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« On ne connaît pas la vérité par les hommes, mais connais donc la vérité, et après tu connaîtras ceux qui la suivent. »


Ce que l'islam voit quand il regarde une femme

Publié par convertistoislam - l'islam pour tous sur 30 Juillet 2026, 23:53pm

Catégories : #LA FEMME MUSULMANE

Ce que l'islam voit quand il regarde une femme


 

Au nom d'Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux

La moitié de la société —

et la mère de l'autre moitié

La vision de la femme en islam : sa valeur, son foyer,

son travail, et l'avenir qu'elle façonne

◆ ◆ ◆

convertistoislam.fr

 

I. Ce qui compte, et ce qui se compte

Une civilisation se juge à ce qu'elle choisit de compter. La nôtre a choisi : elle compte ce qui se facture. Un produit, un salaire, une transaction — cela existe ; le reste est invisible. Ouvrez une statistique officielle : la femme qui élève trois enfants, tient une maison, veille un parent âgé et façonne jour après jour les caractères de ceux qui feront la société de demain y figure dans une colonne au nom stupéfiant — « sans activité ». Sans activité, celle qui n'arrête jamais. La comptabilité nationale connaît le prix d'une heure de crèche, d'un plat livré, d'une heure de ménage ; elle ne connaît pas la valeur d'une mère — parce que sa mesure ne sait peser que ce qui se vend.

L'islam ne conteste pas la valeur de la femme : il conteste l'instrument de mesure. Sa balance à lui ne pèse pas des factures, elle pèse des œuvres — et dans cette Balance-là, façonner une âme pèse plus lourd que remplir un tableur. C'est tout le propos de cet article : non pas défendre la femme contre des accusations — un dossier entier de notre série s'en charge —, mais dire ce que l'islam voit quand il regarde une femme. Car on ne comprend rien à ses règles si l'on ignore sa vision ; et sa vision tient en une phrase que nous allons déplier : la femme est la moitié de la société, et la mère de l'autre moitié.

II. D'où l'islam l'a relevée : l'état du monde

Mais avant de dire ce que l'islam voit dans la femme, il faut rappeler d'où il l'a tirée — car on ne mesure pas une aurore sans savoir ce que fut la nuit. Et disons-le d'emblée pour couper court au procès d'intention : rappeler ces faits n'est pas accabler les autres civilisations, c'est prendre la mesure exacte de la marche. Voici donc, sans caricature et sources en main, l'état du monde au moment où le Coran descend — et longtemps après.

Athènes, qu'on nous donne pour berceau de la raison, n'a jamais fait de la femme une citoyenne : mineure à vie, elle passait de la tutelle de son père à celle de son mari, recluse au gynécée, sans voix à l'assemblée ni existence propre au tribunal — et son plus illustre philosophe théorisait froidement qu'elle était un être inachevé, un homme manqué. Rome, mère du droit, l'a tenue sous une tutelle perpétuelle : la femme passait d'une main à l'autre — le mot latin, manus, dit tout — et l'antique tribunal domestique pouvait, sous la puissance du père ou de l'époux, aller jusqu'à la mort. En Inde, les lois de Manou fixaient la règle sans détour : jamais indépendante — fille sous son père, épouse sous son mari, veuve sous ses fils ; et la veuve, précisément, était appelée à monter sur le bûcher de son époux défunt pour y brûler vive — la satî ne fut interdite qu'au dix-neuvième siècle, sous l'administration britannique, et l'on en signalait encore des cas au vingtième.

Les héritiers des Écritures n'avaient pas rompu ce consensus. La tradition rabbinique enseigne à l'homme une bénédiction quotidienne remerciant Dieu « de ne pas l'avoir fait femme », et tient l'épouse à l'écart durant ses menstrues. Le christianisme ancien, lui, a fait porter à toutes les filles d'Ève la faute d'une seule : « Tu es la porte du diable », écrivait Tertullien aux femmes de son temps ; et les épîtres leur imposaient le silence dans les assemblées et leur interdisaient d'enseigner, la faute d'Ève à l'appui. Nous avons montré ailleurs que le Coran a précisément innocenté Ève — mesurez ici ce que cette innocence venait renverser.

Et que l'on ne croie pas ces ténèbres purement antiques : elles ont duré jusqu'à la porte de nos grands-mères. Le droit anglais professait la coverture — « l'existence juridique de la femme est suspendue pendant le mariage », écrivait le grand juriste Blackstone au dix-huitième siècle : absorbée dans la personne de son mari, elle ne possédait rien en propre, pas même ses gages ; et la coutume des ventes d'épouses, menées au licol sur les places de marché, est documentée en Angleterre jusqu'en plein dix-neuvième siècle. La France du Code civil, en 1804, rangeait la femme mariée parmi les incapables juridiques ; elle ne votera qu'en 1944 et n'ouvrira un compte en banque sans autorisation maritale qu'en 1965. Voilà la nuit — et elle fut longue.

L'Arabie du septième siècle, enfin, était de cette nuit la province la plus cruelle : on y recevait la naissance d'une fille comme un déshonneur — le Coran décrit le visage du père qui s'assombrit et l'homme qui se cache des siens, hésitant entre garder l'enfant dans l'humiliation ou l'enfouir dans la terre (Coran 16, 58-59) — ; on y enterrait des fillettes vivantes ; on y héritait des femmes comme d'un mobilier. C'est là, au creux de cette nuit-là, que la rupture s'est produite — et elle ne s'est produite que là. Que l'on nous comprenne avec précision, car l'objection viendra : oui, il exista partout des exceptions — une impératrice à Byzance, une riche propriétaire à Rome, une abbesse puissante ici ou là. Mais c'étaient des exceptions de naissance, de fortune ou de statut, jamais un droit commun. L'islam a fait de l'exception la règle, et de la règle un commandement sacré : il a généralisé à toute femme — pauvre ou riche, mariée ou non, citadine ou bédouine — des droits que les autres mondes réservaient à quelques privilégiées, et il les a placés sous la garde de Dieu, hors d'atteinte des reculs. D'un bien transmissible, il a fait une héritière ; d'une coupable-née, une innocente ; d'un être tenu pour secondaire, une âme égale à qui le Paradis est promis au même titre. L'islam n'a pas seulement amélioré la condition de la femme : il en a inversé la doctrine. Et un signe ne trompe pas sur la place que cette foi naissante fit aux femmes : la première personne de l'histoire à mourir pour l'islam — son tout premier martyr — fut une femme, Soumayya, tuée sous la torture pour avoir refusé d'abjurer. Le premier sang versé pour ce Livre fut un sang de femme. Le reste de cet article raconte ce que l'islam a bâti sur ce renversement.

III. Avant tout rôle : une âme

Commençons par ce qui précède tous les rôles, car l'erreur serait de dire que la femme vaut parce qu'elle sert. En islam, la femme ne vaut pas parce qu'elle est utile ; elle est utile parce qu'elle vaut. Sa dignité première ne doit rien à la maternité, rien au foyer, rien au travail : elle est une âme créée par Allah, issue du même souffle que l'homme — « d'un seul être » (Coran 4, 1) —, appelée au même Seigneur, jugée à la même Balance, promise au même Paradis : « Quant à ceux, hommes ou femmes, qui accomplissent de bonnes œuvres, tout en étant croyants, ils entreront au Paradis sans subir la moindre injustice » (Coran 4, 124). Le Prophète ﷺ l'a dit d'un mot définitif : « Les femmes sont les sœurs jumelles des hommes » (rapporté par Abû Dâwûd et At-Tirmidhî, authentique).

Mais le Coran va plus loin, et c'est ici que le lecteur — et la lectrice — doivent s'arrêter. Quand le Livre d'Allah veut montrer à l'humanité entière, hommes compris, ce qu'est la foi tenue sous la tyrannie et la pureté gardée dans l'épreuve, quels exemples choisit-il ? Deux femmes :

وَضَرَبَ ٱللَّهُ مَثَلٗا لِّلَّذِينَ ءَامَنُواْ ٱمۡرَأَتَ فِرۡعَوۡنَ إِذۡ قَالَتۡ رَبِّ ٱبۡنِ لِي عِندَكَ بَيۡتٗا فِي ٱلۡجَنَّةِ وَنَجِّنِي مِن فِرۡعَوۡنَ وَعَمَلِهِۦ ... وَمَرۡيَمَ ٱبۡنَتَ عِمۡرَٰنَ ٱلَّتِيٓ أَحۡصَنَتۡ فَرۡجَهَا

Et Allah propose aux croyants l'exemple de la femme de Pharaon qui implora : « Veuille, Seigneur, me faire construire auprès de Toi une demeure au Paradis, me délivrer de Pharaon et de ses agissements et me sauver de ce peuple impie ! » Et l'exemple de Marie, fille d'Imrân, qui sut préserver sa chasteté et que Nous avons récompensée en insufflant en elle de Notre Esprit. Elle crut en la parole de son Seigneur et en Ses Écritures, et fut de ceux qui se soumettent humblement à Ses commandements.

— Sourate 66, At-Tahrîm, versets 11-12

Mesurez la portée : le texte ne dit pas « exemple pour les croyantes » — il dit « pour les croyants », masculin générique, tous. Âsiya, l'épouse du pire tyran de l'histoire sainte, est donnée en modèle de foi aux hommes ; Maryam, en modèle de pureté et de véracité aux hommes. Une sourate entière du Coran porte le nom de Marie — aucune ne porte celui d'un compagnon, fût-il Abû Bakr ou 'Omar. Une religion qui tiendrait la femme pour un être spirituel de seconde zone n'aurait pas donné des femmes en étendards de la foi — ni ordonné aux hommes de lever les yeux vers elles. Mais il y a plus : Allah a des préférées, Il les a nommées, et chacune porte un signe que nul homme n'a reçu. Arrêtons-nous devant elles.

IV. Les préférées du Ciel : Âsiya, Maryam, Khadîja, Fâtima, 'Â'icha

Allah a des préférées, et Il ne l'a pas caché. Le Prophète ﷺ a dit : « Il te suffit, parmi les femmes des mondes : Maryam fille de 'Imrân, Khadîja bint Khouwaylid, Fâtima bint Mouhammad et Âsiya, femme de Pharaon » (rapporté par At-Tirmidhî, authentique) ; et il a dit de 'Â'icha que son mérite sur les femmes est comme celui du tharîd — le plat le plus noble des Arabes — sur tous les autres mets (rapporté par Al-Bukhârî et Muslim). Cinq noms que le ciel a distingués. Arrêtons-nous devant chacune, car chacune porte un signe — un privilège que Dieu n'a accordé à aucun roi, à aucun conquérant, et à bien peu de prophètes — et l'ensemble dessine ce que l'islam regarde comme l'accomplissement d'une femme : cinq destins qui ne se ressemblent en rien.

Âsiya d'abord, la reine. Elle avait tout ce que le monde peut offrir — les palais d'Égypte, le rang, la sécurité — et elle a tout pesé contre la foi, et la foi l'a emporté. Torturée par son propre époux, le tyran des tyrans, elle prononce la prière que nous avons citée plus haut et que le Coran a jugée digne d'être conservée mot pour mot jusqu'à la fin des temps. Écoutez-en l'ordre, car les exégètes s'y arrêtent avec émerveillement : « construis-moi auprès de Toi une demeure au Paradis » — auprès de Toi d'abord, au Paradis ensuite. Elle a choisi le Voisin avant la demeure, disent les commentateurs. Sous les coups, cette femme a enseigné à l'humanité la hiérarchie du désir : Dieu d'abord, le Paradis comme conséquence. Et son cas brise une fatalité que bien des femmes croient inéluctable : mariée au pire des hommes, elle prouve qu'aucune épouse n'est prisonnière du destin de son mari — devant Allah, elle répond d'elle seule, et elle peut, seule, dépasser tous les hommes de son siècle.

Maryam ensuite, l'élue. Elle est l'unique femme que le Coran nomme par son prénom — et il la nomme plus souvent que ne le fait le Nouveau Testament ; une sourate entière porte son nom ; et le Livre proclame son élection dans des termes qu'aucune autre créature féminine n'a reçus : Allah l'a choisie, purifiée et élue au-dessus des femmes de l'univers (Coran 3, 42). Enfant consacrée, elle grandissait dans le sanctuaire sous la garde de Zakariyya ; et chaque fois que le prophète entrait dans sa retraite, il trouvait auprès d'elle des fruits hors de saison. D'où cela te vient-il ? demanda-t-il. « Cela vient d'Allah », répondit-elle (Coran 3, 37). Goûtez la scène : la réponse d'une jeune fille est devenue, pour un prophète, une leçon de confiance en Dieu — et le Coran l'a retenue pour l'enseigner aux hommes jusqu'au Jour dernier.

Khadîja, la première. Première à croire quand le monde entier doutait, elle qui mit sa fortune, son rang et son cœur au service d'une mission naissante que tout Quraych voulait étouffer. Et voici son signe, que nul monarque de l'histoire n'a reçu : un jour, l'ange Jibrîl vint dire au Prophète ﷺ : « Voici Khadîja qui arrive avec un récipient. Quand elle sera là, transmets-lui le salut de son Seigneur et le mien, et annonce-lui une demeure au Paradis, faite d'une perle creusée, où il n'y aura ni vacarme ni fatigue » (rapporté par Al-Bukhârî et Muslim). Relisez lentement : le Créateur des cieux et de la terre a envoyé Son salut — nominalement, personnellement — à une femme, par l'intermédiaire de l'ange de la Révélation. Il n'existe pas, dans toutes les archives de l'humanité, de lettre de noblesse comparable ; et elle fut adressée à une commerçante de La Mecque, deux fois veuve, mère de famille, qui avait simplement cru la première.

Fâtima, la partie de lui. « Fâtima est une partie de moi, dit le Prophète ﷺ : quiconque la met en colère me met en colère » (rapporté par Al-Bukhârî) — et il lui annonça qu'elle serait la maîtresse des femmes de cette communauté, des femmes du Paradis selon d'autres versions authentiques. Mais le détail qui dit tout est un geste : lorsque Fâtima entrait chez son père, rapporte 'Â'icha, il se levait pour elle, la prenait par la main, l'embrassait et la faisait asseoir à sa place (rapporté par Abû Dâwûd, authentique). Le maître des fils d'Adam se levait pour sa fille — dans une Arabie qui, une génération plus tôt, enterrait les filles vivantes. Et qu'on nous montre, dans notre siècle qui prétend les avoir libérées, beaucoup de pères qui se lèvent ainsi.

'Â'icha enfin, l'innocentée du ciel. Deux sceaux la distinguent, et le second est sans équivalent dans l'histoire des religions. Le premier : le Prophète ﷺ confia que la révélation ne lui venait sous la couverture d'aucune de ses épouses, sauf la sienne (rapporté par Al-Bukhârî) — et interrogé publiquement sur l'être qu'il aimait le plus au monde, il répondit sans détour : « 'Â'icha » ; et parmi les hommes ? « Son père » (rapporté par Al-Bukhârî et Muslim). L'amour d'une femme, proclamé sans honte par le plus pudique des hommes. Le second sceau : lorsque les hypocrites répandirent contre elle la calomnie, ce ne fut ni son mari ni son père qui lava son honneur — ce fut Allah, du haut des sept cieux, par seize versets de la sourate An-Noûr (Coran 24, 11-26) proclamant son innocence et menaçant ses calomniateurs, versets récités dans les prières de chaque génération jusqu'à la fin des temps. Cherchez, dans l'histoire des religions, un autre cas où Dieu Lui-même descend en justice pour l'honneur d'une femme : vous ne le trouverez pas. Celle-là même devint ensuite l'une des plus grandes juristes de l'islam, maîtresse des compagnons — mais ceci, nous l'avons conté ailleurs.

Regardez maintenant le tableau d'ensemble, car il achève de décoincer les esprits : une reine torturée pour sa foi, une vierge consacrée, une femme d'affaires mûre et deux fois veuve, une jeune mère de famille, une jeune épouse devenue savante. Cinq statuts, cinq âges, cinq vies — aucune ne ressemble à l'autre, et c'est précisément la leçon : la préférence d'Allah n'a pas de profil type. Elle n'a qu'un critère — la foi et l'œuvre — et ce critère, toute femme peut le remplir, chacune depuis sa propre vie. L'islam n'a pas un moule de femme idéale : il a un ciel ouvert, et cinq étoiles pour montrer qu'on y entre par des chemins qui ne se ressemblent pas.

 

 

V. Des pas de femme dans le marbre du rite

Il y a, au cœur du pèlerinage, un rite que tout musulman doit accomplir : la course entre les collines de Safâ et de Marwa. Sept allers et retours, obligatoires, sans lesquels le pèlerinage est incomplet. Savez-vous ce que refont, exactement, les rois et les savants, les milliardaires et les paysans, les athlètes et les vieillards qui pressent le pas dans cette galerie de marbre ? Ils refont les pas d'une femme. Hâjar, servante devenue épouse d'Ibrâhîm, laissée seule dans un désert sans vie avec son nourrisson, courant d'une colline à l'autre, cherchant de l'eau pour son fils, refusant d'abandonner — jusqu'à ce que jaillisse Zamzam (récit rapporté par Al-Bukhârî, d'après Ibn 'Abbâs). L'islam aurait pu commémorer mille choses ; il a gravé dans son culte éternel, jusqu'à la fin des temps, la course d'une mère seule qui se bat pour son enfant. Chaque pèlerin, en courant, l'atteste sans le savoir : dans cette religion, l'effort d'une mère est un acte si grand que Dieu en a fait une adoration.

Ce n'est pas un cas isolé : ouvrez le Coran aux moments où l'histoire sainte bascule, et regardez qui s'y tient. Quand il faut sauver Mûsâ du massacre, Allah ne s'adresse pas à un conseil d'hommes : Il inspire sa mère — « Nous révélâmes à la mère de Moïse : allaite-le, et si tu crains pour lui, confie-le au fleuve, sans crainte et sans tristesse » (Coran 28, 7) — et confie le plus grand prophète des fils d'Israël aux bras d'une femme et à sa confiance en Dieu. Quand il faut porter au monde le Messie, c'est Maryam, seule, « choisie sur les femmes des mondes » (Coran 3, 42). Quand la première révélation descend sur Mouhammad ﷺ et qu'il rentre tremblant, c'est une femme, Khadîja, qui le couvre, le rassure et croit la première — le premier cœur musulman de cette communauté fut un cœur de femme.

Et le Livre va plus loin encore : il conserve le portrait d'une femme qui gouverne. La reine de Saba, que le Coran met en scène face à Salomon, consulte ses dignitaires avant toute décision — « je ne tranche aucune affaire sans que vous en soyez témoins » (Coran 27, 32) —, refuse la guerre inutile que ses généraux lui proposent, pèse, négocie, envoie des présents pour sonder son interlocuteur, puis, ayant reconnu la vérité, se soumet à Allah avec Salomon — non à Salomon. Le Coran ne lui reproche pas une seconde d'être une femme au pouvoir : il ne reproche à son peuple que l'idolâtrie ; et lorsqu'elle diagnostique que « les rois, quand ils entrent dans une cité, la corrompent et avilissent les plus nobles de ses habitants » (Coran 27, 34), les exégètes notent que le texte confirme aussitôt son jugement. La sagesse politique d'une femme, validée par la Parole de Dieu. Ajoutez Khawla bint Tha'laba, cette Médinoise dont Allah entendit la plainte contre l'injustice de son mari et à qui le ciel répondit — toute une sourate, Al-Moujâdalah, « celle qui discute », porte depuis le nom de sa contestation (Coran 58, 1). Ajoutez enfin les croyantes de Médine prêtant au Prophète ﷺ leur propre serment d'allégeance, en leur nom, individuellement — acte politique personnel dont le Coran fixe lui-même le protocole (Coran 60, 12), à une époque où nulle cité du monde ne demandait son avis à une femme. Voilà la place que le récit sacré fait aux femmes : non pas la coulisse, mais le pivot — et quand une reine gouverne ou qu'une plaignante conteste, le Livre ne retient ni scandale ni leçon de genre : il consacre la sagesse de l'une et fait droit à l'autre.

VI. La première école du monde

Chaque être humain fréquente une école avant toutes les écoles. Avant l'instituteur, avant le livre, avant la mosquée et avant l'État, il y a un visage penché sur un berceau, une voix qui nomme le monde, des bras qui apprennent la confiance ou la peur. Le Prophète ﷺ a dit : « Tout nouveau-né naît selon la fitra — la disposition naturelle — puis ce sont ses parents qui en font un juif, un chrétien ou un mazdéen » (rapporté par Al-Bukhârî et Muslim). Les premiers sculpteurs de l'âme humaine sont les parents — et le premier des deux, dans l'ordre du temps, de la chair et du cœur, c'est elle. Le Coran le rappelle aux hommes avec une insistance qui ne laisse aucune place à l'oubli :

وَوَصَّيۡنَا ٱلۡإِنسَٰنَ بِوَٰلِدَيۡهِ حَمَلَتۡهُ أُمُّهُۥ وَهۡنًا عَلَىٰ وَهۡنٖ وَفِصَٰلُهُۥ فِي عَامَيۡنِ أَنِ ٱشۡكُرۡ لِي وَلِوَٰلِدَيۡكَ إِلَيَّ ٱلۡمَصِيرُ

Nous avons ordonné à l'homme de bien traiter ses père et mère. Il est porté par sa mère qui endure pour lui une succession de peines et son sevrage n'a lieu qu'au terme de deux années. Sois donc reconnaissant envers Moi, ainsi qu'envers tes parents. C'est à Moi que vous ferez retour.

— Sourate 31, Louqmân, verset 14

Remarquez la construction : « sois reconnaissant envers Moi, ainsi qu'envers tes parents » — la gratitude due aux parents est adossée, dans la même phrase, à la gratitude due à Dieu. Et quand un homme vint demander qui, de tous les humains, méritait le plus sa bonne compagnie, le Prophète ﷺ répondit : « Ta mère. — Ensuite qui ? — Ta mère. — Ensuite qui ? — Ta mère. — Ensuite qui ? — Ton père » (rapporté par Al-Bukhârî et Muslim). Trois fois avant le père. À un autre, qui voulait partir au combat, il demanda s'il avait encore sa mère, et dit : « Reste auprès d'elle, car le Paradis est à ses pieds » (rapporté par An-Nasâ'î, authentique). L'islam a placé le Paradis — le but de toute une vie — sur le chemin qui passe par elle.

Et l'histoire a vérifié la promesse. Feuilletez les biographies des géants de cette communauté : derrière presque chacun, vous trouverez une mère. C'est la mère de Mâlik, rapportent les biographes, qui enturbannait son fils et l'envoyait au cercle de Rabî'a en lui disant d'apprendre de son maître le comportement avant la science. C'est une veuve, celle d'Al-Boukhârî, qui éleva seule l'enfant — dont les chroniqueurs racontent qu'il avait perdu la vue, recouvrée après les invocations nocturnes de sa mère — et qui fit de cet orphelin l'auteur du livre le plus authentique après le Coran. C'est la mère de Soufyân ath-Thawrî qui lui dit, rapportent les Siyar : « Mon fils, consacre-toi à la quête de la science ; je pourvoirai à tes besoins par mon fuseau. » Une pauvre fileuse a financé de ses mains l'un des plus grands savants de l'islam — et l'islam a retenu son fuseau comme on retient un waqf princier. Le poète Hâfiz Ibrâhîm l'a résumé pour tout le monde arabe : la mère est une école — la préparer, c'est préparer un peuple entier. L'Occident, du reste, le savait aussi, qui disait que la main qui berce le berceau gouverne le monde ; il l'a simplement oublié le jour où il a cessé de compter ce qui ne se facture pas. Celui qui veut savoir à quoi ressemblera une société dans trente ans n'a pas besoin de prospective : qu'il regarde ce qu'elle fait aujourd'hui de ses mères.

VII. Les gardiennes de la Révélation : ce que l'islam doit à ses femmes

Commençons par le sommet : le Coran lui-même. Lorsque, après la mort du Prophète ﷺ, Abû Bakr fit rassembler les feuillets de la Révélation en un exemplaire de référence, ces feuillets passèrent à 'Omar, puis furent confiés à sa fille Hafsa, épouse du Prophète — et c'est chez une femme que dormit, des années durant, l'exemplaire-mère du Livre d'Allah ; c'est sa copie que le calife 'Outhmân emprunta pour établir les codex officiels envoyés aux provinces, avant de la lui rendre (rapporté par Al-Bukhârî). Pesez ce fait que presque personne ne connaît : le texte que récite aujourd'hui chaque musulman de la terre est passé par le coffre d'une femme, et la communauté entière lui a confié, sans une hésitation, son bien le plus précieux. Cela posé, élargissons la question.

On demande toujours ce que l'islam a fait pour les femmes ; renversons une fois la question, elle est plus instructive encore : que doivent les musulmans à leurs femmes ? La réponse donne le vertige — une partie de leur religion elle-même. La Sounna du Prophète ﷺ, seconde source de l'islam après le Coran, ne nous est parvenue qu'à travers des chaînes de transmetteurs passés au crible ; or ouvrez les six grands recueils qui en sont les piliers — Al-Bukhârî, Muslim, Abû Dâwûd, At-Tirmidhî, An-Nasâ'î, Ibn Mâja : cent quinze compagnonnes y rapportent directement du Prophète ﷺ, une centaine d'autres femmes jalonnent les générations suivantes jusqu'aux compilateurs, et au total plus de deux mille sept cents hadiths de ces six livres passent par la voix d'une femme — dont plus de deux mille par 'Â'icha à elle seule. Et ce ne sont pas des hadiths d'appoint : des pans entiers du culte — la purification, la prière du Prophète dans sa maison, le pèlerinage des femmes, la vie conjugale du meilleur des hommes — ne nous sont connus que par elles ; certains textes n'ont d'autre voie, dans toute la science du hadith, qu'une voix de femme. Retirez les femmes des chaînes de transmission, et la Sounna s'effondre par pans entiers : chaque prière que fait un musulman aujourd'hui contient des gestes appris d'une femme.

Et voici le sceau que la critique la plus impitoyable de l'histoire a apposé sur ce legs. La science du jarh wa ta'dîl — l'examen des transmetteurs — n'a épargné personne : elle a disqualifié des milliers d'hommes, notables, princes et dévots compris, pour un mensonge, une confusion, une complaisance. Or Adh-Dhahabî, l'un de ses juges les plus sévères, l'atteste dans son Mîzân al-i'tidâl : parmi toutes les femmes ayant transmis le hadith, il n'en connaît aucune qui ait été accusée de forger, aucune qui ait été délaissée pour mensonge. Quatorze siècles de vérification implacable, et le registre des femmes est immaculé — pendant que celui des hommes déborde. Ce n'est pas une galanterie d'auteur : c'est un verdict de laboratoire, consigné par les plus rigoureux des savants. La mémoire féminine, que la caricature prétend déficiente, s'avère la plus sûre de toute l'histoire de la transmission islamique. Et le symbole s'achève de lui-même : le Sahîh d'Al-Bukhârî, le livre le plus authentique après le Coran, est parvenu aux générations par quelques grandes voies de transmission — et l'une des plus célèbres, celle que les savants recherchaient jusqu'à faire le voyage de La Mecque pour lire le livre sous son contrôle, porte le nom d'une femme : Karîma al-Marwaziyya.

Voilà l'héritage dont chaque musulmane d'aujourd'hui est la fille — et qu'on nous permette de le dire à nos sœurs directement : quand vous ouvrez un recueil de hadith, vous ne visitez pas un monument construit par des hommes ; vous lisez un texte que des femmes ont porté jusqu'à vous, mot à mot, à travers les siècles, avec une fidélité que nulle main masculine n'a surpassée. Votre place dans cette religion n'est pas une faveur qu'on vous concède : c'est une dette que la communauté entière a contractée envers celles qui vous ont précédées. Et le meilleur remboursement n'est pas la nostalgie — c'est de reprendre le flambeau : étudier, transmettre, tenir — à la manière de ces femmes de Médine dont 'Â'icha faisait l'éloge : « Quelles excellentes femmes que les femmes des Ansâr ! La pudeur ne les empêchait pas de chercher à comprendre leur religion » (rapporté par Muslim). Elles posaient au Prophète ﷺ leurs questions, jusqu'aux plus intimes, et il n'en a jamais renvoyé une seule. La chaîne n'attend que votre maillon.

 

 

VIII. Le foyer : un royaume, pas un placard

Venons-en au mot qui fâche : le foyer. Notre époque l'a chargé de mépris — « rester à la maison », dit-elle, comme on dit rester en arrière. L'islam n'a jamais parlé ainsi. Dans le Coran, la maison (bayt) est un mot d'une dignité immense : c'est « dans vos demeures », dit Allah aux femmes du Prophète, que « sont récités les versets d'Allah et la sagesse » (Coran 33, 34) — les maisons des croyantes y sont décrites comme des lieux traversés de Révélation, non comme des remises. Et ce que le couple y vit porte dans le Livre un nom que nulle sociologie n'a égalé :

وَمِنۡ ءَايَٰتِهِۦٓ أَنۡ خَلَقَ لَكُم مِّنۡ أَنفُسِكُمۡ أَزۡوَٰجٗا لِّتَسۡكُنُوٓاْ إِلَيۡهَا وَجَعَلَ بَيۡنَكُم مَّوَدَّةٗ وَرَحۡمَةً ۚ إِنَّ فِي ذَٰلِكَ لَأٓيَٰتٖ لِّقَوۡمٖ يَتَفَكَّرُونَ

Un autre signe de Sa toute-puissance est d'avoir créé pour vous des épouses de votre espèce auprès desquelles vous goûtez au repos et d'avoir fait naître entre vous affection et tendresse. Voilà bien un signe pour des hommes capables de réfléchir.

— Sourate 30, Ar-Roûm, verset 21

Le foyer est le lieu du sakan — du repos, de l'apaisement — dans un monde qui broie ; le lieu où l'homme dépose son armure, où l'enfant apprend qui il est, où la société entière vient chaque soir se réparer. Et qui gouverne ce lieu ? Écoutez le vocabulaire du Prophète ﷺ : « Chacun de vous est un berger, et chacun est responsable de son troupeau : le gouvernant est berger et responsable de ses sujets... et la femme est bergère dans la maison de son époux, et responsable de son troupeau » (rapporté par Al-Bukhârî et Muslim). Le même mot — râ'in, berger responsable — pour le chef d'État et pour elle. Ce n'est pas le vocabulaire de la domesticité ; c'est celui du gouvernement. La femme au foyer n'est pas une femme en jachère : c'est un chef de chantier dont l'ouvrage a des yeux, une voix, et une éternité devant lui.

Ajoutez ce détail de droit que nous avons établi ailleurs et qui change toute la perspective : pour nombre de juristes classiques, le travail domestique n'est même pas une dette judiciairement exigible de l'épouse. Ce qu'elle accomplit dans sa maison, elle ne l'accomplit donc pas en servante qui doit, mais en souveraine qui donne — et le don d'une reine n'a pas le même goût que la corvée d'une domestique, même quand les gestes se ressemblent. Voilà ce que la caricature, dans les deux camps, n'a jamais compris : ceux qui méprisent la femme de foyer ne voient pas ce qu'elle bâtit ; ceux qui voudraient l'y enfermer ne voient pas qu'un royaume gouverné de force n'est plus un royaume — c'est une cellule, et l'islam n'a béni que le premier.

IX. Le travail : permis, jamais imposé — la liberté de choisir

Et le travail, alors ? Posons d'abord les faits, car ils tranchent d'eux-mêmes. La première personne qui crut en l'islam était une femme d'affaires : Khadîja dirigeait ses caravanes entre La Mecque et la Syrie, employait des hommes — dont le futur Prophète ﷺ — et prit elle-même l'initiative de sa demande en mariage. Ash-Shifâ' bint 'Abdillâh, lettrée de Médine, reçut du calife 'Omar, rapportent les sources anciennes, une charge de surveillance sur le marché. Roufayda al-Aslamiyya soignait les blessés dans une tente dressée près de la mosquée, rapportent les chroniqueurs de la sîra — une infirmerie de campagne tenue par une femme, au cœur de la cité du Prophète. Ni le Coran ni la Sounna n'interdisent à la femme de travailler, de commercer, de posséder, de soigner ou d'enseigner ; le droit encadre les conditions — dignité, pudeur, sécurité — comme il encadre du reste le travail des hommes. La musulmane qui travaille n'a rien à se faire pardonner. Et rappelons l'assise de tout cela, car elle est massive : la musulmane jouit d'une personnalité juridique complète — elle possède, vend, achète, hérite, loue, prête, donne, fonde des œuvres, rédige un testament dans la limite du tiers et signe ses contrats en son nom propre, sans que le mariage ne transfère un centime de son patrimoine à son mari. Pendant que la coverture anglaise « suspendait » l'existence juridique de l'épouse, la sienne n'a jamais cessé une heure en quatorze siècles.

Mais voici la différence de vision, et il faut la dire avec des mots nets, car c'est elle que notre époque ne parvient pas à penser : l'islam permet le travail féminin ; il n'en fait pas une religion. Il ne mesure la valeur d'une femme ni à sa fiche de paie ni à ses fourneaux — il la mesure à sa piété, et il ordonne les rôles autour d'une clef de voûte : la charge financière pèse sur l'homme, toujours, et le revenu de la femme lui appartient, toujours. Conséquence immense : dans ce système, le travail d'une femme est un surcroît — de liberté, d'aisance, d'utilité — jamais une condition de survie ni un titre de dignité. Comparez avec ce que l'Occident a réellement produit : il a proclamé le droit de la femme au travail, puis a calibré les loyers, les crédits et les prix sur deux salaires — si bien qu'en deux générations, le droit de travailler est devenu l'obligation de travailler, et que la femme qui voudrait se consacrer à ses enfants doit aujourd'hui s'en justifier comme d'une extravagance. On a changé le sens de sa servitude en l'appelant émancipation : hier elle devait rester, aujourd'hui elle doit partir — quand a-t-elle pu choisir ? L'islam, lui, garde les deux portes ouvertes et n'affiche de tarif sur aucune : celle qui sort travailler n'a pas à s'excuser, celle qui reste bâtir n'a pas à rougir. La liberté n'est pas dans l'une des deux portes : elle est dans la clef — et la clef, en islam, est dans sa main à elle.

X. À nos frères : ce que l'islam reproche aux maris qui enferment

Ce texte serait incomplet — et injuste — s'il ne se retournait pas vers l'intérieur. Car il faut le dire : le premier voleur de la vision islamique de la femme n'est pas toujours l'orientaliste ; c'est parfois le mari, le père, le frère musulman qui a troqué la Sounna contre ses habitudes et appelle religion sa commodité. À celui-là, rappelons ce que fut le foyer du meilleur des hommes ﷺ : il y servait les siens, reprisait son vêtement, réparait sa sandale (rapporté par Al-Bukhârî) ; il consultait ses épouses jusque dans les crises de la communauté et suivit à Houdaybiyya le conseil d'Oumm Salama ; il épousa une femme d'affaires, aima une savante — 'Â'icha, que les compagnons venaient interroger après lui —, et il a dit : « Les meilleurs d'entre vous sont les meilleurs envers leurs épouses, et je suis le meilleur d'entre vous envers les miennes » (rapporté par At-Tirmidhî, authentique). Il a dit encore que la quête du savoir est une obligation pour tout musulman (rapporté par Ibn Mâja) — obligation qui inclut ta fille, ta sœur et ton épouse : lui fermer le livre n'est pas de la piété, c'est de la paresse déguisée en piété. Et il a ordonné : « N'empêchez pas les servantes d'Allah des mosquées d'Allah » (rapporté par Al-Bukhârî et Muslim) — l'homme qui verrouille à sa femme le chemin de la mosquée contredit un ordre explicite de celui qu'il prétend suivre.

Et qu'on médite ceci : la femme n'est pas seulement la moitié de la société — elle élève l'autre moitié. Un homme qui éteint sa femme éteint, sans le savoir, ses propres fils : on ne récolte pas des hommes debout dans une maison où la femme est à genoux. Une épouse brisée, ignorée, réduite au silence, c'est une école en ruine — et l'on s'étonnera ensuite que la génération vacille. Le calcul est simple et il est prophétique : celui qui veut une descendance solide commence par honorer celle qui la façonnera. Oumm Soulaym, à qui un notable de Médine demandait sa main, fixa elle-même son prix : son mahr fut la conversion de son prétendant — Abû Talha entra en islam pour l'épouser (rapporté par An-Nasâ'î, authentique). Voilà la femme que la Sounna nous montre : une femme qui sait ce qu'elle vaut, et un homme qui s'élève pour la mériter. Que chacun se demande de quel côté du récit il se tient.

XI. Les bâtisseuses : ce que cette vision a produit

Il reste une objection, la plus fine de toutes : « tout cela est beau — en théorie. » Si la vision que nous décrivons n'était qu'un idéal de papier, quatorze siècles l'auraient démentie. Or c'est l'inverse : elle a produit quatorze siècles de bâtisseuses, et il suffit d'ouvrir les registres. La plus ancienne institution d'enseignement supérieur du monde encore en activité, Al-Qarawiyyîn de Fès, fondée en 859, porte la signature d'une femme, Fâtima al-Fihriyya, qui y consacra son héritage. Les pèlerins qui boivent aujourd'hui encore, à La Mecque, l'eau de 'Ayn Zoubayda, boivent l'œuvre d'une femme : Zoubayda, qui fit percer aqueducs et puits et jalonner de citernes la route du pèlerinage depuis l'Irak — mille ans avant les organisations humanitaires. Et ce ne furent pas des caprices de princesses : les registres des fondations pieuses — ces waqfs qui finançaient écoles, fontaines, hôpitaux et bibliothèques — révèlent qu'une part remarquable, jusqu'à un tiers dans certaines villes et à certaines époques, furent créées par des femmes, sur leurs biens propres — précisément parce que leurs biens étaient propres.

Le savoir, ensuite — car les transmettrices que nous avons saluées eurent des héritières à chaque siècle, et pas des figurantes : des maîtresses. Karîma al-Marwaziyya, nous l'avons dit, fut au cinquième siècle de l'hégire la référence du Sahîh d'Al-Bukhârî. Shuhda « l'Écrivaine », surnommée la fierté des femmes, enseignait à Bagdad devant des assemblées entières ; Fâtima bint Sa'd al-Khayr porta le savoir d'Occident en Orient ; Zaynab bint al-Kamâl, à Damas, délivra tant de licences de transmission que les chaînes de générations entières passent par elle. Et les plus grands noms de la science islamique s'honorèrent d'être leurs élèves : Ibn 'Asâkir, l'immense historien de Damas, compta plus de quatre-vingts femmes parmi ses maîtres ; Ibn Hajar, As-Sakhâwî, As-Souyoûtî — des sommets de la science du hadith — reçurent de femmes leurs licences et le consignèrent avec fierté dans leurs répertoires. Dans l'Andalousie du dixième siècle enfin, on rapporte d'après Ibn Fayyâd que le seul faubourg oriental de Cordoue comptait cent soixante-dix femmes occupées à copier des Corans en écriture coufique. Pendant qu'ailleurs on disputait de son âme, ici la femme copiait la Parole de Dieu — et la cité lui en confiait la calligraphie.

Élargissez encore le tableau. La plus célèbre poétesse de la langue arabe, Al-Khansâ', fut une compagnonne du Prophète ﷺ. Roufayda soignait les blessés dans sa tente-infirmerie, nous l'avons dit. Et à Ouhoud, quand la bataille tourna au désastre, une femme, Nousayba bint Ka'b, fit rempart de son corps autour du Prophète ﷺ — « où que je me tourne, à droite ou à gauche, rapportent les biographes qu'il a dit, je la voyais combattre pour me défendre ». Mère, savante, mécène, copiste, poétesse, soignante, et jusqu'au bouclier vivant du Messager d'Allah : voilà l'éventail réel des destins féminins que cette religion a portés — et les recherches contemporaines, qui recensent près de dix mille savantes du hadith à travers les siècles, confirment qu'il ne s'agit pas de dix noms d'exception, mais d'un peuple de femmes.

Concluons ce chapitre par la seule phrase qui compte. Si cette vision n'avait été qu'un idéal, elle n'aurait pas produit des milliers de transmettrices au registre immaculé, des juristes, des fondatrices d'universités et d'aqueducs, des maîtresses des plus grands imams, des poétesses, des soignantes et des combattantes dont les noms traversent quatorze siècles. Les textes ont porté des fruits, et la civilisation en garde les preuves — pierre, papier et chaînes de transmission. Ce que l'islam dit de la femme n'est pas un discours : c'est un bilan. Et là où ce bilan s'est interrompu — car il s'est interrompu, en bien des lieux et des siècles —, qu'on sache lire l'évidence : c'est l'oubli de cette vision, non sa fidélité, qui a fermé les portes.

XII. L'avenir qu'elle prépare

Reste l'essentiel, qui donne son titre à cet article. Toute nation investit dans ce qu'elle croit être son avenir : les unes dans l'acier, les autres dans le pétrole, la nôtre dans les données. L'islam, lui, a désigné son placement stratégique il y a quatorze siècles, dans un hadith que les pères devraient encadrer : « Quiconque aura élevé deux filles jusqu'à leur puberté, il viendra au Jour de la résurrection, lui et moi, comme ceci » — et le Prophète ﷺ joignit ses deux doigts (rapporté par Muslim). La proximité du Prophète, promise non au conquérant, non au bâtisseur d'empire — au père de filles. Pourquoi ? Parce que celui qui élève bien une fille élève une école ; et qui élève une école élève une génération. La petite fille que l'Arabie enterrait, l'islam en a fait le meilleur investissement du monde — et il l'a fait dans une société qui la tenait pour une perte : c'est peut-être là son renversement le plus complet.

Alors, décoinçons les esprits, tous les esprits. À la lectrice occidentale qui plaint la musulmane au foyer : elle n'est pas là où vous croyez — elle gouverne un royaume que vos statistiques ne savent pas voir, et si elle sort travailler demain, son salaire sera à elle jusqu'au dernier centime, ce que votre arrière-grand-mère n'a jamais connu. À la musulmane qui travaille et qu'on regarde de travers : Khadîja te précède, marche. À celle qui a choisi son foyer et qu'on regarde de haut : Hâjar te précède, et le monde entier court encore dans ses pas. Aux maris tentés de confondre autorité et propriété : le meilleur des hommes servait sa famille — qui es-tu pour t'en dispenser ? Et à tous : cessez de mesurer la femme avec l'étalon du marché. La Balance d'Allah pèse ce que les caisses enregistreuses ignorent — les nuits de veille, les caractères façonnés, les générations tenues à bout de bras — et c'est cette Balance-là, non la fiche de paie, qui dira au Jour dernier ce que valait une vie. La femme est la moitié de la société et la mère de l'autre moitié : qui l'honore honore le tout ; qui la rabaisse ampute l'avenir. L'islam a choisi de l'honorer — il ne reste qu'à lui ressembler.

Sources

Coran : traduction française des sens par Rachid Maach, lecoranenfrancais.com (3, 37 ; 3, 42 ; 4, 1 ; 4, 124 ; 16, 58-59 ; 24, 11-26 ; 27, 23-44 ; 28, 7 ; 30, 21 ; 31, 14 ; 33, 34-35 ; 58, 1 ; 60, 12 ; 66, 11-12).

Hadith : Al-Bukhârî (récit de Hâjar et de la course entre Safâ et Marwa, d'après Ibn 'Abbâs ; « tout nouveau-né naît selon la fitra » ; « chacun de vous est un berger » ; « ta mère » trois fois ; le Prophète au service de sa famille ; Houdaybiyya et Oumm Salama). Muslim (mêmes textes en co-transmission ; « quiconque aura élevé deux filles », avec les doigts joints). At-Tirmidhî (« les femmes sont les sœurs jumelles des hommes », également chez Abû Dâwûd ; « il te suffit, parmi les femmes des mondes : Maryam, Khadîja, Fâtima et Âsiya » ; « les meilleurs d'entre vous sont les meilleurs envers leurs épouses »). An-Nasâ'î (« le Paradis est à ses pieds », récit de Jâhima ; le mahr d'Oumm Soulaym, l'islam d'Abû Talha). Ibn Mâja (« la quête du savoir est une obligation pour tout musulman »). Sur les préférées : Al-Bukhârî et Muslim (le salut d'Allah transmis à Khadîja et sa demeure au Paradis ; le mérite de 'Â'icha comparé au tharîd ; l'amour déclaré pour 'Â'icha puis pour son père) ; Al-Bukhârî (la révélation sous la seule couverture de 'Â'icha ; « Fâtima est une partie de moi » ; Fâtima maîtresse des femmes de la communauté) ; Abû Dâwûd (le Prophète se levant pour Fâtima, authentique) ; At-Tirmidhî (les quatre meilleures femmes des mondes) ; les exégètes sur l'ordre de la demande d'Âsiya — le Voisin avant la demeure. Al-Bukhârî encore : les feuillets du Coran confiés à Hafsa et empruntés par 'Outhmân pour les codex officiels ; « n'empêchez pas les servantes d'Allah des mosquées d'Allah » (avec Muslim). Muslim : l'éloge par 'Â'icha des femmes des Ansâr qui questionnaient sans fausse pudeur.

Biographies et histoire : Adh-Dhahabî, Siyar A'lâm an-Noubalâ' (la mère de Mâlik et le cercle de Rabî'a ; la mère de Soufyân ath-Thawrî et son fuseau ; l'éducation d'Al-Bukhârî par sa mère, également dans les introductions biographiques du Sahîh) ; Ibn 'Abd al-Barr, Al-Istî'âb (Ash-Shifâ' bint 'Abdillâh et la charge du marché) ; chroniques de la sîra (Roufayda al-Aslamiyya et sa tente de soins ; Khadîja commerçante) ; Hâfiz Ibrâhîm, poète égyptien, sur la mère comme école ; recensement des transmissions féminines dans les six recueils de la Sounna (cent quinze compagnonnes, plus de deux mille sept cents hadiths, dont plus de deux mille par 'Â'icha) ; Adh-Dhahabî, Mîzân al-i'tidâl : aucune femme transmettrice accusée de mensonge ni délaissée ; sur la condition antique et préislamique : lois de Manou et satî (Inde), tutelle perpétuelle et manus (droit romain), statut athénien, Tertullien (De cultu feminarum), épîtres du Nouveau Testament, coverture selon Blackstone et ventes d'épouses documentées en Angleterre au XIXe siècle, Code civil français de 1804. Sur les bâtisseuses : Karîma al-Marwaziyya, transmettrice de référence du Sahîh d'Al-Bukhârî ; Shuhda al-Kâtiba de Bagdad ; Fâtima bint Sa'd al-Khayr ; Zaynab bint al-Kamâl de Damas ; Ibn 'Asâkir et ses quelque quatre-vingts maîtresses (son répertoire des femmes) ; les licences féminines d'Ibn Hajar, d'As-Sakhâwî et d'As-Souyoûtî dans leurs répertoires ; Al-Maqqarî, d'après Ibn Fayyâd, sur les cent soixante-dix copistes de Corans du faubourg oriental de Cordoue ; Zoubayda bint Ja'far ('Ayn Zoubayda et la route du pèlerinage) ; les études des registres de waqfs ottomans sur les fondations féminines ; la sîra : Soumayya première martyre de l'islam, Nousayba bint Ka'b à Ouhoud (Ibn Sa'd), Al-Khansâ' compagnonne et poétesse ; Mohammad Akram Nadwi, Al-Muhaddithât, près de dix mille savantes recensées.

Article lié : pour la réponse détaillée aux accusations portées contre l'islam au sujet des femmes (verset 4:34, héritage, témoignage, mariage, divorce, excision), voir le Dossier n° 8 de la série « Mythes & stéréotypes sur l'islam » : L'islam opprime-t-il les femmes ?

 

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