✦ JOUR 8 SUR 365 ✦
Les Ténèbres des Profondeurs
Quand le Coran décrit le fond des océans avec une précision que seuls les sous-marins du XXe siècle confirmeront
﴿
أَوْ كَظُلُمَاتٍ فِي بَحْرٍ لُجِّيٍّ يَغْشَاهُ مَوْجٌ مِن فَوْقِهِ مَوْجٌ مِن فَوْقِهِ سَحَابٌ ۟ ظُلُمَاتٌ بَعْضُهَا فَوْقَ بَعْضٍ إِذَا أَخْرَجَ يَدَهُ لَمْ يَكَدْ يَرَاهَا
« Ou comme des ténèbres dans une mer profonde, recouverte par une vague, sur laquelle s’élève une [autre] vague, surmontée de nuages. Des ténèbres superposées les unes sur les autres. Quand il étend la main, il ne la distingue presque pas. »
Sourate An-Nûr (24:40)
﴾
رسول الله ﷺ Parole du Prophète ﷺ
« Certes, Allah n’est pas injuste envers les gens en quoi que ce soit, mais ce sont les gens qui se font du tort à eux-mêmes. » Le Prophète ﷺ a dit : « La parabole de celui qui médite le Livre d’Allah et de celui qui ne le médite pas est comme la parabole du vivant et du mort. »
Rapporté par Al-Bukhârî (5427) et Muslim (779).
Le verset parle de ténèbres superposées — et le hadith nous avertit : il existe des ténèbres physiques, au fond des océans, et il existe des ténèbres spirituelles, au fond d’un cœur qui ne médite pas le Coran. Le contexte du verset est une métaphore : il compare les œuvres de l’incrédule à cette obscurité abyssale. Mais la description scientifique utilisée dans cette métaphore est d’une précision océanographique que seul le XXe siècle a pu vérifier. Allah choisit même Ses images avec une précision que les hommes ne découvrent que des siècles plus tard.
Ce que la science a découvert
1. « Baḥrin lujjiyy » — Une mer profonde
Le Coran utilise le terme « baḥrun lujjiyy », que l’on peut traduire par « une mer profonde » ou « une mer abyssale ». Le mot « lujjiyy » dérive de « lujja », qui désigne les grandes profondeurs, l’abîme océanique. Ce terme ne désigne pas la mer côtière que connaissaient les Arabes du VIIe siècle — il désigne spécifiquement les profondeurs océaniques, un environnement qu’aucun être humain n’a pu explorer avant le XXe siècle.
Les océans atteignent des profondeurs vertigineuses. La fosse des Mariannes, le point le plus profond de la Terre, descend à 10 994 mètres sous la surface. La profondeur moyenne des océans est d’environ 3 688 mètres. Ce sont des abîmes où aucun humain ne peut survivre sans technologie avancée. La première plongée au fond de la fosse des Mariannes a eu lieu en 1960, quand Jacques Piccard et Don Walsh ont atteint le fond à bord du bathyscaphe Trieste. Avant cela, l’humanité n’avait aucune idée de ce qui se passait au fond des océans.
2. « Vague sur vague » — La découverte des vagues internes
Le verset décrit une structure très précise : une mer profonde « recouverte par une vague, sur laquelle s’élève une [autre] vague, surmontée de nuages ». Pendant longtemps, les commentateurs ont compris cela comme une simple image poétique : des vagues superposées, une tempête. Mais l’océanographie moderne a révélé un phénomène extraordinaire : les vagues internes.
Les océans ne sont pas un bloc uniforme de liquide. Ils sont stratifiés en couches de densités différentes — dues aux variations de température et de salinité. À l’interface entre ces couches se forment des vagues invisibles depuis la surface : les vagues internes (internal waves). Ces vagues peuvent mesurer des dizaines, voire des centaines de mètres de hauteur, et elles se déplacent lentement dans les profondeurs de l’océan.
Le verset décrit donc trois couches distinctes : les vagues internes (profondes), les vagues de surface, et les nuages. Trois strates de mouvement, trois couches de « couverture » — exactement ce que l’océanographie et la météorologie décrivent. Les vagues internes n’ont été découvertes scientifiquement qu’en 1904 par l’océanographe scandinave Fridtjof Nansen, lors de son expédition arctique à bord du Fram. Le Coran les évoque quatorze siècles plus tôt.
3. « Ténèbres superposées » — L’absorption de la lumière dans l’océan
Le verset décrit des « ẓulumât ba‘ḍuhâ fawqa ba‘ḍ » — des ténèbres superposées les unes au-dessus des autres. L’océanographie moderne a démontré que la lumière du soleil est progressivement absorbée par l’eau de mer, couleur par couleur, créant littéralement des couches de ténèbres empilées.
Le spectre lumineux visible est composé de sept couleurs (rouge, orange, jaune, vert, bleu, indigo, violet). Chacune est absorbée à une profondeur différente. Le rouge disparaît dès 10 mètres de profondeur. L’orange vers 30 mètres. Le jaune vers 50 mètres. Le vert vers 100 mètres. Le bleu pénètre le plus profondément, jusqu’à environ 200 mètres. Au-delà de 200 mètres, c’est l’obscurité totale. La zone aphotique — sans aucune lumière — représente plus de 90 % du volume des océans.
L’expression coranique est d’une exactitude remarquable : ce ne sont pas des ténèbres uniformes, ce sont des ténèbres « superposées les unes sur les autres ». Chaque couche d’eau absorbe une fréquence de lumière, ajoutant une couche d’obscurité à la précédente. Et à la fin, « quand il étend la main, il ne la distingue presque pas ». C’est exactement ce que vivent les plongeurs en eau profonde : en dessous de 200 mètres, l’obscurité est si totale qu’on ne voit pas sa propre main.
4. La question qui s’impose
Les Arabes du VIIe siècle ne plongéaient pas en profondeur. Ils n’avaient pas de sous-marins, pas d’équipement de plongée, pas de capteurs de lumière sous-marine. Les pêcheurs de perles de l’époque descendaient à quelques mètres de profondeur, peut-être 15 ou 20 mètres au maximum — une zone encore bien éclairée. Personne n’avait jamais expérimenté l’obscurité totale des profondeurs océaniques. Personne ne connaissait l’existence des vagues internes. Personne ne savait que la lumière est absorbée couleur par couleur. Comment un homme dans le désert d’Arabie pourrait-il décrire ces phénomènes avec cette précision ? La réponse du Coran est dans le verset lui-même : celui qui parle est Celui qui a créé ces océans.
Méditation du jour
Imagine-toi plongeant dans l’océan. Les dix premiers mètres : la lumière est vive, bleue, les couleurs éclatent. Tu vois les poissons, les coraux, le sable. C’est le monde que tu connais.
À 30 mètres, le rouge a disparu. Tout devient bleu-vert. Si tu te coupes, ton sang paraît vert — il n’y a plus assez de lumière rouge pour révéler sa couleur. À 100 mètres, tout est bleu sombre. Les formes deviennent des ombres. À 200 mètres, c’est la nuit. Le noir total. Si tu éteins ta lampe, tu ne vois pas ta main devant tes yeux.
Et tu continues à descendre. 500 mètres. 1 000 mètres. 3 000 mètres. La pression écrase tout. Le froid est glacial. L’obscurité est si absolue qu’elle n’a aucun équivalent à la surface de la Terre — même la nuit la plus noire sur terre a des étoiles. Ici, il n’y a rien. Aucun photon. Aucune lumière. Des ténèbres que l’œil humain n’a jamais été conçu pour supporter.
Et au-dessus de toi, sans que tu le voies, des vagues gigantesques se déplacent lentement entre les couches de l’océan. Puis, encore au-dessus, les vagues de surface. Puis les nuages. Des couches empilées. Des voiles sur des voiles. Des ténèbres sur des ténèbres. Et le Coran décrit tout cela. Chaque strate. Chaque couche. Avec une précision chirurgicale.
Mais le verset ne parle pas seulement de l’océan. C’est une parabole. Il décrit l’état de celui qui vit sans guidance. Sans lumière divine. Ses œuvres sont comme ces ténèbres : il ne voit pas, il ne comprend pas, il étend la main et ne saisit rien. Le Coran — c’est la lumière qui pénètre ces couches d’obscurité. Et le Prophète ﷺ te dit : celui qui médite ce Livre est comme le vivant, celui qui ne le médite pas est comme le mort.
An-Nûr. La Lumière. C’est le nom de la sourate. Celle qui décrit les ténèbres les plus profondes de l’univers pour te rappeler qu’Allah est la Lumière des cieux et de la terre. Allâhu Nûru as-samâwâti wa-l-arḍ.
اللَّهُ نُورُ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ
« Allah est la Lumière des cieux et de la terre. »
(Sourate An-Nûr, 24:35)
Sources & références
- Fridtjof Nansen, expédition du Fram (1893-1896) — Première observation documentée des vagues internes, formalisée par V.W. Ekman en 1904.
- Jacques Piccard & Don Walsh, plongée du Trieste dans la fosse des Mariannes (23 janvier 1960) — 10 916 m de profondeur.
- Garrison, Tom S., Oceanography: An Invitation to Marine Science — Absorption du spectre lumineux dans l’eau de mer et zones photiques/aphotiques.
- NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) — Internal waves: dynamics and impact on ocean mixing.
- Sahih Al-Bukhârî, hadith n°5427 ; Sahih Muslim, hadith n°779.
- Tafsîr Ibn Kathîr et Tafsîr Al-Qurtubî, Sourate An-Nûr (24:35 et 24:40).
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