✦ JOUR 5 SUR 365 ✦
Les Montagnes, Piquets de la Terre
Quand un mot arabe du VIIe siècle décrit ce que la géologie ne découvrira qu’au XXe siècle
﴿
أَلَمْ نَجْعَلِ الْأَرْضَ مِهَادًا
وَالْجِبَالَ أَوْتَادًا
« N’avons-Nous pas fait de la terre une couche, et des montagnes des piquets ? »
Sourate An-Naba’ (78:6-7)
وَأَلْقَىٰ فِي الْأَرْضِ رَوَاسِيَ أَن تَمِيدَ بِكُمْ
« Et Il a jeté sur la terre des montagnes fermes pour qu’elle ne tremble pas avec vous. »
Sourate An-Naḥl (16:15)
﴾
رسول الله ﷺ Parole du Prophète ﷺ
« Lorsqu’Allah créa la terre, elle se mit à osciller. Alors Il créa les montagnes et les plaça sur elle, et elle se stabilisa. Les anges s’étonnèrent de la force des montagnes et demandèrent : “Ô Seigneur, y a-t-il dans Ta création quelque chose de plus fort que les montagnes ?” Il dit : “Oui, le fer.” Ils demandèrent : “Y a-t-il quelque chose de plus fort que le fer ?” Il dit : “Le feu.” Ils demandèrent : “Y a-t-il quelque chose de plus fort que le feu ?” Il dit : “L’eau.” Ils demandèrent : “Y a-t-il quelque chose de plus fort que l’eau ?” Il dit : “Le vent.” Ils demandèrent : “Y a-t-il quelque chose de plus fort que le vent ?” Il dit : “Oui, le fils d’Adam qui donne de sa main droite une aumône qu’il cache de sa main gauche.” »
Rapporté par At-Tirmidhî (3369), Ahmad et At-Tabaranî. Authentifié par Al-Albânî.
Ce hadith est d’une beauté extraordinaire. Il commence par confirmer le rôle stabilisateur des montagnes — un fait géologique que nous allons détailler. Puis il établit une hiérarchie des forces de la création : montagne, fer, feu, eau, vent. Mais la chute est bouleversante : ce qui est plus fort que tout cela, c’est un acte de sincérité humaine. La charité secrète. La piété discrète. Allah place l’intention pure d’un cœur humble au-dessus de toutes les forces physiques de l’univers.
Ce que la science a découvert
1. Le mot « awtâd » : un choix lexical stupefiant
Le Coran utilise le mot « أَوْتَاد » (awtâd) pour décrire les montagnes. Ce mot signifie littéralement « piquets », « chevilles », « ancres » — les piquets que l’on enfonce dans le sol pour fixer une tente. L’image est extrêmement précise : un piquet de tente n’est pas simplement posé sur le sol. Il est enfoncé dedans. La partie visible à la surface est plus petite que la partie enterrée. Et sa fonction est de stabiliser, d’ancrer, d’empêcher le mouvement.
Au VIIe siècle, personne ne savait ce qui se trouvait sous les montagnes. Les hommes voyaient des masses rocheuses qui s’élevaient vers le ciel. Le choix du mot « piquet » — qui implique une partie enfoncée, invisible, plus profonde que la partie visible — était totalement contre-intuitif. Et c’est exactement ce que la géologie moderne a découvert.
2. Les racines des montagnes : la théorie de l’isostasie
En 1855, le géographe britannique Sir George Airy proposa un modèle révolutionnaire : les montagnes ne sont pas simplement posées sur la croûte terrestre comme des objets sur une table. Elles ont des racines. Des prolongements profonds de roche légère (la lithosphère) qui s’enfoncent dans le manteau plus dense (l’asthénosphère), exactement comme un iceberg dont 90 % de la masse est sous l’eau.
Ce phénomène s’appelle l’isostasie. Les mesures sismiques modernes ont confirmé que les chaînes de montagnes les plus hautes ont les racines les plus profondes. L’Himalaya, par exemple, culmine à 8 849 mètres au-dessus du niveau de la mer (l’Everest), mais sa racine crustale s’enfonce à environ 70-75 kilomètres de profondeur. La partie invisible est plus de huit fois plus grande que la partie visible. Exactement comme un piquet de tente.
Frank Press, ancien président de l’Académie nationale des sciences des États-Unis, et Raymond Siever, professeur à Harvard, écrivent dans leur manuel de référence Earth (5e édition, 2001) que les montagnes possèdent des racines profondes enfoncées dans le manteau terrestre. Les illustrations de ce manuel montrent des coupes transversales qui ressemblent de manière frappante à des piquets enfoncés dans le sol — exactement l’image utilisée par le Coran.
3. Le rôle stabilisateur : « pour qu’elle ne tremble pas avec vous »
Le deuxième verset cité (16:15) ajoute une information supplémentaire : les montagnes sont « rawâsiya » (fermement plantées) et elles empêchent la terre de « tamîda » (osciller, trembler, basculer). La géophysique moderne a démontré que les racines profondes des montagnes jouent effectivement un rôle de stabilisation de la croûte terrestre.
La croûte terrestre est composée de plaques tectoniques en mouvement permanent. Ces plaques flottent sur le manteau semi-liquide et sont sujettes à des forces considérables : convection du manteau, rotation de la Terre, forces gravitationnelles. Les montagnes, avec leurs racines profondes, agissent comme des ancres qui contribuent à la stabilité de ces plaques. Lorsque deux plaques entrent en collision — comme la plaque indienne et la plaque eurasienne —, l’énergie de la collision est en partie absorbée par la formation de montagnes, au lieu de se dissiper uniquement en séismes dévastateurs.
Sans les montagnes, la surface terrestre serait bien plus instable. Les oscillations de la croûte seraient amplifiées. La vie complexe à la surface de la Terre serait compromise. Le Coran ne dit pas simplement que les montagnes sont belles ou impressionnantes. Il dit qu’elles ont une fonction : stabiliser. Et il choisit un mot — awtâd — qui décrit à la fois leur forme (des piquets avec une racine profonde) et leur fonction (ancrer, fixer, empêcher le mouvement).
4. La tectonique des plaques : une découverte récente
Il est crucial de rappeler le contexte historique. La théorie de la tectonique des plaques n’a été acceptée par la communauté scientifique que dans les années 1960. Avant cela, pendant des siècles, les géologues ne savaient pas que la croûte terrestre était composée de plaques mobiles, ni que les montagnes avaient des racines, ni qu’elles jouaient un rôle stabilisateur. L’idée même que les continents bougent a été ridiculisée quand Alfred Wegener l’a proposée en 1912. Il a fallu attendre les données océanographiques des années 1950-60 pour que la communauté scientifique accepte enfin cette réalité. Le Coran, lui, l’avait énoncée en un seul mot : awtâd.
Méditation du jour
Si tu as déjà vu une montagne de près — les Alpes, l’Atlas, le Haut-Atlas, les Pyrénées — tu as ressenti cette impression écrasante de masse, de poids, de permanence. Tu te sens minuscule. Le roc semble éternel. La montagne semble indestructible.
Mais ce que tu vois n’est que la pointe. Sous tes pieds, la montagne s’enfonce dans la terre sur des dizaines de kilomètres. Tu ne marches pas sur un sommet — tu te tiens sur le sommet d’un piquet colossal dont la partie cachée est huit fois plus grande que ce que tes yeux voient.
Et ce piquet a été placé là pour une raison. Pas pour être beau — même s’il l’est. Pas pour être impressionnant — même s’il l’est. Mais pour te protéger. Pour que le sol sous tes pieds ne tremble pas constamment. Pour que la croûte terrestre — cette fine pellicule de roche de 35 kilomètres d’épaisseur flottant sur un océan de magma à 1 300°C — reste suffisamment stable pour que tu puisses vivre, marcher, prier dessus.
Réfléchis à cela : tu vis sur une coquille de roche plus fine que la peau d’une pomme par rapport à sa taille, posée sur un océan de roche en fusion. Et pourtant, tu te sens en sécurité. Tu dors tranquillement. Tu ne sens rien bouger. Pourquoi ? Parce qu’Allah a jeté des piquets dans cette coquille. Et ces piquets tiennent.
Et maintenant, repense au hadith. Les anges demandent : qu’est-ce qui est plus fort que les montagnes ? Le fer. Le feu. L’eau. Le vent. Toutes des forces colossales de la nature. Et au bout de cette ascension de puissance, qu’est-ce qui surpasse tout ? Un geste de générosité discret. Un acte de foi intime que personne ne voit sauf Allah. La main droite qui donne sans que la gauche le sache.
Les montagnes stabilisent la terre. Mais c’est la sincérité du cœur qui stabilise l’âme. Al-Qawiyy, Al-Matîn. Le Tout-Fort, l’Inébranlable. Celui qui a ancré la terre t’invite à ancrer ton cœur en Lui.
وَتَرَى الْجِبَالَ تَحْسَبُهَا جَامِدَةً وَهِيَ تَمُرُّ مَرَّ السَّحَابِ ۟ صُنْعَ اللَّهِ الَّذِي أَتْقَنَ كُلَّ شَيْءٍ
« Et tu verras les montagnes, que tu croyais figées, passer comme des nuages. Telle est l’œuvre d’Allah qui a parfait toute chose. »
(Sourate An-Naml, 27:88)
Sources & références
- Frank Press, Raymond Siever, Earth, 5e édition (2001) — Racines crustales des montagnes et isostasie.
- George B. Airy, « On the Computation of the Effect of the Attraction of Mountain-Masses », Philosophical Transactions of the Royal Society, 1855 — Première formulation du modèle isostasique.
- Alfred Wegener, Die Entstehung der Kontinente und Ozeane (1915) — Théorie de la dérive des continents.
- Sunan At-Tirmidhî, hadith n°3369 ; Musnad Ahmad. Authentifié par Al-Albânî dans As-Silsila As-Sahiha.
- Tafsîr Ibn Kathîr et Tafsîr Al-Qurtubî, Sourate An-Naba’ (78:6-7) et Sourate An-Naḥl (16:15).
- Lane’s Lexicon, entrée « وتد » (w-t-d) — Analyse du terme awtâd.
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