« Jésus vous aime, Mouhammad vous ment »
Réponse à un graffiti
Ce que le Coran et la Sunna enseignent réellement au sujet de Jésus et de sa mère Marie — et ce que l’Évangile lui-même annonce.
Août 2026 · Versets coraniques cités dans la traduction de Rachid Maach · Citations bibliques dans la traduction Louis Segond
Vous serez certainement éprouvés dans vos biens et vos personnes, et ne cesserez d’entendre des paroles blessantes de la part de ceux qui ont reçu les Écritures avant vous et des idolâtres. Vous armer de patience et craindre Allah est sans aucun doute la meilleure résolution à prendre. — Coran 3, 186
I. Un mur, deux phrases
Sur le mur d’enceinte d’une mosquée d’Amérique du Nord, quelqu’un est venu, à la faveur de la nuit, tracer à la peinture rouge deux phrases : « Jesus loves you » — Jésus vous aime — puis, juste au-dessous : « Muhammad lies to you » — Mouhammad vous ment. Un petit cœur signe l’ensemble, comme pour donner à l’insulte les couleurs de la charité.
Devant ce genre d’acte, la communauté a le droit de porter plainte, et elle le fait : dégrader un lieu de culte est un délit, et viser des fidèles à travers leur foi en est un autre. Mais la réponse qui nous ressemble le plus n’est ni la colère ni la plainte seule : c’est la connaissance. Le Coran nous avait prévenus que nous entendrions des paroles blessantes, et il nous a enseigné la conduite à tenir :
Montre-toi indulgent, incite les hommes à la vertu et détourne-toi des ignorants. — Coran 7, 199
Or, des deux phrases peintes sur ce mur, la première ne nous blesse pas. Que Jésus — ’Îsâ, sur lui la paix — aime ceux qui suivent la vérité, un musulman n’y trouve rien à redire : nul ne peut se dire musulman s’il n’aime pas Jésus. C’est la seconde phrase qui trahit chez son auteur une ignorance profonde. Car l’homme qu’il accuse de mensonge est précisément celui qui, depuis quatorze siècles, fait proclamer l’honneur de Jésus et la pureté de sa mère à une part immense de l’humanité. Démonstration, textes à l’appui.
II. Nul n’est musulman s’il ne croit pas en Jésus
Commençons par ce que l’auteur du graffiti ignore manifestement : la foi en Jésus n’est pas, en islam, une option ni une politesse de circonstance ; elle est un article du credo. Le Coran l’ordonne en toutes lettres :
Dis : « Nous croyons en Allah, en ce qui nous a été révélé, en ce qui a été révélé à Abraham, Ismaël, Isaac, Jacob et aux fils d’Israël, mais aussi en ce qui a été confié à Moïse, Jésus et aux autres prophètes par leur Seigneur. Nous ne faisons aucune distinction entre eux et Lui sommes entièrement soumis. » — Coran 3, 84
Celui qui fait une distinction entre les Messagers — qui croit en certains et renie les autres — est rangé par le Coran parmi « les véritables mécréants » (Coran 4, 150-151), tandis que :
Quant à ceux qui croient en Allah et Ses Messagers, sans faire de distinction entre ces derniers, ils seront récompensés par Allah qui est Très Clément et Très Miséricordieux. — Coran 4, 152
Les conséquences sont immenses. Renier Jésus, douter de sa naissance miraculeuse, nier ses miracles ou sa mission, le maudire ou le tourner en dérision ferait sortir un homme de l’islam. Voilà pourquoi la phrase inverse de ce graffiti — « Jésus vous ment » — ne se lira jamais sur le mur d’une église de la main d’un musulman qui sait ce que sa religion enseigne : il ne s’agirait pas d’une simple grossièreté, mais d’un reniement de sa propre foi. Cette asymétrie mérite d’être méditée par l’auteur du tag : la religion qu’il attaque protège l’honneur de celui qu’il croit défendre.
III. « Honoré ici-bas et dans l’au-delà »
Ouvrons maintenant le Coran à l’annonce faite à Marie :
Les anges dirent : « Marie ! Allah t’annonce la naissance d’un fils né d’un verbe émanant de Lui, qui aura pour nom le Messie, Jésus fils de Marie, honoré ici-bas et dans l’au-delà, et du nombre des plus proches élus du Seigneur. Il parlera aux hommes dès le berceau, prêchera la bonne parole à l’âge mûr et sera du nombre des croyants pleins de vertu. » — Coran 3, 45-46
Commentant le terme wajîh — « honoré » —, Ibn Kathîr explique que Jésus jouit d’un rang éminent auprès d’Allah ici-bas, par la Loi et les miracles qui lui furent confiés, et dans l’au-delà, où il comptera parmi ceux dont l’intercession sera agréée. Le Coran est d’ailleurs, hors du christianisme, le seul livre au monde à proclamer Jésus « le Messie » : le titre al-Masîh y revient onze fois. Jésus y est appelé « verbe émanant de Lui », « esprit émanant de Lui » (Coran 4, 171), « signe et bénédiction pour les hommes » (Coran 19, 21). Son nom, ’Îsâ, apparaît vingt-cinq fois dans le Coran — plusieurs fois plus que celui de Mouhammad, nommé quatre fois, auxquelles s’ajoute une mention sous le nom d’Ahmad. Un « menteur » qui aurait forgé un livre pour sa propre gloire aurait-il fait ce choix-là ?
Les miracles de Jésus y sont racontés avec précision — et rapportés, chaque fois, à leur véritable source :
« Je suis venu à vous, accompagné de signes de votre Seigneur. Ainsi je forme devant vous, à partir d’argile, un corps d’oiseau dans lequel je souffle si bien que, par la volonté d’Allah, il devient un véritable oiseau. Je guéris également l’aveugle-né et le lépreux et, par la volonté d’Allah, je ressuscite les morts. » — Coran 3, 49 (extrait)
Naissance virginale affirmée sans détour (Coran 3, 47 ; 19, 20-21), élévation auprès d’Allah lorsque les siens complotèrent contre lui (Coran 3, 55), assistance de l’Esprit Saint — c’est-à-dire, selon l’exégèse d’At-Tabarî et d’Ibn Kathîr, de l’ange Gabriel (Coran 2, 87 et 253) : tout, dans le Coran, place Jésus parmi les plus grands Messagers, ceux que la tradition nomme les « doués de fermeté ». Et lorsque la question de sa nature se pose, le Coran répond par une comparaison lumineuse :
La création de Jésus est, pour Allah, tout aussi miraculeuse que celle d’Adam qu’Il fit de poussière et auquel Il dit : « Sois », si bien qu’il fut homme. — Coran 3, 59
Adam, né sans père ni mère, n’a jamais été divinisé pour sa naissance prodigieuse. Il en va de même, répond le Coran, pour Jésus, né miraculeusement d’une mère sans père.
IV. Marie, préférée « à toutes les femmes de l’univers »
Passons à la mère. L’auteur du graffiti sait-il qu’aucune femme n’est nommée dans le Coran — ni l’épouse du Prophète, ni sa fille, ni aucune autre — à une seule exception près : Marie, Maryam, citée trente-quatre fois ? La dix-neuvième sourate du Coran porte son nom ; la troisième porte celui de sa famille, « la famille d’Imrân ». Et voici en quels termes le Livre parle d’elle :
Les anges dirent : « Marie ! En vérité, Allah t’a élue, purifiée et préférée à toutes les femmes de l’univers. » — Coran 3, 42
Les commentateurs — Al-Qurtubî, Ibn Kathîr — discutent de la portée exacte de cette élection, les femmes de son époque ou celles de tous les siècles ; mais nul, en islam, ne conteste que Marie appartient au sommet absolu de l’humanité féminine. Le Prophète a dit :
Nombreux sont les hommes qui ont atteint la perfection ; mais parmi les femmes, seules l’ont atteinte Âsiya, l’épouse de Pharaon, et Marie, fille de ’Imrân. — Sahîh al-Bukhârî, n° 3411
Il te suffit, parmi les femmes des mondes, de Marie fille de ’Imrân, de Khadîja fille de Khouwaylid, de Fâtima fille de Mouhammad et d’Âsiya, l’épouse de Pharaon. — Jâmi’ at-Tirmidhî, n° 3878 (authentique)
La Sunna ajoute un privilège que Marie ne partage qu’avec son fils :
Il n’est pas un fils d’Adam qui, à sa naissance, ne soit touché par Satan — et c’est sous l’effet de ce contact que le nouveau-né pousse son premier cri —, à l’exception de Marie et de son fils. — Sahîh al-Bukhârî, n° 3431 ; Sahîh Muslim, n° 2366
Abou Hourayra, qui rapporte ce hadith, ajoutait : « Récitez, si vous voulez : … et la place, elle et sa descendance, sous Ta protection contre Satan le maudit (Coran 3, 36). » Le Coran qualifie encore Marie de femme d’une sincérité et d’une piété exemplaires (Coran 5, 75) et cite sa chasteté en exemple à tous les croyants, hommes et femmes (Coran 66, 11-12 ; 21, 91).
Enfin — et c’est peut-être le point le plus remarquable pour notre sujet — le Coran prend la défense de son honneur contre la calomnie dont elle fut l’objet :
Nous les avons aussi maudits parce qu’ils ont rejeté la foi, inventé contre Marie une infâme calomnie. — Coran 4, 156
Ainsi, le livre transmis par celui que le graffiti traite de menteur est, depuis quatorze siècles et jusqu’à la fin des temps, la voix qui proclame l’innocence, la chasteté et la sainteté de la mère de Jésus devant près de deux milliards d’êtres humains. On cherchera longtemps ce que « le mensonge » vient faire ici.
V. Ce que le Prophète a dit de Jésus
La Sunna prolonge le Coran. Voici trois paroles authentiques de Mouhammad — paix et bénédictions d’Allah sur lui — que l’auteur du graffiti n’a, de toute évidence, jamais lues.
Je suis, de tous les hommes, le plus proche de Jésus fils de Marie, ici-bas et dans l’au-delà. Les prophètes sont des frères issus d’un même père et de mères différentes : leur religion est une, et il n’y a pas eu de prophète entre lui et moi. — Sahîh al-Bukhârî, n° 3442-3443 ; Sahîh Muslim, n° 2365
Quiconque atteste qu’il n’est de divinité digne d’être adorée qu’Allah, Seul et sans associé, que Mouhammad est Son serviteur et Son Messager, que Jésus est le serviteur d’Allah et Son Messager, Son verbe déposé en Marie et un esprit venant de Lui, que le Paradis est vérité et que l’Enfer est vérité — Allah le fera entrer au Paradis, quelles que soient ses œuvres. — Sahîh al-Bukhârî, n° 3435 ; Sahîh Muslim, n° 28
An-Nawawî range ce hadith parmi les textes les plus considérables de la religion : la foi en Jésus figure dans l’énoncé même qui ouvre le Paradis. Et voici la troisième parole :
Par Celui qui tient mon âme en Sa Main, le fils de Marie ne tardera pas à descendre parmi vous en juge équitable : il brisera la croix, tuera le porc et abolira le tribut ; les richesses abonderont alors au point que nul n’en voudra plus. — Sahîh al-Bukhârî, n° 3448 ; Sahîh Muslim, n° 155
Qu’on y songe : la communauté de Mouhammad n’attend pas le retour de son propre Prophète, qui repose à Médine ; elle attend, en conformité avec ses textes (Coran 4, 159 et 43, 61 selon l’exégèse majoritaire), le retour de Jésus fils de Marie, qui jugera avec équité et que les musulmans suivront. Quel imposteur, dans toute l’histoire, a jamais enseigné aux siens d’attendre un autre que lui ?
VI. Là où les chemins se séparent — dit sans détour
Que le lecteur chrétien ne se méprenne pas : cet article ne gomme aucun désaccord. L’islam honore Jésus ; il refuse de l’adorer. Le Coran écarte la divinisation du Messie et le dogme trinitaire :
Chrétiens ! Ne soyez pas excessifs dans vos croyances. Ne dites sur Allah que la vérité. Le Messie, Jésus fils de Marie, n’est que le Messager d’Allah, Son verbe qu’Il a projeté en Marie et un esprit émanant de Lui. Croyez donc en l’unicité d’Allah et en Ses Messagers. Cessez de parler de trinité, cela est bien mieux pour vous. — Coran 4, 171 (extrait)
Il écarte également la crucifixion :
Or, ils ne l’ont ni tué, ni crucifié, mais furent seulement le jouet d’une illusion. [...] Ils ne l’ont certainement pas tué, mais Allah l’a élevé vers Lui. Allah est Tout-Puissant et infiniment Sage. — Coran 4, 157-158
Et il place dans la bouche de Jésus lui-même, dès le berceau, la définition de son propre rang :
Mais celui-ci prit la parole : « Je suis le serviteur d’Allah qui m’a confié l’Écriture et a fait de moi un prophète. » — Coran 19, 30
Est-ce là rabaisser Jésus ? Tout dépend de ce que l’on tient pour la plus haute dignité. En islam, la servitude envers Allah n’est pas une humiliation : elle est le sommet de la condition humaine, le titre même par lequel Allah désigne Ses élus — et Ibn Taymiyya lui a consacré une épître entière, al-’Ubûdiyya. Le Coran le dit de Jésus en propres termes :
Le Messie ne trouvera jamais indigne d’être le serviteur d’Allah, pas plus que les anges rapprochés. — Coran 4, 172
Ce désaccord est réel, ancien, sérieux. Il se discute — et nous le discutons volontiers — textes en main, dans les livres, les débats et les correspondances entre savants : c’est tout l’objet des ouvrages que les théologiens musulmans ont consacrés au christianisme, avec science et courtoisie. Un différend théologique ne se règle pas à la bombe de peinture sur le mur d’un lieu de prière. Celui qui en est réduit là avoue simplement qu’il n’a pas d’arguments.
VII. « Mouhammad vous ment » ? Examinons l’accusation
Reste la seconde phrase du graffiti. Elle prétend que Mouhammad a menti. L’accusation est ancienne — bien plus ancienne que son auteur ne le croit — et elle a reçu, dès le premier siècle de l’islam, des réponses que l’histoire a conservées.
Avant la Révélation, les Mecquois — encore païens, et bientôt ses pires ennemis — surnommaient Mouhammad al-Amîn, « le digne de confiance » : on lui confiait les dépôts, on s’en remettait à son arbitrage. Quarante années de vie parmi les siens sans qu’un seul mensonge lui soit reproché : le Coran lui-même invoque cet argument, rappelant que le Prophète était resté toute une vie au milieu d’eux avant de leur réciter quoi que ce soit (Coran 10, 16).
Le témoignage le plus saisissant vient d’un ennemi. Lorsque l’empereur byzantin Héraclius reçut Abou Soufyâne — alors chef des Mecquois en guerre contre le Prophète —, il l’interrogea longuement sur cet homme qui se disait envoyé de Dieu. Parmi ses questions : « L’accusiez-vous de mensonge avant qu’il ne dise ce qu’il dit ? » Abou Soufyâne, qui ne pouvait mentir devant les siens, répondit : « Non. » Et Héraclius de conclure : un homme qui s’est interdit toute sa vie le mensonge envers les hommes n’irait pas mentir sur Dieu (Sahîh al-Bukhârî, n° 7).
Ajoutons la logique élémentaire de l’imposture. Un imposteur bâtit sa propre gloire ; il ne partage pas la scène. Or que fait Mouhammad ? Il proclame la grandeur d’un autre prophète, défend l’honneur de la mère d’un autre, fait de la foi en un autre une condition du Paradis, annonce le retour d’un autre — et, lorsqu’on veut l’exalter lui-même, il l’interdit :
Ne m’encensez pas comme les chrétiens ont encensé le fils de Marie. Je ne suis que Son serviteur : dites donc « le serviteur d’Allah et Son Messager ». — Sahîh al-Bukhârî, n° 3445
Voilà l’homme que la peinture rouge accuse. Le lecteur jugera.
VIII. « Il vous annoncera les choses à venir » : l’annonce d’un envoyé après Jésus
Le graffiti oppose Jésus et Mouhammad comme deux rivaux. Or les textes — les nôtres, mais aussi ceux que la chrétienté tient entre ses mains — racontent une autre histoire : celle d’une continuité annoncée. Le Coran affirme d’abord que Jésus lui-même a annoncé l’envoyé qui viendrait après lui :
Jésus, fils de Marie, dit un jour : « Fils d’Israël ! Je suis le Messager qu’Allah vous a envoyé, confirmant les enseignements de la Torah révélés avant moi et annonçant l’avènement d’un Messager qui viendra après moi dont le nom sera Ahmad. » Mais, malgré toutes les preuves que celui-ci leur a apportées, ils ont dit : « Ce n’est là, de toute évidence, que pure magie ! » — Coran 61, 6
Il affirme ensuite que la mention de ce prophète figurait dans les Écritures antérieures :
À ceux qui suivront le Messager, le prophète illettré, le prophète des nations, dont ils trouvent mention dans la Torah et l’Évangile [...]. Bienheureux sont ceux qui croiront en lui, l’honoreront, le soutiendront et se laisseront guider par la lumière descendue sur lui. — Coran 7, 157 (extraits)
Les savants de l’islam — Ibn Taymiyya dans al-Jawâb as-sahîh, Ibn al-Qayyim dans Hidâyat al-hayârâ — ont donc lu les Écritures bibliques et y ont relevé, entre autres, les passages suivants. Nous les citons dans la traduction protestante classique de Louis Segond, que nul ne soupçonnera de complaisance envers l’islam. Dans la Torah, Moïse rapporte cette promesse divine :
Je leur susciterai du milieu de leurs frères un prophète comme toi, je mettrai mes paroles dans sa bouche, et il leur dira tout ce que je lui commanderai. — Deutéronome 18, 18
« Du milieu de leurs frères » : les frères des fils d’Israël sont les fils d’Ismaël, répondent les savants musulmans. « Un prophète comme toi » : comme Moïse, Mouhammad fut à la fois prophète et législateur, chef d’une communauté, époux et père, venu au monde par une naissance ordinaire et mort de mort naturelle après avoir triomphé de ses ennemis — autant de traits que la foi chrétienne elle-même ne peut appliquer au même degré à Jésus, qu’elle tient pour Dieu incarné, venu non pour apporter une loi nouvelle mais pour être crucifié.
L’Évangile de Jean conserve d’ailleurs la trace d’une attente à trois visages. Aux prêtres venus l’interroger, Jean-Baptiste déclare qu’il n’est « pas le Christ » ; ils insistent :
Et ils lui demandèrent : Quoi donc ? es-tu Élie ? Et il dit : Je ne le suis pas. Es-tu le prophète ? Et il répondit : Non. [...] Pourquoi donc baptises-tu, si tu n’es pas le Christ, ni Élie, ni le prophète ? — Évangile selon Jean 1, 21 et 25
Le Christ, Élie, « le prophète » : trois figures distinctes dans l’attente d’Israël. Qui est donc ce « prophète », distinct du Messie, que l’on attendait encore ? Vient enfin la promesse du Consolateur — le Paraclet — faite par Jésus dans son discours d’adieu aux apôtres :
Et moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre consolateur, afin qu’il demeure éternellement avec vous. — Évangile selon Jean 14, 16
Cependant je vous dis la vérité : il vous est avantageux que je m’en aille ; car si je ne m’en vais pas, le consolateur ne viendra pas vers vous ; mais, si je m’en vais, je vous l’enverrai. — Évangile selon Jean 16, 7
Quand le consolateur sera venu, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans toute la vérité ; car il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu’il aura entendu, et il vous annoncera les choses à venir. Il me glorifiera. — Évangile selon Jean 16, 13-14
La tradition chrétienne identifie ce Consolateur à l’Esprit-Saint descendu à la Pentecôte, et nous rapportons cette lecture avec exactitude. Les savants musulmans font toutefois observer plusieurs choses. L’Esprit-Saint, selon les Évangiles eux-mêmes, était déjà présent et agissant du vivant de Jésus — il remplit Élisabeth et Jean-Baptiste avant même sa naissance (Luc 1) — alors que le Consolateur, lui, « ne viendra pas » tant que Jésus n’est pas parti. Il est appelé « un autre consolateur » : un autre du même ordre, comme un envoyé succède à un envoyé. Il « ne parlera pas de lui-même » mais « dira tout ce qu’il aura entendu » : trait décisif, qui décrit un transmetteur fidèle — et c’est exactement ainsi que le Coran définit la parole du Prophète, qui ne s’exprime pas sous l’empire de ses passions et ne transmet qu’une révélation reçue (Coran 53, 3-4). Il « annoncera les choses à venir » : la tradition prophétique authentique abonde en annonces qui se sont vérifiées. Il « glorifiera » Jésus : qui, dans l’histoire, a rendu à Jésus sa gloire de serviteur et de Messie, contre la calomnie des uns et l’excès des autres, comme l’a fait Mouhammad ? Et son œuvre demeure « éternellement » : un message final, préservé, qui n’appelle aucun successeur.
Nous ne forçons la main de personne. Nous posons les textes côte à côte — Deutéronome, Jean, Coran — et nous invitons le lecteur, chrétien ou non, à les lire lui-même, à tête reposée, loin des bombes de peinture. C’est ainsi que travaillaient Ibn Taymiyya et Ibn al-Qayyim : arguments contre arguments. C’est ainsi que nous continuerons.
IX. L’invitation qui demeure ouverte
Dans quelques jours, un employé municipal ou un bénévole passera une couche de peinture blanche sur le mur, et il ne restera rien des deux phrases rouges. Les versets cités dans cet article, eux, sont récités depuis quatorze siècles, chaque jour, sur toute la surface de la terre — et ils le seront encore quand le geste de leur contradicteur nocturne sera oublié. C’est toute la différence entre un graffiti et une révélation.
À l’auteur du tag, s’il nous lit : tu as écrit que Jésus nous aime. Ouvre donc la sourate qui porte le nom de sa mère — la dix-neuvième — et cherches-y une seule ligne qui rabaisse celui que tu crois défendre. Tu n’en trouveras pas. Tu y trouveras en revanche, mises sur les lèvres de Jésus au berceau, ces paroles :
Que la paix soit avec moi le jour de ma naissance, le jour de ma mort et le Jour où je serai rendu à la vie. — Coran 19, 33
Et à tous — chrétiens, musulmans et chercheurs de bonne foi — nous laissons l’invitation que le Coran adresse aux gens du Livre, et qui demeure ouverte :
Dis : « Gens du Livre ! Professons tous ensemble cette foi authentique qui consiste à n’adorer qu’Allah sans rien Lui associer et à ne pas prendre certains d’entre nous pour maîtres en dehors d’Allah. » S’ils se détournent, dites-leur : « Soyez témoins que, pour notre part, nous sommes entièrement soumis au Seigneur. » — Coran 3, 64
Voilà notre réponse : ni rancune, ni peinture rouge — des textes, des sources et une porte ouverte. Que la paix soit sur ceux qui suivent la guidée.
Sources et références
Versets coraniques cités d’après la traduction de Rachid Maach (Le Coran en français). Hadiths cités d’après Sahîh al-Bukhârî (n° 7, 3411, 3431, 3435, 3442-3443, 3445, 3448), Sahîh Muslim (n° 28, 155, 2365-2366) et le Jâmi’ d’At-Tirmidhî (n° 3878, authentifié). Exégèses de référence : At-Tabarî, Ibn Kathîr, Al-Qurtubî. Sur la lecture musulmane des Écritures bibliques : Ibn Taymiyya, al-Jawâb as-sahîh li-man baddala dîn al-Masîh ; Ibn al-Qayyim, Hidâyat al-hayârâ fî ajwibat al-yahoûd wa-n-nasârâ. Citations bibliques d’après la traduction Louis Segond (1910).
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