorts. Les fondateurs du pragmatisme moderne John Mill et David Hum aboutissent aux mêmes conclusions que SHeikh el-Islâm ibn Taymiyyah dans sa réfutation à la logique aristotélicienne [Voir l’introduction de radd ‘alâ el-mountiq]. Dans ce domaine, e-Souyoûtî disait sans exagération qu’il avait atteint des limites que personne ne pouvait rejoindre ni de loin ni de près. Il a avalé les principaux livres de philosophie, des adeptes du kalâm, et… la Bible. Il comprenait l’hébreu et le turc et, ayant lu plusieurs manuscrits des psaumes de David, il pouvait y distinguer les différences entre les versions. Il avait une grande connaissance des rites sabéens, perse, de la magie, l’astrologie, l’astronomie, etc [Voir : SHeikh el-Islâm ibn Taymiyyah min arâ el-falâsifa qui est une thèse ès doctorat du D. Sâlih el-Ghâmidî (p. 39-57)]. Même e-Soubkî, l’un de ses ennemis les plus acharnés reconnaissait l’étendue de son savoir [Voir : Dhaîl tabaqât el-hanâbilah d’ibn Rajab (2/392-393), e-saïf e-saqîl (p. 16), et e-Tabaqât el-Koubra li e-Châfi’iyyah (10/176) tous deux de Soubkî].

Il a toujours essayé de concilier entre les hanbalites et les Ash’arites sur les bases des textes scripturaires de l’Islâm et des annales des anciens. Il confie notamment : « Tout au long de ma vie, jusqu’à cette heure, je n’ai jamais convié personne à suivre dans les bases de la religion (ussûl) ni le madhhab hanbalî ni aucun autre madhhab. » [Majmû’ el-fatâwa (3/229)] Il défiait même quiconque, en lui laissant un délai de trois ans, de lui trouver une seule parole allant à l’encontre des anciens. Il soulignait, que relativement les Ash’arites étaient plus proches de la vérité que les autres tendances, et reprochait même à certains hanbalites, leur virulence excessive à leur égard [Majmû’ el-fatâwa (8/230), (6/55) et bayân talbîs el-Djahmiyyah (2/87)]. Modéré, il se comportait ainsi avec toute forme d’excès.

Il faisait remarquer qu’il était caractéristique aux innovateurs d’inventer des principes et, après les avoir greffés à la religion, de taxer d’apostasie, quiconque ne s’y soumettait pas, comme c’est le cas pour les kharijites et les adeptes du kalâm. Quant aux traditionalistes, ils connaissent mieux la vérité que quiconque et sont plus cléments envers les hommes que quiconque. Il savait pertinemment que ses adversaires, ceux-là mêmes qui le firent jeter en prison, l’avaient voué à l’apostasie. Cela ne l’a pas empêché de dire une parole devenue célèbre : « C’est pourquoi, je disais aux Djahmites panthéistes et négateurs qui reniaient qu’Allâh (Ta’âla) fût sur Son Trône à l’époque où leur fitnah commença ; que si j’avais été l’auteur de vos paroles, j’aurais été un kâfir. Moi, en effet, je sais pertinemment que vos paroles relèvent de la mécréance, mais à mes yeux, vous n’êtes pas des kuffar étant donné que vous êtes des ignorants. Je m’adressais ainsi à leurs juges, leurs savants, leurs SHeikh et leurs émirs. À l’origine, leur ignorance provient des arguments de la pensée de la part de leurs leaders qui étaient ambigus car leur bagage dans le domaine des textes authentiques qui sont conformes à la raison saine, était léger. » [E-rad ‘alâ el-bakrî (2/494)] Il gardait toujours entre les yeux le Coran et la Sunna, lorsqu’il fallait juger l’un de ses adversaires, qui, pourtant, lui avait fait du mal [Majmû’ el-fatâwa (3/245)].

Il disait également : « Malgré les atteintes incessantes faites à sa personne, notre Prophète (sallallahu ’alayhi wa sallam) a déclaré : « Qu’Allâh fasse miséricorde à Mussa ! Il a subi bien pire, mais il a su patienter. » [Rapporté par el-Bukhârî (3150) et Muslim (1062)] Après avoir été physiquement malmené par son peuple, l’un des prophètes s’est exclamé : « Ô Allâh ! Pardonne-leur, car ils ne savent pas ! » [Rapporté par el-Bukhârî (3477) et Muslim (1792)] Certaines annales rapportent que Mohammed (sallallahu ’alayhi wa sallam) a eu la même parole en réaction aux attaques venant de son peuple. » [Rapporté par e-Tabarânî dans e-Tarîkh el-Kabîr (5694) avec une chaîne narrative Mounqati’ (dont il manque l’un de ses éléments). Voir pour ce passage Qâ’ida fi e-sabr d’ibn Taymiyyah]

Il était tellement attaché au Coran et à la Sounnah et il se souciait tellement peu des attaques de ses adversaires, qu’il préférait se contenter d’un hadîth faible, à défaut de devoir se tourner vers l’opinion des hommes, quand bien même, certaines sectes pourraient le reprendre à leur compte. Il gardait à l’esprit cette parole d’Abd e-Rahmân ibn Mahdî, qui jette les bases de l’investigation moderne, mais, malheureusement, que peu de gens appliquent : « les traditionalistes évoquent les choses qui sont en leur faveur, mais aussi celles qui sont en leur défaveur. Quant aux innovateurs, ils évoquent uniquement les choses qui sont en leur faveur. » Au summum de l’objectivité, il acceptait la vérité sans regarder de qui elle pouvait venir.

Après s’être inspiré d’un passage d’el-‘Aqîda e-Nazhâmiyyah (p. 25) d’Abû el-Ma’âlî el-Djouwaynî, qui était un adepte du tafwîdh, ibn Taymiyyah fait le commentaire suivant : « Les références auxquelles nous nous rapportons, parmi les adeptes du kalâm ou autres, ne nous rejoignent pas forcément dans tous les points que nous établissons dans ce domaine. Néanmoins, il faut recevoir la vérité d’où qu’elle vienne. Mou’âdh ibn Djabal disait cette fameuse parole : « Il faut accepter la vérité de n’importe qui, même d’un mécréant – ou bien a-t-il dit : même d’un pervers –. Et méfiez-vous des erreurs du sage. - Comment peut-on savoir qu’un mécréant dise la vérité, lui demanda-t-on ? - La vérité dégage une lumière a-t-il répondu, ou bien a-t-il dit une parole de ce genre. »… Ainsi, le Coran et la Sounnah sont à même d’apporter le droit chemin et la lumière pour ceux qui les méditent et qui y recherchent la vérité sans chercher à modifier le sens des paroles ou déformer les Noms d’Allâh et Ses Versets… » [Majmû’ el-fatâwa (5/101-104)]

Contrairement aux accusations de ses détracteurs, Ibn Taymiyyah n’était pas agressif dans les débats qui l’opposaient à ces adversaires. Il sortait simplement de ses gonds lorsque, mu par un entêtement malhonnête, son adversaire outrepassait les limites d’Allâh. Conscient qu’il ne pouvait plaire à tout le monde, surtout dans le rôle qu’il avait enfilé, il avait en cela, un exemple de marque, en la personne du meilleur des hommes [Majmû’ el-fatâwa (3/232-233)]. Il dit la vérité, haute et forte, sans se soucier des conséquences. Pour preuve, il connut plusieurs fois les pires épreuves de la prison. Pourtant, il ne sait jamais venger de ses comploteurs, le jour où ils lui sont tombés sous la main.

Dans son livre « El-fawâ-îd », ibn el-Qayyîm, classe les hommes en quatre catégories, il y a ceux qui connaissent le bien et le mal en détail, comme ibn Taymiyyah (le choix des exemples n’engage que moi), ce qui est le summum du savoir ; il y a ceux qui connaissent relativement le bien, mais qui connaissent moins bien le mal pour y avoir trébuché, comme c’est le cas de certains hanbalites à l’image, d’Abû Ya’lâ, ibn ‘Aqîl et ibn el-Djawzî qui traite les traditionalistes de hashawiya et de mujassima ; il y a ceux qui connaissent le mal en détail, mais qui n’ont aucune connaissance de la tendance traditionaliste, comme le souligne ibn Taymiyyah au sujet des hérésiographes comme Chihristânî, l’auteur d’el-Milal wa e-Nihal. Cela concerne autant les adeptes du Kalâm et certains chroniqueurs ; des têtes pensantes comme Abû el-Ma’âlî, Abû Hâmid el-Ghazâlî, ibn el-Khatîb, etc. n’avaient aucune connaissance dans les sciences du Hadîth, ils atteignaient à peine le niveau d’un débutant avant de pouvoir mesurer les grands spécialistes en la matière. Ils ne faisaient même pas la différence entre un Hadîth authentique et un Hadîth complètement inventé comme en témoignent la plupart de leurs ouvrages où l’on y trouve des choses incroyables ! La quatrième catégorie concerne le commun des gens qui n’ont pas la connaissance suffisante du bien et du mal, pour les immuniser contre les mauvaises tendances… Mais Allâh leur envoie des hommes comme ibn Taymiyyah pour les sauver des ténèbres et défendre la dernière des religions au grand dam de tous ses détracteurs !

Ibn Taymiyyah expliquait que, face à la mort, les voiles tombent. C’est pourquoi, une foule incalculable assista à l’enterrement de l’Imam Ahmad. L’histoire a retenu son nom et a oublié celui de ses adversaires contemporains. Lui-même a connu le même destin…

Par Karim Zentici

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