convertistoislam.fr
LE MONDE DES DJINNS
Djinns, démons, fantômes et entités : ce que l’islam révèle réellement du monde invisible
Étude fondée sur le Coran, la Sunna authentique et la parole des savants de l’islam
Livret refondu et augmenté — édition 1447 H / 2026
« Je n’ai créé les djinns et les hommes que pour qu’ils M’adorent. » (Coran 51, 56)
Avant-propos
Louange à Allah, Seigneur des mondes, et que la prière et la paix soient sur Son Messager Mouhammad, sur sa famille et l’ensemble de ses compagnons.
Le site convertistoislam.fr vous présente une édition entièrement refondue et augmentée de son livret consacré au monde des djinns. Ce travail a été composé à partir des textes authentiques du Coran et de la Sunna, éclairés par la parole des savants reconnus de la communauté, anciens en premier lieu, ainsi que par celle de savants plus récents connus pour leur attachement à la voie des salafs salih, les pieux prédécesseurs. Nous n’avons fait que rassembler et ordonner les efforts de la Oumma — traductions, compilations, explications — et nous demandons à Allah de rétribuer en bien tous ceux qui y ont contribué.
Le but de ce livret est double. Il s’agit d’abord d’exposer ce que la Révélation enseigne réellement au sujet de ces créatures : leur existence, leur nature, leur religion, leurs capacités et leurs limites. Il s’agit ensuite, et c’est tout aussi important, d’éteindre et de fermer les portes aux exagérations, aux superstitions et aux croyances sans fondement qui circulent à leur sujet, aussi bien chez ceux qui nient tout que chez ceux qui voient des djinns partout. Entre le rationalisme qui rejette une partie de la Révélation et la crédulité qui livre les gens aux charlatans, la voie des gens de la Sunna est une voie d’équilibre : affirmer ce qu’Allah et Son Messager ont affirmé, sans rien y ajouter et sans rien en retrancher.
Le lecteur non musulman trouvera dans ces pages un exposé honnête d’un chapitre du dogme islamique souvent caricaturé ; le lecteur musulman y trouvera, avec la permission d’Allah, de quoi raffermir sa foi, se protéger par les moyens légiférés et se prémunir contre les dérives. Nous demandons à Allah — ’Azza wa Jalla — de rendre ce travail sincère pour Son Visage et profitable à ceux qui le liront.
Bonne lecture.
Note sur les sources et les conventions
Sauf indication contraire, tous les versets cités le sont dans la traduction française de Rachid Maach (lecoranenfrancais.com), traduction du sens des versets, les appels de notes du traducteur ayant été retirés des citations. Rappelons qu’aucune traduction ne remplace le texte arabe révélé : elle n’en transmet qu’une approche du sens.
Les hadiths sont cités d’après les recueils de référence avec leur numérotation usuelle : Sahih al-Boukhari, Sahih Mouslim, puis les Sounan (Abou Dawoud, at-Tirmidhi, an-Nassa’i, Ibn Majah) et le Mousnad de l’imam Ahmad. Pour les hadiths hors des deux Sahih, le jugement d’authenticité retenu par les savants du hadith est précisé. La translittération de l’arabe a été volontairement simplifiée pour rester lisible par tous.
Conformément à la ligne éditoriale du site, seules les sources sunnites sont utilisées : le Coran, la Sunna authentique, les exégètes classiques (at-Tabari, al-Qourtoubi, Ibn Kathir), les monographies spécialisées comme Akam al-marjan fi ahkam al-jann du juge Badr ad-Din ash-Shibli (m. 769 H) et Laqt al-marjan d’as-Souyouti (m. 911 H), ainsi que les écrits d’Ibn Taymiyya (m. 728 H), d’Ibn al-Qayyim (m. 751 H) et d’Ibn Hajar al-’Asqalani (m. 852 H). La croyance exposée est celle des gens de la Sunna : affirmation des textes tels qu’ils sont venus, sans dénaturation ni comparaison.
Sommaire
Première partie — L’existence des djinns : une vérité révélée
1. Que signifie le mot « djinn » ?
2. Les preuves tirées du Coran
3. Les preuves tirées de la Sunna
4. Le consensus des musulmans et le statut de celui qui nie leur existence
5. Réponse à ceux qui réduisent les djinns à des symboles ou à des « microbes »
Deuxième partie — Nature, origine et variétés
6. De quoi les djinns ont-ils été créés ?
7. Créés avant l’être humain
8. Iblis est un djinn, non un ange
9. Djinn, shaytan, marid, ’ifrit, qarin : précisions de vocabulaire
10. Les trois catégories de djinns
11. Mâles et femelles, mariage et descendance
12. Les djinns mangent-ils et boivent-ils ?
13. Les djinns meurent-ils ? Leur longévité
Troisième partie — Leur monde : demeures, formes et pouvoirs
14. Où vivent-ils ?
15. Peut-on voir les djinns sous leur forme réelle ?
16. Peuvent-ils changer de forme et d’apparence ?
17. Leurs capacités réelles… et leurs limites
18. Les djinns ne connaissent pas l’invisible
Quatrième partie — Leur religion et leur devenir
19. Des créatures responsables devant Allah
20. Y a-t-il eu des messagers parmi les djinns ?
21. Croyants et mécréants parmi eux
22. Leur récompense et leur châtiment dans l’au-delà
23. La nuit des djinns : un Prophète envoyé aux deux mondes
Cinquième partie — Djinns et humains : les interférences
24. Le qarin : le compagnon inséparable
25. Les voies quotidiennes de l’influence des diables
26. Le principe fondamental : aucun pouvoir sans la permission d’Allah
27. Les djinns peuvent-ils nuire à l’homme ? Les types d’atteinte
28. La possession (mass, sar’) : une réalité affirmée par les gens de la Sunna
29. Pourquoi et comment un djinn s’en prend-il à un homme ?
30. Distinguer la maladie organique de l’atteinte des djinns
31. Le mauvais œil et son lien avec les djinns
32. Sorciers, devins, astrologues : le commerce avec les diables
33. L’enlèvement d’humains par les djinns
34. Les djinns ont-ils peur des humains ? L’homme peut-il leur nuire ?
35. Khanzab, le démon de la prière
Sixième partie — La protection légiférée
36. Faut-il avoir peur des djinns ?
37. Les fortifications quotidiennes
38. La roqya légiférée et la mise en garde contre les charlatans
39. Ce qui est interdit : amulettes, talismans, recours aux djinns
Septième partie — Fermer les portes des exagérations
40. Superstitions et croyances populaires à rejeter
41. Les faux prodiges : quand les diables servent les hommes
42. Les djinns face à la science moderne
43. Conclusion : l’équilibre des gens de la Sunna
Huitième partie — Fantômes, esprits, entités : les grandes questions modernes
44. Fantôme, esprit, entité, djinn : de quoi parlons-nous ?
45. Les morts reviennent-ils ? Le barzakh et la porte fermée du spiritisme
46. Maisons « hantées », bruits, silhouettes, vidéos : la méthode du croyant
47. Le génie de la lampe, les Mille et Une Nuits et Hollywood
Annexe A — Récapitulatif des invocations de protection
Annexe B — L’échelle de certitude : peser ce qu’on lit et entend
Annexe C — Quarante questions-réponses
Bibliographie
PREMIÈRE PARTIE — L’EXISTENCE DES DJINNS : UNE VÉRITÉ RÉVÉLÉE
1. Que signifie le mot « djinn » ?
En arabe, la racine j-n-n exprime l’idée de ce qui est caché, voilé, soustrait aux regards. On la retrouve dans toute une famille de mots : la janna (le jardin, le Paradis) est ainsi nommée parce que sa végétation dense dissimule le sol ; le janin (le fœtus) est caché dans le ventre de sa mère ; la jounna est le bouclier qui protège et dissimule le combattant ; et le majnoun (le fou, le possédé) est celui dont la raison est comme voilée. Les djinns (al-jinn) sont donc, par définition même, des créatures cachées à la vue des hommes. Le savant du langage ar-Raghib al-Asfahani (m. vers 502 H) écrit dans ses Moufradat que le mot désigne des êtres spirituels dérobés aux sens.
Dans la terminologie de la Révélation, les djinns forment un monde à part entière, distinct du monde des anges et du monde des hommes : des créatures douées de raison et de volonté, créées de feu, invisibles aux hommes sous leur forme réelle, soumises comme nous aux ordres et aux interdits d’Allah. Ce simple point de vocabulaire répond déjà à une objection courante : demander pourquoi on ne les voit pas revient à demander pourquoi le caché est caché. Leur invisibilité n’est pas une anomalie du dogme, elle est contenue dans leur nom.
2. Les preuves tirées du Coran
Le Coran affirme l’existence des djinns d’une manière si abondante et si explicite qu’aucune lecture honnête ne peut l’esquiver. Le mot jinn et ses dérivés y reviennent à des dizaines de reprises, une sourate entière porte leur nom — la sourate 72, Al-Jinn — et ils sont associés aux hommes dans l’adresse divine à de nombreuses reprises. Allah — ’Azza wa Jalla — déclare le but même de leur création :
« Je n’ai créé les djinns et les hommes que pour qu’ils M’adorent. »
Coran 51, 56
La sourate Al-Jinn rapporte les paroles d’un groupe de djinns ayant entendu la récitation du Prophète (que la prière et la paix soient sur lui) :
« Dis : “Il m’a été révélé qu’un groupe de djinns, après m’avoir écouté réciter le Coran, ont affirmé : Nous avons entendu une lecture étonnante, propre à assurer notre salut et à laquelle nous avons cru. Nous n’associerons donc nulle divinité au culte de notre Seigneur !” »
Coran 72, 1-2
La sourate Al-Ahqaf relate le même événement du point de vue du récit :
« Mentionne également ce groupe de djinns que Nous avons dirigés vers toi afin qu’ils t’écoutent réciter le Coran. Une fois en ta présence, les uns dirent aux autres : “Écoutons attentivement.” Puis, la lecture terminée, ils repartirent avertir les leurs. »
Coran 46, 29
On citera encore, parmi bien d’autres : leur création à partir du feu (Coran 15, 27 et 55, 15), leur soumission au prophète Soulayman (Coran 34, 12-14 ; 27, 17 et 39 ; 38, 37), leur responsabilité au Jour du jugement (Coran 55, 31 et 39 ; 6, 130), l’adresse commune « Peuples de djinns et d’hommes » (Coran 55, 33), leur mention dans la dernière sourate du Coran (114, 6), ou encore le rappel que les païens leur vouaient un culte (Coran 34, 41 ; 6, 100). Le Coran ne consacre pas aux djinns une allusion marginale : il en fait l’un des deux mondes responsables, aux côtés des hommes, ath-thaqalan, « les deux charges » de la création.
3. Les preuves tirées de la Sunna
La Sunna authentique confirme et détaille ce que le Coran établit. Quelques exemples parmi les plus fermes suffiront ici, chacun étant repris et développé dans la suite du livret.
D’après ’Aïsha (qu’Allah l’agrée), le Messager d’Allah (que la prière et la paix soient sur lui) a dit : « Les anges ont été créés de lumière, les djinns ont été créés d’un feu sans fumée, et Adam a été créé de ce qui vous a été décrit. »
Rapporté par Mouslim, n° 2996
D’après Ibn Mas’oud (qu’Allah l’agrée), le Prophète (que la prière et la paix soient sur lui) fut emmené une nuit par un émissaire des djinns : il leur récita le Coran, leur montra les traces de leurs feux, et leur accorda comme nourriture tout os sur lequel le nom d’Allah a été prononcé et le crottin comme fourrage pour leurs montures.
Rapporté par Mouslim, n° 450 — récit connu sous le nom de « nuit des djinns »
D’après Abou Hourayra (qu’Allah l’agrée), le Prophète (que la prière et la paix soient sur lui) a dit : « Un ’ifrit parmi les djinns s’est jeté sur moi hier soir pour interrompre ma prière. Allah m’a donné pouvoir sur lui et j’ai voulu l’attacher à l’un des piliers de la mosquée afin que vous puissiez tous le voir au matin ; puis je me suis souvenu de la parole de mon frère Soulayman : “Seigneur, accorde-moi un royaume qui n’appartiendra à nul autre après moi”, et je l’ai repoussé, humilié. »
Rapporté par al-Boukhari, n° 461 et Mouslim, n° 541
Le Prophète (que la prière et la paix soient sur lui) a dit : « Il n’est aucun d’entre vous sans qu’un compagnon parmi les djinns ne lui ait été assigné. » Les compagnons demandèrent : « Même toi, ô Messager d’Allah ? » Il répondit : « Même moi, mais Allah m’a aidé contre lui et il s’est soumis : il ne m’ordonne plus que le bien. »
Rapporté par Mouslim, n° 2814
Ces textes, transmis par les voies les plus sûres, ne laissent aucune place au doute : le Prophète (que la prière et la paix soient sur lui) a parlé des djinns comme d’une réalité, a interagi avec eux, leur a prêché l’islam et a enseigné à sa communauté comment s’en protéger.
4. Le consensus des musulmans et le statut de celui qui nie leur existence
L’existence des djinns fait l’objet d’un consensus de la communauté musulmane, toutes tendances confondues, depuis l’époque des compagnons. Sheikh al-islam Ibn Taymiyya écrit dans son épître sur les djinns que leur existence est établie par le Coran, la Sunna et l’accord de la Oumma, et qu’aucun groupe se réclamant de l’islam ne l’a niée ; il relève même que la généralité des peuples non musulmans — gens du Livre, Arabes préislamiques, nations anciennes — en affirmaient l’existence sous une forme ou une autre (Majmou’ al-Fatawa, tome 19, épître Idah ad-dalala fi ’oumoum ar-rissala).
Il en découle le statut suivant, mentionné par les savants, dont ash-Shibli dans Akam al-marjan : celui qui, informé des textes, nie l’existence des djinns dément des versets explicites du Coran et des hadiths massivement rapportés ; une telle négation délibérée fait sortir de l’islam, car elle revient à traiter la Révélation de mensonge. On distinguera évidemment le cas du négateur conscient de celui de l’ignorant ou du nouveau converti auquel la preuve n’a pas encore été exposée : les règles de l’excuse par l’ignorance s’appliquent ici comme ailleurs. Mais le principe demeure : croire aux djinns n’est pas un folklore optionnel, c’est une partie intégrante de la foi au Coran.
5. Réponse à ceux qui réduisent les djinns à des symboles ou à des « microbes »
À l’époque moderne, certains penseurs influencés par le rationalisme ont voulu réinterpréter les djinns : ils n’y voient que des symboles du mal, des forces psychologiques, voire — lecture restée célèbre chez certains modernistes — des microbes que la Révélation aurait désignés par avance. Cette lecture, si séduisante soit-elle pour un esprit du vingtième siècle, se brise sur les textes eux-mêmes. Les microbes n’écoutent pas le Coran, ne pleurent pas, ne croient pas, ne mécroient pas, ne retournent pas avertir leur peuple, ne travaillent pas au service de Soulayman et ne seront pas jugés au Jour de la résurrection. Or le Coran attribue tout cela aux djinns en toutes lettres.
La règle des gens de la Sunna est ici décisive : les textes de la Révélation se comprennent selon leur sens apparent, tel que l’ont compris le Prophète (que la prière et la paix soient sur lui) et ses compagnons, sauf preuve textuelle imposant un autre sens. Détourner le mot « djinn » de son sens pour complaire à l’esprit du temps, c’est ouvrir une porte qui ne se referme plus : celui qui symbolise les djinns aujourd’hui symbolisera les anges demain, puis le Paradis, puis la Résurrection. L’invisible (al-ghayb) est précisément ce que le croyant accepte sur la parole d’Allah : « Ceux qui croient à l’invisible » est le premier éloge que le Coran adresse aux pieux (Coran 2, 3). Il n’y a d’ailleurs rien de plus « irrationnel » à admettre des créatures invisibles douées de volonté qu’à admettre — comme le fait toute personne sensée — des réalités que nos sens ne perçoivent pas directement.
DEUXIÈME PARTIE — NATURE, ORIGINE ET VARIÉTÉS
6. De quoi les djinns ont-ils été créés ?
Allah — ’Azza wa Jalla — a informé Ses serviteurs de la matière première des trois créatures douées de raison. L’homme fut créé d’argile, les anges de lumière, et les djinns de feu :
« Il a créé l’homme d’une argile semblable à celle du potier, et Il a créé les djinns à partir d’un feu pur de toute fumée. »
Coran 55, 14-15
Le traducteur précise que l’expression coranique marij min nar, rendue par « un feu pur de toute fumée » selon l’interprétation de nombreux exégètes, signifie littéralement « un mélange de feu ». D’autres exégètes y voient la flamme la plus pure, ou le mélange des flammes.
Le hadith de ’Aïsha déjà cité confirme : « Les anges ont été créés de lumière, les djinns ont été créés d’un feu sans fumée, et Adam a été créé de ce qui vous a été décrit. »
Rapporté par Mouslim, n° 2996
Une précision importante, soulignée par Ibn Taymiyya : dire que les djinns ont été créés de feu ne signifie pas qu’ils demeurent aujourd’hui du feu à l’état pur, pas plus que l’homme, créé d’argile, n’est resté de la terre. Le feu est leur origine, comme l’argile est la nôtre ; Allah leur a ensuite donné une forme et une constitution qui leur sont propres. C’est pourquoi les textes montrent qu’ils peuvent être frappés, chassés, blessés, et même que le feu de la Géhenne châtiera les mécréants d’entre eux — ce qui serait absurde s’ils étaient identiques au feu.
7. Créés avant l’être humain
Le Coran établit explicitement l’antériorité des djinns sur les hommes dans l’ordre de la création :
« Nous avons, en vérité, créé l’homme d’une argile desséchée et sonore, tirée d’un limon noir et malodorant, tandis que Nous avons créé, avant lui, les djinns d’un feu ardent. »
Coran 15, 26-27
« Avant lui » : le texte est sans ambiguïté. Quant à la durée qui sépare les deux créations, aucun texte authentique ne la fixe, et les récits qui prétendent la chiffrer ou décrire des civilisations de djinns antérieures à Adam relèvent pour l’essentiel des israiliyyat, ces traditions issues des Gens du Livre que l’on rapporte sans les authentifier ni les démentir, mais sur lesquelles on ne bâtit aucune croyance. La sagesse de cette antériorité appartient à Allah ; ce que nous savons, c’est qu’au moment où Adam fut créé, Iblis existait déjà et adorait Allah parmi les anges — comme le chapitre suivant va le préciser.
8. Iblis est un djinn, non un ange
Une question ancienne mérite d’être tranchée clairement, car elle conditionne la bonne compréhension du récit d’Adam : Iblis — Satan — était-il un ange déchu, comme le veut l’imaginaire chrétien, ou un djinn ? Le Coran répond en toutes lettres. Après avoir rappelé l’ordre donné aux anges de se prosterner devant Adam et leur obéissance unanime, Allah dit :
« Satan, quant à lui, étant du nombre des djinns, a transgressé l’ordre de son Seigneur. Choisirez-vous de le prendre, lui et sa descendance, pour maîtres en dehors de Moi, alors qu’ils sont vos ennemis ? Quel détestable choix que celui des impies ! »
Coran 18, 50
Al-Hassan al-Basri, le grand maître des successeurs, tranche : « Iblis ne fut ange, fût-ce le temps d’un clin d’œil ; il est bien l’origine des djinns comme Adam est l’origine des hommes » — parole rapportée par at-Tabari avec une chaîne authentique dans son commentaire de ce verset. Trois arguments achèvent de clore la question. Premièrement, les anges sont décrits comme des serviteurs qui « ne désobéissent jamais aux ordres d’Allah et font tout ce qui leur est commandé » (Coran 66, 6) : la désobéissance d’Iblis est donc incompatible avec la nature angélique. Deuxièmement, Iblis a lui-même déclaré son origine en disant : « Je ne saurais me prosterner devant un être humain que Tu as créé d’une argile desséchée » et en revendiquant sa création de feu (Coran 15, 33 ; 7, 12 ; 38, 76), alors que les anges sont de lumière. Troisièmement, le Coran attribue à Iblis une descendance (Coran 18, 50), alors que les anges n’en ont pas.
S’il fut inclus dans l’ordre donné aux anges, c’est — expliquent les exégètes — parce qu’il vivait parmi eux, s’élevait par son adoration jusqu’à leur compagnie, si bien que l’ordre l’englobait à plus forte raison. Son refus n’en fut que plus grave : il fut le premier à opposer l’analogie corrompue au commandement clair — « je suis meilleur que lui : Tu m’as créé de feu et Tu l’as créé d’argile » — inaugurant ainsi l’orgueil, la jalousie et le raisonnement contre le texte, matrices de toutes les déviances qui suivraient.
9. Djinn, shaytan, marid, ’ifrit, qarin : précisions de vocabulaire
Les textes emploient plusieurs termes qu’il faut distinguer pour éviter bien des confusions. « Djinn » est le nom du genre tout entier : il englobe les croyants et les mécréants d’entre eux. « Shaytan » (démon, diable) désigne tout être rebelle et éloigné du bien : appliqué aux djinns, il désigne leurs mécréants et leurs pervers ; le Coran parle d’ailleurs aussi de « démons parmi les hommes et les djinns » (Coran 6, 112), preuve que le mot décrit un comportement et non une espèce. Iblis est le père et le chef des démons. Le « marid » est le rebelle endurci, et le « ’ifrit » désigne le plus puissant et le plus rusé d’entre eux — c’est un ’ifrit qui proposa à Soulayman de lui apporter le trône de la reine de Saba avant qu’il ne se lève de son siège (Coran 27, 39). Le « qarin », enfin, est le compagnon attitré que chaque être humain se voit assigner, dont il sera question plus loin.
Ash-Shibli rapporte dans Akam al-marjan, d’après Ibn ’Abd al-Barr, la gradation qu’employaient les linguistes arabes : le djinn en général ; le ’amir (pluriel ’oummar) lorsqu’il habite avec les gens dans leurs demeures ; le shaytan lorsqu’il est malfaisant et pervers ; le marid lorsque sa malfaisance s’aggrave ; et le ’ifrit lorsqu’elle atteint son comble avec la puissance. Retenons surtout ceci : tout djinn n’est pas un démon, et confondre les deux revient à insulter les croyants des djinns, dont le Coran rapporte pourtant la foi et les paroles pleines de sagesse.
10. Les trois catégories de djinns
Le Prophète (que la prière et la paix soient sur lui) a dit : « Les djinns sont de trois sortes : une sorte qui a des ailes et vole dans les airs, une sorte faite de serpents et de chiens, et une sorte qui se déplace et voyage. »
Rapporté par at-Tabarani et al-Hakim d’après Abou Tha’laba al-Khouchani ; authentifié par al-Albani (Sahih al-Jami’, n° 3114)
Ce hadith dessine la variété interne de leur monde : certains volent, d’autres apparaissent sous des formes animales, d’autres encore mènent une vie itinérante faite de haltes et de déplacements, à la manière des nomades. Il éclaire aussi plusieurs textes que nous retrouverons : les serpents des maisons qui peuvent être des djinns métamorphosés, le chien noir qualifié de démon, ou la vitesse prodigieuse de leurs trajets. Là encore, l’honnêteté impose de s’arrêter où les textes s’arrêtent : les classifications foisonnantes que proposent certains ouvrages populaires — avec noms, tribus, hiérarchies et royaumes détaillés — ne reposent sur aucune preuve et relèvent de l’imagination ou des récits invérifiables.
11. Mâles et femelles, mariage et descendance
Les djinns comportent des mâles et des femelles, se marient entre eux et se reproduisent. Le Coran mentionne « des hommes parmi les djinns » auprès desquels des hommes parmi les humains cherchaient refuge (Coran 72, 6), la descendance d’Iblis (Coran 18, 50), et décrit les houris du Paradis comme des épouses « que ni homme ni djinn n’aura avant eux déflorées » (Coran 55, 56 et 74) — ce qui suppose que les djinns connaissent l’union charnelle. L’existence de l’isti’adha préislamique auprès des « seigneurs » des vallées, et l’invocation prophétique enseignée pour se protéger « des démons mâles et femelles », achèvent d’établir la distinction des sexes chez eux.
Quant à la question, souvent posée avec une curiosité malsaine, d’une union entre humain et djinn : les savants en ont discuté la possibilité théorique, et la plupart de ceux qui l’admettent la déclarent blâmable ou interdite. Ash-Shibli consacre un chapitre d’Akam al-marjan à ces avis et rapporte notamment de l’imam Malik une parole célèbre : il n’y voyait pas d’interdit textuel explicite, mais la réprouvait fortement à cause du désordre qu’elle engendrerait — qu’une femme enceinte puisse dire « mon mari est un djinn » et que la filiation s’en trouve corrompue. En pratique, la position saine est de fermer cette porte : aucun texte n’encourage une telle chose, les récits contemporains de « mariages avec les djinns » relèvent presque toujours de l’affabulation, du trouble psychique ou de la manipulation, et le chemin légiféré, en cas d’atteinte réelle, est la roqya et non la complaisance.
12. Les djinns mangent-ils et boivent-ils ?
Oui, et la Sunna nous en donne un détail étonnant de précision. Lors de la nuit des djinns, une délégation vint demander au Prophète (que la prière et la paix soient sur lui) des provisions :
Il leur répondit : « Vous avez droit à tout os sur lequel le nom d’Allah a été prononcé : il tombera entre vos mains recouvert de viande en abondance ; et le crottin est un fourrage pour vos bêtes. » Puis il dit aux compagnons : « Ne vous nettoyez donc pas avec ces deux choses, car elles sont la nourriture de vos frères. »
Rapporté par Mouslim, n° 450 ; voir aussi al-Boukhari, n° 3860
Les démons, quant à eux, participent au repas des hommes insouciants. Le Prophète (que la prière et la paix soient sur lui) a informé que lorsqu’un homme entre chez lui en mentionnant le nom d’Allah et le mentionne sur son repas, le démon dit à ses semblables : « Pas de gîte pour vous ici, ni de dîner » ; mais s’il entre sans mentionner Allah, le démon dit : « Vous avez trouvé le gîte », et s’il mange sans mentionner Allah : « Vous avez trouvé le gîte et le dîner » (Mouslim, n° 2018). De même : « Le démon mange de sa main gauche et boit de sa main gauche » (Mouslim, n° 2020) — d’où l’ordre fait au croyant de manger de la droite. Voilà des enseignements concrets : la basmala n’est pas une formule magique, c’est la clé qui ferme aux diables la table et la maison.
13. Les djinns meurent-ils ? Leur longévité
Les djinns meurent, comme toute créature. Le Prophète (que la prière et la paix soient sur lui) invoquait ainsi :
« Je me réfugie par Ta puissance, Toi en dehors de qui il n’y a pas de divinité, Toi qui ne meurs pas, tandis que les djinns et les hommes meurent. »
Rapporté par al-Boukhari, n° 7383
Iblis fait exception par le sursis qui lui a été accordé : « Accorde-moi, Seigneur, un sursis jusqu’au Jour où les hommes seront ressuscités. Le Seigneur répondit : Tu es de ceux auxquels un sursis est accordé, jusqu’à l’avènement d’un jour bien connu » (Coran 15, 36-38). Ce sursis n’est pas une immortalité : il périra lorsque Allah le voudra, et le feu sera sa demeure. Quant à la durée de vie des djinns ordinaires, les textes suggèrent qu’elle excède largement celle des hommes — certains compagnons rencontrèrent des djinns se disant contemporains d’événements très anciens — mais aucun texte authentique n’en fixe la mesure, et nous nous abstenons donc de chiffrer ce qu’Allah n’a pas chiffré. Ils peuvent par ailleurs être tués : le récit du jeune homme de Médine et du serpent, que nous verrons au chapitre 16, montre qu’un djinn peut mourir de la main d’un homme, comme un homme peut mourir du fait d’un djinn.
TROISIÈME PARTIE — LEUR MONDE : DEMEURES, FORMES ET POUVOIRS
14. Où vivent-ils ?
Les djinns habitent la même terre que nous, mais leurs lieux de prédilection sont ceux que les hommes délaissent ou souillent : les ruines et les lieux déserts, les dépotoirs et les lieux d’impureté. Le Prophète (que la prière et la paix soient sur lui) a enseigné que « ces lieux d’aisance sont fréquentés » par eux, et c’est pourquoi il ordonna d’y entrer en disant :
« Allahoumma inni a’oudhou bika mina l-khoubouthi wa l-khaba’ith » — « Ô Allah, je me réfugie auprès de Toi contre les démons mâles et femelles. »
Rapporté par al-Boukhari, n° 142 et Mouslim, n° 375
Les marchés sont un autre terrain qu’affectionnent les diables : « Les endroits les plus aimés d’Allah sont les mosquées, et les endroits les plus détestés d’Allah sont les marchés » (Mouslim, n° 671) — lieux du mensonge, de la tromperie et de l’étalage, où le démon plante son étendard. Certains djinns, les ’oummar (« habitants »), résident dans les maisons des hommes : les serpents domestiques de Médine en faisaient partie, comme on le verra. Enfin, ils se répandent particulièrement à la tombée de la nuit :
« Lorsque tombe la nuit — ou lorsque vient le soir — retenez vos enfants, car les démons se répandent à ce moment. Puis, quand une heure de la nuit est passée, laissez-les. Ferme ta porte en mentionnant le nom d’Allah, éteins ta lampe en mentionnant le nom d’Allah, couvre ton récipient en mentionnant le nom d’Allah, ne serait-ce qu’en posant quelque chose en travers. »
Rapporté par al-Boukhari, n° 3280 et Mouslim, n° 2012, d’après Jabir
Rien, dans tout cela, n’autorise la peur maladive des maisons « habitées » dont vivent les charlatans : le même Prophète qui nous a informés de la présence des ’oummar nous a donné les clés qui les tiennent à distance — la mention d’Allah, la sourate Al-Baqara, les invocations d’entrée et de sortie. Une maison où Allah est mentionné n’est pas une maison à « nettoyer » par des rituels inventés.
15. Peut-on voir les djinns sous leur forme réelle ?
Non. Allah a établi entre eux et nous une barrière de perception :
« Fils d’Adam ! Que Satan ne vous séduise surtout pas comme il a séduit vos premiers ancêtres qu’il fit chasser du Paradis et auxquels il fit perdre leurs vêtements afin de leur dévoiler leur nudité. Il vous observe, lui et ses suppôts, tandis que vous-mêmes ne pouvez les voir. Nous avons fait des démons les maîtres des impies. »
Coran 7, 27
« Il vous voit, vous ne les voyez pas » : telle est la règle posée par le Coran pour ce bas monde. C’est en s’appuyant sur ce verset que l’imam ash-Shafi’i a prononcé sa parole demeurée célèbre : « Quiconque prétend voir les djinns sous leur forme réelle, nous invalidons son témoignage, sauf s’il s’agit d’un prophète » — parole rapportée par al-Bayhaqi dans Manaqib ash-Shafi’i et reprise par Ibn Hajar dans Fath al-Bari. La nuance est dans les termes : sous leur forme réelle. Car les textes établissent par ailleurs qu’ils peuvent apparaître sous des formes empruntées — et c’est alors la forme empruntée que l’on voit, non le djinn tel qu’Allah l’a créé. Quant au Prophète (que la prière et la paix soient sur lui), il a vu ce que nous ne voyons pas, par ce qu’Allah lui a dévoilé.
16. Peuvent-ils changer de forme et d’apparence ?
Oui, avec la permission d’Allah, et la Sunna en donne des exemples précis. Le plus fameux est le récit d’Abou Hourayra, chargé par le Prophète (que la prière et la paix soient sur lui) de garder la zakat du ramadan : trois nuits de suite, un être vint voler des provisions, plaida la misère, et finit, la troisième nuit, par acheter sa liberté en enseignant à Abou Hourayra de réciter le verset du Trône avant de dormir, « car un gardien d’Allah ne cessera d’être avec toi et aucun démon ne t’approchera jusqu’au matin ». Le Prophète confirma : « Il t’a dit vrai, alors que c’est un fieffé menteur. Sais-tu à qui tu parlais depuis trois nuits, ô Abou Hourayra ? — Non. — C’était un démon » (al-Boukhari, n° 2311). Le démon avait donc pris forme humaine, visible et saisissable.
Autres exemples : « Le chien noir est un démon » (Mouslim, n° 510) ; et les serpents des maisons, dont certains sont des djinns métamorphosés. Le récit du jeune homme de Médine, rapporté par Mouslim (n° 2236), l’illustre tragiquement : un jeune compagnon récemment marié trouva un serpent lové sur son lit, le transperça de sa lance ; le serpent mourut et le jeune homme mourut sur-le-champ — et l’on ne sut lequel des deux mourut le premier. Le Prophète (que la prière et la paix soient sur lui) enseigna alors : « Il y a à Médine des djinns qui ont embrassé l’islam ; si vous voyez l’un de ces êtres chez vous, sommez-le de partir pendant trois jours ; s’il persiste après cela, tuez-le, car c’est un démon. » Deux leçons majeures : la métamorphose est réelle, et le djinn qui prend une forme visible s’expose aux lois de cette forme — on peut le voir, le frapper, le tuer.
Signalons enfin, pour être complet, que le jour de Badr, Satan apparut aux polythéistes sous les traits de Souraqa ibn Malik pour les enhardir, avant de s’enfuir en voyant les anges — c’est l’explication donnée par les exégètes, dont at-Tabari et Ibn Kathir, au verset : « Le Diable leur embellit leurs actions et leur dit : nul ne peut vous vaincre aujourd’hui… puis, lorsque les deux troupes furent en vue l’une de l’autre, il tourna les talons » (Coran 8, 48, sens du verset). En revanche, un point de croyance ferme : le démon ne peut pas prendre l’apparence du Prophète (que la prière et la paix soient sur lui) en rêve — « celui qui m’a vu en rêve m’a réellement vu, car le démon ne peut prendre mon apparence » (al-Boukhari, n° 110).
17. Leurs capacités réelles… et leurs limites
Les djinns disposent de capacités qui dépassent celles des hommes, et le Coran ne les cache pas. La vitesse : un ’ifrit propose d’apporter à Soulayman le trône de la reine de Saba « avant que tu ne te lèves de ta place » (Coran 27, 39) — un aller-retour du Yémen à Jérusalem en une séance. La force et la technique : au service de Soulayman, ils bâtissent, plongent, fondent le métal :
« Certains djinns étaient, sur Notre ordre, à son service. Quant à ceux, parmi eux, qui enfreignaient Nos commandements, ils sont voués au châtiment du Brasier. Ils exécutaient, sur ses ordres, toutes sortes d’ouvrages : hautes constructions, diverses statues, plateaux larges comme des bassins et chaudrons trop grands pour être déplacés. »
Coran 34, 12-13
Ce règne unique dans l’histoire mérite qu’on s’y arrête. Allah avait soumis à Soulayman le vent et les démons, « bâtisseurs et plongeurs de toutes sortes, et d’autres encore, liés par des chaînes » (Coran 38, 37-38, sens des versets) : les rebelles travaillaient entravés, tandis que les autres exécutaient les grands ouvrages — dont, selon les exégètes, l’édification de Bayt al-Maqdis à Jérusalem —, plongeaient pour extraire les perles et fondaient le métal. Mais ce pouvoir était un miracle et une royauté accordés à Soulayman seul, en réponse à sa propre invocation : « Seigneur, accorde-moi un royaume qui n’appartiendra à nul autre après moi » — invocation exaucée, comme l’atteste le hadith du ’ifrit cité en première partie, où le Prophète (que la prière et la paix soient sur lui) renonce lui-même à attacher son assaillant par égard pour elle. Nul ne peut donc, après Soulayman, revendiquer le commandement des djinns ; et les grimoires de magie prétendument « salomonienne » qui circulent depuis des siècles sont une calomnie que le Coran a démentie par avance : « Soulayman n’a pas mécru, mais ce sont les démons qui mécrurent en enseignant aux hommes la sorcellerie » (Coran 2, 102, sens du verset).
L’ascension vers le ciel pour dérober l’écoute, enfin, fut leur pratique jusqu’à la mission du Prophète (que la prière et la paix soient sur lui) :
« Mais, ayant tenté de nous approcher du ciel, nous l’avons trouvé puissamment protégé par des gardiens et des météores. Nous pouvions auparavant y prendre place pour écouter les secrets célestes. Mais quiconque tente aujourd’hui de surprendre l’un de ces secrets doit affronter un météore prêt à le foudroyer. »
Coran 72, 8-9 ; voir aussi Coran 15, 16-18
Mais ces capacités ont des bornes strictes, et c’est ici que la croyance saine se sépare de la mythologie. Ils ne créent rien, ne ressuscitent pas, ne donnent ni ne retirent la subsistance, ne connaissent pas l’avenir, et surtout n’ont aucun pouvoir de contrainte sur le serviteur sincère : « Tu n’auras aucune autorité sur Mes serviteurs, excepté ceux qui te suivront parmi les égarés » (Coran 15, 42). Le Coran affirme même, au sujet du peuple de Saba séduit par Iblis : « Il n’avait pourtant aucun pouvoir sur eux » (Coran 34, 21) — son arme unique est la suggestion, l’embellissement du mal, l’appel ; et au Jour du jugement, il le reconnaîtra lui-même devant ses suivants : je n’avais sur vous aucun pouvoir, sinon que je vous ai appelés et que vous m’avez répondu ; ne me blâmez pas, blâmez-vous vous-mêmes (Coran 14, 22, sens du verset). La ruse du Diable est qualifiée par Allah de faible (Coran 4, 76).
18. Les djinns ne connaissent pas l’invisible
C’est l’un des enseignements les plus libérateurs de tout ce dossier, et Allah l’a établi par un récit d’une ironie saisissante — la mort de Soulayman :
« Lorsque Nous eûmes décrété sa mort, les djinns ne s’en aperçurent que lorsque des termites eurent rongé le sceptre sur lequel il était appuyé. Le voyant s’écrouler à terre, les djinns surent que s’ils avaient réellement eu connaissance des mystères, ils n’auraient pas continué à exécuter des travaux si humiliants. »
Coran 34, 14
Des créatures qui traversent les airs et soulèvent des montagnes de bronze ont travaillé des jours durant sous le regard d’un mort, sans s’en apercevoir. Voilà la mesure exacte de leur « science de l’invisible » : néant. La sourate Al-Jinn le confirme par leur propre bouche : « Nous ne savons pas si l’on veut du mal aux habitants de la terre ou si leur Seigneur leur veut simplement du bien » (Coran 72, 10) ; et Allah conclut la même sourate : « Lui seul connaît les mystères de l’univers qu’Il ne révèle à personne, hormis à ceux qu’Il choisit comme Messagers » (Coran 72, 26-27). Ce que les djinns pouvaient jadis dérober, c’était une bribe de parole entendue au vol et transmise aux devins — mécanisme que le hadith décrira au chapitre 32 — et cette porte même a été verrouillée par les météores depuis l’avènement de la Révélation. Quiconque prétend donc, par l’entremise des djinns, connaître l’avenir, retrouver l’objet perdu à coup sûr ou lire le destin, prétend ce que le Coran dément.
QUATRIÈME PARTIE — LEUR RELIGION ET LEUR DEVENIR
19. Des créatures responsables devant Allah
Les djinns ne sont pas des forces aveugles : ce sont des serviteurs responsables (moukallafoun), soumis à l’ordre et à l’interdit, promis au jugement. Le verset fondateur les place à égalité avec nous dans la finalité de l’existence : « Je n’ai créé les djinns et les hommes que pour qu’ils M’adorent » (Coran 51, 56). La sourate Ar-Rahman s’adresse d’un bout à l’autre aux deux mondes — « Lequel des bienfaits de votre Seigneur oserez-vous renier ? » est au duel en arabe — et leur annonce :
« Nous allons nous charger de vous, hommes et djinns. »
Coran 55, 31 — c’est-à-dire de votre jugement, selon nombre d’exégètes
« Peuples de djinns et d’hommes ! Si vous croyez pouvoir franchir les limites des cieux et de la terre, alors faites-le. Mais vous n’y parviendrez pas sans un certain pouvoir. »
Coran 55, 33
Le Prophète Mouhammad (que la prière et la paix soient sur lui) a été envoyé aux deux mondes à la fois — il est rassoul ath-thaqalayn, le Messager des hommes et des djinns — point sur lequel Ibn Taymiyya rapporte l’accord des savants dans son épître Idah ad-dalala fi ’oumoum ar-rissala (Majmou’ al-Fatawa, tome 19). Les djinns sont donc tenus de croire en lui et de suivre sa Loi, dans la mesure qui correspond à leur nature.
20. Y a-t-il eu des messagers parmi les djinns ?
Allah dit : « Ô peuple de djinns et d’hommes, ne vous est-il pas venu des messagers issus de vous, vous relatant Mes signes et vous avertissant de la rencontre de ce Jour ? » (Coran 6, 130, sens du verset). Certains ont compris de ce verset que des messagers auraient été suscités parmi les djinns eux-mêmes. La position de la majorité des exégètes — retenue par Ibn Kathir dans son commentaire du verset, d’après Ibn ’Abbas et Moujahid — est que les messagers, au sens propre, sont tous issus des hommes, et que l’expression « issus de vous » s’adresse aux deux groupes pris ensemble, comme on dit que des deux mers sortent la perle et le corail alors qu’elles ne sortent que de l’une des deux. Les djinns, eux, ont des avertisseurs (noudhara) : des croyants d’entre eux qui entendent la Révélation et retournent la transmettre aux leurs — exactement ce que décrit la sourate Al-Ahqaf : « Puis, la lecture terminée, ils repartirent avertir les leurs » (Coran 46, 29-31). Depuis l’envoi de Mouhammad (que la prière et la paix soient sur lui), sa Loi les oblige tous.
21. Croyants et mécréants parmi eux
Comme les hommes, les djinns se divisent en croyants et mécréants, pieux et pervers, et leurs propres paroles rapportées dans le Coran en témoignent avec une honnêteté remarquable :
« Certains, parmi nous, sont vertueux tandis que d’autres le sont moins. Nous suivons en effet des voies divergentes. »
Coran 72, 11
« Certains, parmi nous, se sont soumis, tandis que d’autres se sont détournés du droit chemin. Ceux qui se sont soumis sont ceux qui étaient en quête de vérité. Quant à ceux qui se sont détournés, ils alimenteront le feu de la Géhenne. »
Coran 72, 14-15
Il existe donc parmi eux des musulmans sincères, et même — disent les savants — des voies et des degrés dans la science et l’adoration, comme chez nous. Le qarin du Prophète lui-même s’est soumis, selon l’une des deux lectures du hadith de Mouslim (n° 2814). Cela impose au musulman une justice élémentaire de langage : on ne maudit pas « les djinns » en bloc, pas plus qu’on ne maudit « les hommes » en bloc ; on est en guerre contre les démons des deux espèces, et en fraternité de foi avec les croyants des deux espèces.
22. Leur récompense et leur châtiment dans l’au-delà
Le châtiment des mécréants d’entre eux ne fait l’objet d’aucune divergence : « Quant à ceux qui se sont détournés, ils alimenteront le feu de la Géhenne » (Coran 72, 15) ; « Notre arrêt fut prononcé… contre les nations de djinns et d’hommes qui les ont précédés » (Coran 46, 18). Quant à l’entrée des croyants d’entre eux au Paradis, c’est l’avis de la grande majorité des savants, appuyé sur des textes clairs : la sourate Ar-Rahman promet aux deux mondes qui craignent leur Seigneur deux jardins — « À ceux qui redoutent de comparaître devant leur Seigneur sont réservés deux vergers » (Coran 55, 46), dans une adresse faite aux hommes et aux djinns — et décrit des épouses « que ni homme ni djinn n’aura avant eux déflorées » (Coran 55, 56 et 74), ce qui suppose la présence des djinns au Paradis. Une opinion attribuée à l’imam Abou Hanifa, rapportée par ash-Shibli et d’autres, voulait que leur récompense se limite à être épargnés du Feu ; mais la parole d’Allah « Y aurait-il d’autre récompense pour ceux qui font le bien que l’éternelle félicité ? » (Coran 55, 60) tranche en faveur de la position majoritaire : la justice divine récompense le bien de tout serviteur, homme ou djinn.
23. La nuit des djinns : un Prophète envoyé aux deux mondes
Ibn Mas’oud (qu’Allah l’agrée) raconte : « Nous étions avec le Messager d’Allah (que la prière et la paix soient sur lui) une nuit, et nous l’avons perdu. Nous l’avons cherché dans les vallées et les ravins, au point de passer la pire nuit qui soit. Au matin, il revint du côté de Hira. Nous lui dîmes : Ô Messager d’Allah, nous t’avons perdu… Il répondit : Un émissaire des djinns est venu me chercher ; je suis parti avec lui et je leur ai récité le Coran. Puis il nous emmena et nous montra leurs traces et les traces de leurs feux » (Mouslim, n° 450). C’est à la suite de rencontres de ce genre que furent révélés les versets d’Al-Ahqaf et la sourate Al-Jinn ; les exégètes, dont Ibn Kathir, rapportent que la délégation la plus connue venait de Nassibin, en Mésopotamie.
Ce récit renverse bien des idées reçues : ce ne sont pas les hommes qui, dans l’islam, vont chercher les djinns — c’est un Prophète qui leur est envoyé, leur prêche l’unicité d’Allah et leur transmet des droits et des devoirs, jusque dans le détail de leur nourriture. Loin des grimoires et des évocations, la relation légitime entre nos deux mondes est celle-ci : un même Livre, un même Messager, un même Jugement.
Deux détails complètent le tableau. Le premier : dans des versions complémentaires du récit, rapportées dans les Sounan et le Mousnad, le Prophète (que la prière et la paix soient sur lui) traça un trait au sol autour d’Ibn Mas’oud en lui ordonnant de ne pas le franchir jusqu’à son retour ; et Ibn Mas’oud décrit avoir aperçu de loin des silhouettes sombres et élancées — qu’il compare aux hommes du Zott, une population de haute taille connue des Arabes — sans rien distinguer de leur forme réelle. Le second : la mémoire musulmane a retenu le lieu de ces rencontres ; à La Mecque, près du Houjoun, s’élève depuis les premiers siècles la mosquée dite Masjid al-Jinn, « la mosquée des djinns », bâtie à l’endroit où, selon les récits, la délégation entendit la récitation et prêta serment. On la visite comme un témoin de l’histoire — sans lui attacher, cela va de soi, le moindre rite particulier que la Loi n’aurait pas institué.
CINQUIÈME PARTIE — DJINNS ET HUMAINS : LES INTERFÉRENCES
24. Le qarin : le compagnon inséparable
Le Prophète (que la prière et la paix soient sur lui) a dit : « Il n’est aucun d’entre vous sans que ne lui aient été assignés un compagnon parmi les djinns et un compagnon parmi les anges. » — « Même toi, ô Messager d’Allah ? » demandèrent-ils. — « Même moi, mais Allah m’a aidé contre lui et il s’est soumis : il ne m’ordonne plus que le bien. »
Rapporté par Mouslim, n° 2814
Chaque être humain vit donc accompagné d’un qarin, dont la fonction est de suggérer le mal, comme l’ange compagnon inspire le bien. C’est lui, entre autres, que vise la dernière sourate du Coran : « le démon qui se dérobe ou s’insinue chez l’homme, soufflant d’insidieuses pensées dans le cœur des hommes » (Coran 114, 4-5). Au Jour du jugement, le qarin se désolidarisera de son homme : « Son compagnon dira : Seigneur, ce n’est pas moi qui l’ai fait transgresser, il était lui-même dans un profond égarement » (Coran 50, 27, sens du verset). Deux erreurs symétriques sont ainsi fermées : celle qui ignore le qarin et se croit seul face à ses pensées, et celle qui lui impute tout et se dédouane de ses fautes. Le qarin suggère ; l’homme choisit ; et c’est l’homme qui répondra de son choix.
25. Les voies quotidiennes de l’influence des diables
Avant d’aborder les atteintes extraordinaires, il faut connaître les voies ordinaires par lesquelles les démons touchent chacun de nous, car c’est là que se joue l’essentiel du combat. La Sunna les décrit avec précision. La waswasa d’abord, le murmure insinué : « Le démon circule dans le fils d’Adam comme circule le sang » (al-Boukhari, n° 2039 et Mouslim, n° 2175). Le sommeil ensuite : « Le démon noue trois nœuds sur la nuque de l’un d’entre vous quand il dort… S’il se réveille en mentionnant Allah, un nœud se dénoue ; s’il fait ses ablutions, un autre ; s’il prie, le dernier — et il se lève alors alerte et l’âme bonne » (al-Boukhari, n° 1142 et Mouslim, n° 776) ; et au sujet de celui qui dort jusqu’au matin sans se lever pour prier : « C’est un homme dans l’oreille duquel le démon a uriné » (al-Boukhari, n° 3270 et Mouslim, n° 774).
Les rêves : « Le bon rêve vient d’Allah et le mauvais rêve vient du démon ; si l’un de vous voit ce qu’il déteste, qu’il crache légèrement trois fois à sa gauche, qu’il se réfugie auprès d’Allah contre son mal, et il ne lui nuira pas » (al-Boukhari, n° 3292 et Mouslim, n° 2261) ; et pour couper court aux interprétations anxieuses, le Prophète (que la prière et la paix soient sur lui) a précisé que « le rêve est de trois sortes : la bonne vision, qui est une annonce d’Allah ; le rêve qui attriste, qui vient du démon ; et le rêve né de ce que l’homme se raconte à lui-même » (Mouslim, n° 2263) — tout songe étrange n’est donc pas une attaque. Le bâillement : « Le bâillement vient du démon ; que celui qui bâille le réprime autant qu’il peut » (al-Boukhari, n° 3289). La colère, porte immense : à un homme dont les veines du cou se gonflaient de rage, le Prophète (que la prière et la paix soient sur lui) dit : « Je connais une parole qui, s’il la disait, ferait partir ce qu’il ressent : a’oudhou billahi mina sh-shaytani r-rajim » (al-Boukhari, n° 3282 et Mouslim, n° 2610). La nourriture et la demeure sans basmala, on l’a vu, et jusqu’à la dispute dans le couple et la précipitation — autant de brèches que les invocations prophétiques viennent colmater une à une. Le croyant averti comprend alors que la « guerre contre les djinns » ne se mène pas chez l’exorciste : elle se mène chaque jour, au réveil, à table, au coucher, dans la maîtrise de sa colère et la garde de sa langue.
26. Le principe fondamental : aucun pouvoir sans la permission d’Allah
Tout ce qui va suivre — atteintes, possession, sorcellerie — doit être lu à la lumière d’un principe que le Coran martèle : nul ne nuit à personne sans la permission d’Allah. Au sujet même des sorciers et de ce qu’ils apprirent des deux anges, Allah dit : « Ils ne peuvent nuire à personne qu’avec la permission d’Allah » (Coran 2, 102, sens du verset) ; et au sujet des conciliabules du démon : « Il ne peut leur nuire en rien, sauf avec la permission d’Allah » (Coran 58, 10, sens du verset). Cette permission est la permission cosmique, celle du décret — rien n’advient dans le royaume d’Allah contre Sa volonté — et non un agrément : Allah décrète l’existence du mal par sagesse et éprouve par lui, tout en le détestant et en l’interdisant.
La conséquence pratique est immense : le croyant ne vit pas dans un monde livré aux djinns, où il faudrait négocier avec eux, les apaiser, les craindre. Il vit dans le royaume d’Allah, où pas une aiguille ne pique sans décret. La protection ne s’achète donc pas chez les marabouts : elle se demande à Celui qui détient toute chose. « Tu n’auras aucune autorité sur Mes serviteurs » (Coran 15, 42) : voilà le contrat de sécurité du serviteur sincère.
27. Les djinns peuvent-ils nuire à l’homme ? Les types d’atteinte
Dans le cadre de ce décret, oui, les démons peuvent nuire, et les textes en attestent : le ’ifrit qui se jeta sur le Prophète en prière (al-Boukhari, n° 461 ; Mouslim, n° 541), le serpent qui tua le jeune homme de Médine (Mouslim, n° 2236), l’épreuve du prophète Ayyoub — « Satan m’a atteint d’un mal et d’un châtiment douloureux » (Coran 38, 41, sens du verset) —, ou encore l’effroi que les démons cherchent à inspirer : « Ce n’est que le Diable qui vous fait peur de ses partisans ; n’ayez pas peur d’eux, mais ayez peur de Moi si vous êtes croyants » (Coran 3, 175, sens du verset).
Les savants de la roqya, s’appuyant sur les textes et l’expérience des gens de science, distinguent classiquement plusieurs degrés d’atteinte : la waswasa, commune à tous, qui n’est pas une maladie ; l’effroi et les cauchemars répétés ; le mass, « toucher » ponctuel qui affecte le corps ou l’esprit par crises ; le sar’, la possession caractérisée avec perte de conscience et parole étrangère ; à quoi s’ajoutent les atteintes indirectes par la sorcellerie (sihr) et le mauvais œil (’ayn), qui ont leurs chapitres propres. Cette typologie est un outil de description, non un dogme : elle aide à nommer ce que les textes attestent globalement, et l’on se gardera d’en faire une science occulte aux catégories rigides. Ce qui est certain, c’est le principe : l’atteinte existe, elle est l’exception et non la règle, et elle ne franchit jamais le décret d’Allah.
28. La possession (mass, sar’) : une réalité affirmée par les gens de la Sunna
Le démon peut-il pénétrer dans le corps de l’homme et le posséder ? Les gens de la Sunna répondent oui, sur la base du Coran, de la Sunna et du consensus de leurs imams. La preuve coranique la plus explicite :
« Quant à ceux qui se nourrissent de l’usure, ils se lèveront de leurs tombes, le Jour de la résurrection, dans un état comparable à celui de l’homme possédé du démon. »
Coran 2, 275 — début du verset
Le verset compare la démarche titubante de l’usurier ressuscité à celle du possédé que « le toucher » (al-mass) du démon a frappé : la comparaison n’aurait aucun sens si la chose comparée n’existait pas. La Sunna ajoute ses preuves : le hadith « le démon circule dans le fils d’Adam comme circule le sang » (al-Boukhari, n° 2039 ; Mouslim, n° 2175) ; le hadith de Khanzab qui se place « entre l’homme et son âme » dans la prière (Mouslim, n° 2203) ; et les récits d’exorcisme prophétique, dont celui du jeune garçon amené par sa mère au Prophète (que la prière et la paix soient sur lui), auquel il dit : « Sors, ennemi d’Allah ! Je suis le Messager d’Allah » — et l’enfant guérit (rapporté par Ahmad dans son Mousnad d’après Ya’la ibn Mourra ; jugé authentique par al-Hakim, approuvé par adh-Dhahabi).
Quant au consensus, écoutons les imams. ’Abdallah, fils de l’imam Ahmad ibn Hanbal, rapporte : « J’ai dit à mon père : des gens prétendent que le djinn n’entre pas dans le corps du possédé. Il répondit : Ô mon fils, ils mentent ; c’est lui qui parle par sa langue. » Ibn Taymiyya, qui cite cette parole, ajoute qu’Abou al-Hassan al-Ash’ari a rapporté dans ses Maqalat que les gens de la Sunna et du consensus professent que le djinn peut entrer dans le corps du possédé, et conclut : « Il n’est aucun des imams des musulmans qui nie l’entrée du djinn dans le corps du possédé ; celui qui nie cela et prétend que la Loi le dément a menti sur la Loi » — seuls les mou’tazilites et leurs héritiers rationalistes l’ont niée (Majmou’ al-Fatawa, 24/276-277). Le sar’ n’est donc pas une superstition populaire : c’est une réalité attestée — rare, comme on le verra, mais réelle.
L’histoire a d’ailleurs conservé des exemples concrets de cette pratique chez les imams. Ibn Taymiyya lui-même exorcisait les possédés, et son élève al-Bazzar, dans sa biographie du sheikh (Al-A’lam al-’aliyya), comme ses propres Fatawa, en rapportent des scènes : le sheikh s’adressait directement au djinn, l’exhortait par la parole d’Allah, argumentait avec lui. Dans l’un de ces cas, l’esprit déclara aimer celui qu’il habitait ; Ibn Taymiyya lui répondit que celui-ci ne l’aimait pas et que cette compagnie imposée était une injustice ; le djinn objecta vouloir accomplir le pèlerinage avec lui ; le sheikh lui opposa la Loi et la justice d’Allah jusqu’à ce qu’il cède et sorte. Rien de spectaculaire ni de théâtral : une exhortation, des preuves, le rappel du droit — aux antipodes des séances filmées d’aujourd’hui.
29. Pourquoi et comment un djinn s’en prend-il à un homme ?
Ibn Taymiyya, dans son épître sur les djinns, ramène les causes de la possession à trois (Majmou’ al-Fatawa, tome 19). La première : la passion et le désir — un djinn s’éprend d’un être humain, comme un homme peut s’éprendre, et cette atteinte se traite comme on traite les passions illicites. La deuxième, la plus fréquente selon lui : la vengeance — l’homme a nui aux djinns sans le savoir, en versant de l’eau bouillante, en urinant sur eux, en tuant l’un des leurs sous forme animale ; les djinns, ignorants et injustes comme le sont beaucoup d’hommes, ripostent alors de façon disproportionnée. La troisième : la pure malveillance et le jeu — comme les voyous d’entre les hommes s’en prennent aux passants. C’est pour fermer la deuxième porte que la Sunna enseigne de mentionner Allah avant de verser de l’eau chaude, d’entrer aux toilettes, de jeter quelque chose dans un trou, et de sommer trois jours durant le serpent domestique avant de le tuer.
Quant au « comment » — par où entre-t-il, où se loge-t-il dans le corps ? —, la Révélation ne l’a pas détaillé, et l’honnêteté commande de le dire : le hadith de la circulation « comme le sang » indique une pénétration subtile, et c’est tout. Les cartographies que proposent certains « spécialistes » contemporains — tel djinn dans l’épaule, tel autre dans le ventre, portes d’entrée numérotées — relèvent de l’expérience invérifiable ou de l’invention, pas de la science léguée. On sait en revanche, par les textes, quels états ouvrent la brèche : la colère extrême, la peur extrême, l’insouciance prolongée du rappel d’Allah, et la plongée dans les passions — quatre états que les invocations quotidiennes verrouillent.
30. Distinguer la maladie organique de l’atteinte des djinns
Voici l’un des chapitres les plus importants de ce livret pour notre époque. Affirmer la réalité du sar’ ne signifie pas que toute crise, toute dépression, toute épilepsie soit l’œuvre d’un djinn. Les savants de l’islam l’ont dit bien avant la médecine moderne. Ibn al-Qayyim écrit dans Zad al-ma’ad, au chapitre de la médecine prophétique consacré au sar’, que celui-ci est de deux sortes : le sar’ causé par les esprits malfaisants, et le sar’ causé par les humeurs du corps — c’est-à-dire la maladie organique, celle que traitent les médecins. Il reproche aux médecins matérialistes de nier la première, et aux ignorants de méconnaître la seconde.
La Sunna elle-même en témoigne : la femme noire qui vint au Prophète (que la prière et la paix soient sur lui) en disant « je suis atteinte de crises (ousra’) et je me découvre ; invoque Allah pour moi », et à qui il laissa le choix entre la patience avec le Paradis et l’invocation de guérison — elle choisit la patience et demanda seulement de ne plus se découvrir (al-Boukhari, n° 5652 ; Mouslim, n° 2576). Ibn Hajar, commentant ce hadith dans Fath al-Bari, mentionne que ses crises pouvaient être d’origine corporelle, tout en rappelant l’existence de l’autre type. La règle pratique qui découle de tout cela : devant des symptômes, on consulte les médecins et l’on se soigne par la roqya légiférée — les deux ensemble, sans contradiction, car le Prophète (que la prière et la paix soient sur lui) a ordonné de se soigner. Attribuer d’office chaque épilepsie, chaque trouble psychique, chaque échec conjugal ou professionnel aux djinns est une injustice envers les malades, un renoncement aux causes qu’Allah a créées, et le fonds de commerce des charlatans.
31. Le mauvais œil et son lien avec les djinns
Le Prophète (que la prière et la paix soient sur lui) a dit : « Le mauvais œil est une réalité ; et si une chose devait devancer le destin, le mauvais œil l’aurait devancé. »
Rapporté par Mouslim, n° 2188 ; voir aussi al-Boukhari, n° 5740
Le ’ayn est l’atteinte que cause le regard d’un envieux — ou d’un admirateur qui omet d’invoquer la bénédiction — sur ce qu’il regarde. Il émane des hommes, mais aussi des djinns : le Prophète (que la prière et la paix soient sur lui) plaçait ses petits-fils al-Hassan et al-Housayn sous cette protection : « Je vous mets sous la protection des paroles parfaites d’Allah contre tout démon, toute bête nuisible et tout œil porteur de mal », ajoutant que c’est par ces mots qu’Ibrahim protégeait Ismaël et Isaac (al-Boukhari, n° 3371). La sourate Al-Falaq réunit d’ailleurs en cinq versets les trois maux de ce dossier : la nuit qui étend son obscurité — moment où se répandent les démons —, les sorciers, et l’envieux. Le remède prophétique tient en trois points : la protection préventive par les invocations, la demande de bénédiction (tabrik) quand on admire — dire « ma sha Allah, tabaraka Allah » —, et, en cas d’atteinte avérée, le lavage demandé à l’envieux et la roqya. Là encore, ni négation — le texte est formel — ni obsession qui voit un œil derrière chaque rhume.
32. Sorciers, devins, astrologues : le commerce avec les diables
La sorcellerie n’est pas un pouvoir personnel du sorcier : c’est un pacte de servitude avec les démons. Le sorcier mécroit — il insulte la Révélation, souille ce qui est sacré, sacrifie aux djinns — et les démons, en échange, le servent ou font semblant. Le Coran l’expose dans le long verset de la sourate Al-Baqara : les démons enseignèrent aux hommes la sorcellerie ; les deux anges de Babylone, Harout et Marout, n’enseignaient rien sans avertir « nous ne sommes qu’une tentation, ne mécrois donc pas » ; les gens y apprenaient ce qui sépare l’homme de son épouse ; « et ils ne peuvent nuire à personne qu’avec la permission d’Allah » (Coran 2, 102, sens du verset). Le Prophète (que la prière et la paix soient sur lui) a classé la sorcellerie parmi les sept péchés destructeurs, juste après l’association à Allah (al-Boukhari, n° 2766 ; Mouslim, n° 89).
Le devin (kahin), lui, exploite l’ancienne écoute dérobée. Le mécanisme est décrit par le Prophète (que la prière et la paix soient sur lui) : les anges évoquent dans les nuées l’affaire décrétée sur terre ; les démons en dérobent une bribe, la soufflent aux devins, « et ceux-ci y ajoutent cent mensonges de leur cru » (al-Boukhari, n° 5762 ; Mouslim, n° 2228). Une vérité volée noyée dans cent mensonges : voilà tout le capital des voyants, marabouts et « médiums », hier comme aujourd’hui. Les jugements qui en découlent sont d’une sévérité à la mesure du danger : « Celui qui se rend chez un devin et l’interroge sur quoi que ce soit, sa prière n’est pas acceptée pendant quarante nuits » (Mouslim, n° 2230) ; « Celui qui se rend chez un devin et croit en ce qu’il dit a mécru en ce qui a été révélé à Mouhammad » (Abou Dawoud, n° 3904 ; at-Tirmidhi, n° 135 ; authentifié par al-Albani). Et l’astrologie — lire les destinées dans les astres — en fait partie : « Celui qui acquiert une science tirée des étoiles acquiert une part de sorcellerie » (Abou Dawoud, n° 3905 ; authentifié par al-Albani). Horoscopes, voyance par téléphone, « désenvoûteurs » : les habits changent, le commerce est le même, et le fournisseur aussi.
33. L’enlèvement d’humains par les djinns
Les savants ont admis que les djinns peuvent, par exception, enlever un être humain, et le droit musulman en a même tenu compte. Al-Bayhaqi rapporte dans ses Sounan, au chapitre de l’épouse du disparu, le récit fameux de l’homme enlevé par les djinns à l’époque du califat de ’Omar ibn al-Khattab (qu’Allah l’agrée) : son épouse, restée sans nouvelles, fut autorisée à se remarier après le délai fixé ; puis l’homme reparut et raconta que des djinns mécréants l’avaient ravi, qu’il était resté captif parmi eux jusqu’à ce que des djinns musulmans les combattent et le libèrent. Les jurisconsultes citent ce récit dans les règles du mafqoud, le disparu. Ibn Taymiyya mentionne également, dans ses Fatawa, que les djinns enlèvent parfois des hommes, en particulier ceux qui s’isolent dans les lieux déserts sans se prémunir par le rappel d’Allah.
Deux garde-fous s’imposent aussitôt. D’une part, la rareté : ces cas sont l’exception des exceptions, et l’immense majorité des disparitions ont des causes humaines que la justice et la raison doivent d’abord rechercher — attribuer commodément aux djinns ce que l’enquête n’a pas élucidé est une paresse dangereuse. D’autre part, la protection : celui qui voyage ou s’isole se fortifie par les invocations — notamment « je me réfugie par les paroles parfaites d’Allah contre le mal de ce qu’Il a créé », dont le Prophète (que la prière et la paix soient sur lui) a dit que celui qui la prononce en faisant halte, rien ne lui nuira jusqu’à son départ (Mouslim, n° 2708).
34. Les djinns ont-ils peur des humains ? L’homme peut-il leur nuire ?
On imagine volontiers l’homme démuni face aux djinns ; les textes disent presque l’inverse. Le croyant fort en foi effraie son démon. Au sujet de ’Omar ibn al-Khattab (qu’Allah l’agrée), le Prophète (que la prière et la paix soient sur lui) a dit : « Par Celui qui tient mon âme en Sa main, jamais le démon ne te croise empruntant un chemin sans prendre un chemin autre que le tien » (al-Boukhari, n° 3683). L’appel à la prière le met en déroute : « Lorsque l’appel à la prière est lancé, le démon tourne le dos en pétaradant pour ne pas l’entendre » (al-Boukhari, n° 608 ; Mouslim, n° 389). La sourate Al-Baqara le chasse des maisons : « Ne faites pas de vos maisons des tombes ; le démon fuit la maison dans laquelle est récitée la sourate Al-Baqara » (Mouslim, n° 780). Et le verset du Trône, récité le soir, le tient éloigné jusqu’au matin (al-Boukhari, n° 2311).
L’homme peut aussi leur nuire, le plus souvent sans le savoir — c’est, on l’a vu, l’une des causes de leurs représailles — mais aussi en les affrontant : le jeune homme de Médine tua le serpent-djinn (Mouslim, n° 2236), et le Prophète (que la prière et la paix soient sur lui) saisit et repoussa le ’ifrit venu interrompre sa prière (al-Boukhari, n° 461). Iblis lui-même se plaint de l’effet des œuvres des croyants : il place son trône sur l’eau et envoie ses détachements éprouver les hommes, et « le plus proche de lui en rang est celui qui cause la plus grande discorde » (Mouslim, n° 2813) — aveu que son royaume vit de nos chutes et maigrit de notre obéissance. La relation de force n’est donc pas celle que croit la superstition : c’est l’insouciant qui est vulnérable, et c’est le dhakir, celui qui mentionne Allah, qui fait peur.
35. Khanzab, le démon de la prière
’Outhman ibn Abi al-’As (qu’Allah l’agrée) vint dire : « Ô Messager d’Allah, le démon s’interpose entre moi et ma prière et ma récitation, il me les embrouille. » Le Messager d’Allah (que la prière et la paix soient sur lui) répondit : « C’est un démon appelé Khanzab. Si tu sens sa présence, réfugie-toi auprès d’Allah contre lui et crache légèrement trois fois sur ta gauche. » ’Outhman dit : « Je l’ai fait, et Allah l’a éloigné de moi. »
Rapporté par Mouslim, n° 2203
Ce hadith est un trésor de réalisme spirituel. Il nomme l’adversaire — chaque poste de tentation a ses spécialistes dans l’armée d’Iblis —, il valide l’expérience universelle du croyant distrait dans sa prière, et il donne un remède en deux gestes, applicable en pleine prière sans l’invalider : l’isti’adha et le souffle léger à gauche. Nul besoin de séance, de sheikh ni de secret : le compagnon appliqua la prescription et fut guéri. Que celui qui se plaint de la dispersion dans sa prière commence donc par là — puis qu’il soigne les causes de fond : le cœur encombré entre en prière encombré.
SIXIÈME PARTIE — LA PROTECTION LÉGIFÉRÉE
36. Faut-il avoir peur des djinns ?
Non — et cette réponse n’est pas une bravade, c’est un verset. La peur servile des djinns fut précisément l’une des idolâtries des Arabes préislamiques : le voyageur qui faisait halte dans une vallée s’écriait « je me réfugie auprès du seigneur de cette vallée contre les insensés de son peuple ». Allah a révélé ce que cette pratique produisait réellement :
« Certains hommes imploraient la protection de certains djinns, ce qui ne fit qu’ajouter à leur rébellion. »
Coran 72, 6
Le traducteur signale les deux lectures des exégètes : cela ne fit qu’ajouter à la rébellion et à la transgression des djinns — ou bien : à l’égarement et à la terreur des hommes. Les deux sens se complètent : plus on craint les djinns, plus on les enhardit, et plus on s’enfonce dans la peur.
Le Coran ordonne : « Ce n’est que le Diable qui vous fait peur de ses partisans ; n’ayez donc pas peur d’eux, mais ayez peur de Moi, si vous êtes croyants » (Coran 3, 175, sens du verset). La peur d’adoration, celle qui pousse à obéir, à sacrifier, à se soumettre, n’appartient qu’à Allah ; en accorder une part aux djinns, c’est leur accorder une part de ce qui revient à Allah seul. Le musulman prend les moyens de protection comme il verrouille sa porte le soir : par prudence sereine, non par terreur. Et il se souvient que le démon, lui, a peur — de l’adhan, du verset du Trône, de la sourate Al-Baqara, du croyant constant dans son rappel.
37. Les fortifications quotidiennes
Allah n’a pas laissé Ses serviteurs sans armes. La Sunna a transmis un système complet de protection, gratuit, accessible à tous, sans intermédiaire. En voici les piliers — le détail des textes figure dans l’annexe en fin de livret. Les deux sourates protectrices d’abord, Al-Falaq et An-Nas, que le Prophète (que la prière et la paix soient sur lui) récitait en soufflant dans ses mains avant de dormir et dont il a dit que jamais personne ne s’est protégé par leur pareil ; avec Al-Ikhlas, elles se récitent trois fois matin et soir. Le verset du Trône ensuite, après chaque prière et au coucher — c’est la garantie donnée dans le récit d’Abou Hourayra : « aucun démon ne t’approchera jusqu’au matin ». Les deux derniers versets de la sourate Al-Baqara : « celui qui les récite une nuit, ils lui suffisent » (al-Boukhari, n° 4008 ; Mouslim, n° 808). La sourate Al-Baqara dans la maison, qui met le démon en fuite (Mouslim, n° 780).
Puis les invocations des moments : la basmala en entrant chez soi, en mangeant, en fermant la porte, en couvrant les récipients (Mouslim, n° 2012 et 2018) ; l’invocation d’entrée aux toilettes (al-Boukhari, n° 142) ; celle de la sortie de la maison — « Bismillah, tawakkaltou ’ala Allah, la hawla wa la qouwwata illa billah », à laquelle il est répondu : tu es guidé, pris en charge et protégé, et le démon s’écarte (Abou Dawoud, n° 5095 ; at-Tirmidhi, n° 3426, authentifié) ; celle de la halte en voyage (Mouslim, n° 2708) ; celle des rapports conjugaux, qui protège l’enfant à naître (al-Boukhari, n° 141 ; Mouslim, n° 1434) ; l’isti’adha en cas de colère, de mauvais rêve, de braiment d’âne entendu la nuit (al-Boukhari, n° 3303 ; Mouslim, n° 2729). Ce bouclier-là ne s’achète pas : il se pratique. Et son efficacité tient à deux conditions que rappellent les savants : la présence du cœur — réciter en comprenant et en croyant, non comme une formule mécanique — et la droiture générale : les invocations du matin protègent mal une journée passée dans la désobéissance.
38. La roqya légiférée et la mise en garde contre les charlatans
La roqya — l’exorcisme et la guérison par la récitation — est légiférée : le Prophète (que la prière et la paix soient sur lui) l’a pratiquée, l’ange Jibril l’a pratiquée sur lui (Mouslim, n° 2186), et il a approuvé le compagnon qui guérit un chef de tribu piqué par un scorpion en récitant la Fatiha, acceptant même le salaire convenu (al-Boukhari, n° 2276 ; Mouslim, n° 2201). Les savants — Ibn Hajar le rapporte dans Fath al-Bari au chapitre de la roqya — ont posé trois conditions à sa licéité : qu’elle soit faite par la parole d’Allah, Ses noms et Ses attributs ; en langue arabe ou en des termes dont le sens est compris ; et avec la croyance que la roqya n’agit pas par elle-même, mais par le décret d’Allah. Tout ce qui sort de ce cadre — formules incompréhensibles, carrés magiques, invocations adressées à d’autres qu’Allah — n’est plus une roqya : c’est de la sorcellerie déguisée.
La meilleure roqya est celle que l’on se fait à soi-même : Fatiha, verset du Trône, dernières sourates, invocations prophétiques de guérison, soufflées sur soi ou sur l’eau que l’on boit. Si l’on recourt à un tiers, qu’on choisisse un homme connu pour sa croyance saine et sa pratique, et qu’on fuie sans discussion quiconque présente l’un de ces signes : il demande le prénom de la mère — procédé notoire des devins —, il réclame un sacrifice, un objet porté, un talisman à enterrer ou à porter ; il prétend dialoguer longuement avec les djinns, révéler l’identité du « sorcier » ou l’avenir ; il s’isole avec les femmes ou leur impose des attouchements ; il transforme le soin en fonds de commerce avec forfaits et abonnements. Le « business de la roqya » qui prospère aujourd’hui, jusque sur les réseaux sociaux, avec ses exorcismes filmés et ses diagnostics à distance, est une plaie double : il dépouille des gens souvent fragiles, et il fait passer la Sunna pour un spectacle. La roqya du Prophète était discrète, gratuite ou modestement rétribuée, et renvoyait le malade à Allah — jamais à la dépendance envers le raqi.
39. Ce qui est interdit : amulettes, talismans, recours aux djinns
Face au mal des djinns, tout n’est pas permis, et les interdits sont aussi nets que les remèdes. Les amulettes d’abord — tamima, gri-gri, main de Fatma, œil bleu, cornes et fers à cheval, écritures cousues dans le tissu : « Celui qui suspend une amulette a commis une association » (rapporté par Ahmad d’après ’Ouqba ibn ’Amir ; authentifié par al-Albani). Le cœur qui s’attache à un objet se détache d’Allah. Les savants ont divergé sur le seul cas de l’amulette entièrement composée de Coran ; l’avis le plus prudent, celui d’Ibn Mas’oud et de ses élèves, est de l’interdire aussi, pour fermer la porte au reste et parce que le Coran se récite et ne se porte pas.
Le recours aux djinns ensuite — leur demander protection, service, information — est la pratique même que le Coran a condamnée chez les Arabes : « Certains hommes imploraient la protection de certains djinns » (Coran 72, 6) ; et au Jour du jugement : « Ô assemblée des djinns, vous avez trop abusé des hommes », tandis que leurs alliés humains diront : « Seigneur, nous avons tiré profit les uns des autres » (Coran 6, 128, sens du verset). Ibn Taymiyya a longuement traité de ceux qui se font servir par les djinns : il montre que ce service s’obtient presque toujours au prix d’actes de mécréance ou de désobéissance — et que même l’usage qui s’en prétendrait licite ouvre une porte que la Loi a fermée. Quant à solliciter un djinn « musulman » pour la roqya ou la recherche du sihr, les gens de science l’ont interdit : on ne peut vérifier ni sa religion ni sa véracité, le procédé imite celui des devins, et le Prophète (que la prière et la paix soient sur lui), qui avait tout pouvoir de recourir aux djinns croyants, ne l’a jamais fait ni enseigné. Les savants contemporains attachés à la voie des anciens, tels Ibn Baz et al-Albani, ont d’ailleurs fermement condamné les roqyeurs qui prétendent se faire assister de « djinns musulmans » pour diagnostiquer ou soigner : sous un habit de piété, c’est rouvrir la porte de la dépendance envers le monde invisible que la Révélation a fermée. La règle d’or est simple : tout moyen de protection qui ne vient ni du Coran ni de la Sunna nous éloigne de la protection véritable.
SEPTIÈME PARTIE — FERMER LES PORTES DES EXAGÉRATIONS
40. Superstitions et croyances populaires à rejeter
Ce livret manquerait son but s’il n’énumérait pas franchement les croyances sans fondement qui parasitent ce chapitre du dogme. Le Prophète (que la prière et la paix soient sur lui) a dit : « Pas de contagion par elle-même, pas de mauvais augure, pas de hibou de malheur, pas de ghoule » (Mouslim, n° 2222 pour la mention de la ghoule). L’imam an-Nawawi explique dans son commentaire de Sahih Mouslim : les Arabes prétendaient que les ghoules, démons du désert, se métamorphosaient pour égarer et dévorer les voyageurs ; le hadith ne nie pas l’existence des djinns métamorphosés — d’autres textes l’établissent — mais il nie et annule leurs prétendus pouvoirs d’égarement irrésistible, que le rappel d’Allah suffit à briser. Voilà le modèle prophétique : démonter la terreur superstitieuse sans nier le réel.
À rejeter également, faute de toute preuve : le mauvais augure tiré des lieux, des jours ou des oiseaux — « le mauvais augure est une association », dit le hadith (Abou Dawoud, n° 3910, authentifié) ; l’idée que tout malheur, toute maladie, tout célibat prolongé, tout échec serait l’œuvre d’un sihr ou d’un djinn amoureux — diagnostic devenu réflexe chez certains, contre lequel s’élève tout ce que nous avons vu au chapitre 30 ; les rituels de « protection » inventés : sel dans les angles, encens aux propriétés attribuées, clous, alun, lecture à l’envers, bains prescrits par des recettes de grand-mère érigées en religion ; les récits sensationnels de mariages et d’enfants communs entre humains et djinns, colportés sans la moindre vérification ; les prétendues cartographies du monde des djinns — rois, tribus, capitales, codes — issues de livres de magie et non de la Révélation ; et l’habitude de parler des djinns sans cesse, d’en faire le sujet central des assises et des chaînes, alors que le Coran en parle pour nous ramener à Allah, non pour nous fasciner. La sobriété est ici une adoration.
41. Les faux prodiges : quand les diables servent les hommes
Il est un domaine où la connaissance du monde des djinns protège la croyance elle-même : celui des prodiges. Tout fait extraordinaire n’est pas un miracle d’Allah ; les démons produisent des états extraordinaires au profit de leurs alliés, pour égarer par leur entremise. Ibn Taymiyya a consacré à ce sujet un livre entier, Al-Fourqan bayna awliya ar-Rahman wa awliya ash-shaytan — le discernement entre les alliés du Tout Miséricordieux et les alliés du Diable. Il y rapporte des cas précis : des personnages volant dans les airs ou marchant sur le feu par l’assistance des démons ; des « saints » informés de l’invisible par leurs espions djinns ; des morts ou des absents « apparaissant » à leurs dévots — en réalité des démons prenant leur forme pour ancrer le culte des tombes ; des idoles et des arbres d’où sortent des voix. Le critère qu’il établit est lumineux : le prodige se juge à la lumière de la Loi — s’il accompagne la droiture et le suivi de la Sunna, c’est une karama ; s’il accompagne le shirk, l’abandon de la prière et la transgression, c’est un état satanique, quel que soit son éclat.
Deux récits illustrent la ruse. Le premier concerne ’Abd al-Qadir al-Jilani (qu’Allah lui fasse miséricorde), rapporté par Ibn Taymiyya dans ses Fatawa : le sheikh vit dans le désert une lumière immense et entendit : « Ô ’Abd al-Qadir, je suis ton Seigneur, et je t’ai rendu licite ce qui est interdit. » Il répondit : « Disparais, ennemi d’Allah ! » La lumière se dissipa, et l’être avoua : « Tu m’as échappé par ta science. » Le sheikh expliqua : je sais qu’Allah n’ordonne pas la turpitude et que Sa Loi ne s’abroge pas par une voix dans le désert. Le second concerne Ibn Taymiyya lui-même : il rapporte que des gens juraient l’avoir vu — lui, le sheikh — en des lieux où il ne s’était jamais rendu ; il expliquait que c’était un djinn ayant pris son apparence pour tromper les gens, et il cite plusieurs cas semblables de démons prenant la forme de sheikhs vénérés, aperçus à ’Arafat par leurs disciples alors qu’ils n’avaient pas quitté leur ville — afin que les disciples croient au prodige de leur maître et s’attachent à lui plutôt qu’à la Sunna (voir Al-Fourqan et Majmou’ al-Fatawa). La leçon vaut pour notre époque saturée d’apparitions, de « signes » et de thaumaturges filmés : la balance n’est pas l’extraordinaire, c’est la Révélation.
42. Les djinns face à la science moderne
« La science a-t-elle prouvé les djinns ? Peut-on y croire à l’ère des laboratoires ? » La réponse honnête tient en une distinction que ce site défend constamment : la science expérimentale étudie l’observable, le mesurable, le reproductible. Or les djinns sont, par définition révélée, soustraits à notre observation : « Il vous observe, lui et ses suppôts, tandis que vous-mêmes ne pouvez les voir » (Coran 7, 27). Une méthode conçue pour l’observable ne peut, par construction, ni prouver ni réfuter ce qui lui échappe. Il n’y a donc aucune « réfutation scientifique » des djinns — il y a seulement une limite de méthode, que les scientifiques rigoureux sont les premiers à reconnaître : l’absence de preuve n’est pas la preuve de l’absence, surtout quand l’objet est défini comme inaccessible à l’instrument.
Nous refusons pour la même raison le concordisme inverse : chercher à « prouver » les djinns par la physique — ondes, énergies, dimensions parallèles — ou à les y réduire. Ces rapprochements séduisent un temps et s’effondrent avec la théorie du jour, entraînant dans leur chute la crédibilité de ceux qui y avaient adossé leur foi. Le croyant croit aux djinns parce qu’Allah en a parlé, dans un Livre dont l’authenticité et la véracité se démontrent par ailleurs — c’est tout l’objet de nos autres dossiers. Une fois la source établie digne de confiance, il est parfaitement rationnel d’accepter son information sur ce que nos instruments ne voient pas ; c’est ainsi que fonctionne toute connaissance par témoignage. Et l’on notera, sans en faire un argument, que l’humanité entière, sur tous les continents et à toutes les époques, a attesté d’expériences de ce monde invisible — unanimité étrange pour une pure invention, que relevait déjà Ibn Taymiyya.
43. Conclusion : l’équilibre des gens de la Sunna
Au terme de ce parcours, la doctrine se laisse résumer en quelques lignes. Les djinns existent : un monde créé de feu, antérieur au nôtre, invisible à nos yeux, doué de raison et de volonté, comprenant des croyants et des mécréants, responsable devant Allah et jugé comme nous. Ils mangent, se marient, meurent ; ils habitent nos marges et parfois nos maisons ; ils peuvent se montrer sous des formes empruntées, se déplacer à des vitesses prodigieuses — et ils ignorent l’invisible, ne créent rien, ne contrôlent rien, et n’ont sur le serviteur d’Allah aucune autorité, sinon le murmure. Leurs mécréants nous font la guerre par la suggestion, parfois par l’atteinte ; Allah nous a armés du rappel, du Coran et de la confiance en Lui, et Il a interdit les armes empoisonnées : devins, amulettes, pactes.
Ni négation, donc, ni obsession. Celui qui nie les djinns ampute la Révélation pour plaire à son siècle ; celui qui en fait le centre de sa vie religieuse leur accorde ce que le Diable espérait : la peur, la fascination, et finalement une part d’adoration. Entre les deux, le croyant marche le cœur tourné vers Allah seul, la langue occupée par Son rappel, dans un monde où « il ne peut leur nuire en rien, sauf avec la permission d’Allah ». Nous demandons à Allah — ’Azza wa Jalla — de nous protéger, nous et nos familles, du mal des démons des hommes et des djinns, de nous faire vivre sur la Sunna et mourir sur elle, et de faire de ce livret une œuvre utile, sincère pour Son Visage. Et notre dernière invocation est : louange à Allah, Seigneur des mondes.
HUITIÈME PARTIE — FANTÔMES, ESPRITS, ENTITÉS : LES GRANDES QUESTIONS MODERNES
44. Fantôme, esprit, entité, djinn : de quoi parlons-nous ?
Le lecteur francophone n’arrive pas devant ce sujet l’esprit vierge : il y arrive avec tout un vocabulaire hérité du folklore européen, du spiritisme du dix-neuvième siècle, du cinéma et des émissions de « paranormal ». Fantôme, revenant, esprit, entité, poltergeist, démon… Or ces mots ne sont pas interchangeables, et le premier service à rendre à la vérité est de les définir.
Le fantôme ou revenant. Dans l’imaginaire populaire, c’est l’âme d’un mort qui revient parmi les vivants, attachée à un lieu ou à une personne, parfois en quête de « réparation ». Cette notion, on le verra au chapitre suivant, est contraire à ce que la Révélation enseigne du devenir des âmes.
L’esprit. Mot élastique qui désigne, selon les cultures, l’âme d’un défunt, une puissance de la nature, un être surnaturel quelconque. Sa souplesse même le rend impropre à une discussion rigoureuse.
L’entité. Terme moderne, favori de l’ésotérisme contemporain, qui a l’apparence de la précision et n’en a aucune : une « entité » est n’importe quelle présence supposée. Ce n’est pas une catégorie de la Révélation.
Le poltergeist. Mot allemand (« esprit frappeur ») désignant les phénomènes de bruits et d’objets déplacés attribués à une présence invisible. Le mot décrit un phénomène rapporté ; il ne dit rien de sa cause réelle.
Le djinn. Catégorie précise de la Révélation : une créature réelle, créée de feu avant l’homme, douée de raison et de volonté, responsable devant Allah, invisible aux hommes sous sa forme réelle, distincte des anges, des hommes et des âmes des morts, comprenant des croyants et des mécréants. Rappelons-le une fois encore, car c’est l’erreur la plus répandue chez les non-musulmans : tout djinn n’est pas un démon — le démon (shaytan) est le rebelle d’entre eux.
La grille islamique est donc à la fois plus sobre et plus précise que le vocabulaire ambiant. Devant un phénomène rapporté, elle n’offre que trois tiroirs : l’explication naturelle (de très loin la plus fréquente : bâtiment, animaux, sommeil, imagination, fraude), l’intervention d’un djinn (possible, jamais certifiable au cas par cas), et le mensonge ou l’erreur du témoin. Elle n’a pas de tiroir « âme errante », pas de tiroir « énergie résiduelle », pas de tiroir « entité dimensionnelle ». Quant aux récits contemporains de « contacts » avec de prétendues intelligences — séances, channeling, apparitions diverses —, quand ils résistent à l’explication naturelle, ils cochent une à une les caractéristiques que les textes donnent des démons trompeurs : nous n’avons pas à trancher chaque cas particulier, mais nous connaissons le profil du menteur. Le musulman emploie donc le mot que la Révélation emploie, et laisse aux autres leurs mots flous.
45. Les morts reviennent-ils ? Le barzakh et la porte fermée du spiritisme
Presque toutes les cultures racontent des histoires de revenants : le défunt qui hante sa maison, l’aïeule aperçue dans le couloir, la voix du père mort qui appelle. L’islam répond à cette croyance universelle avec une netteté qui tranche. Écoutons le Coran décrire ce qui arrive à l’homme au moment de sa mort :
« Lorsque la mort se présente à l’un d’entre eux, il dit : “Seigneur ! Rends-moi à la vie, afin que je puisse accomplir les bonnes actions que j’ai délaissées.” Sûrement pas ! Ce ne sont là que des mots. Ils en seront empêchés jusqu’au Jour où ils seront ressuscités. »
Coran 23, 99-100
Le mot arabe que la traduction rend par « ils en seront empêchés » est barzakh : la barrière, l’isthme infranchissable. Il a donné son nom, dans la terminologie des savants, au monde intermédiaire où séjournent les âmes entre la mort et la Résurrection — dans la félicité pour les unes, dans le tourment pour les autres, mais toutes retenues derrière cette barrière. Celui-là même qui supplie de revenir pour faire le bien en est empêché : comment l’âme reviendrait-elle pour faire claquer des portes ? La conclusion est ferme : les âmes des morts ne rôdent pas dans les maisons, ne s’attachent pas aux lieux de leur mort, ne reviennent ni se venger ni « finir quelque chose ». La phrase « quelqu’un est mort ici, la maison est hantée par son esprit » n’a, en islam, strictement aucun fondement.
Deux précisions pour être complet. La première : voir un défunt en rêve est une tout autre question — le rêve véridique existe, les savants en ont traité, et il peut porter consolation ou rappel ; mais un rêve se produit dans le sommeil du vivant, il n’est pas un retour de l’âme dans la demeure, et le démon peut s’immiscer dans les songes comme on l’a vu. La seconde : les prétendues communications avec les morts — spiritisme, tables tournantes, planches de ouija, « médiums » qui transmettent des messages de l’au-delà — ne font pas parler les morts, puisque la barrière est infranchissable. Qui répond, alors, dans ces séances où des détails intimes du défunt sont parfois révélés ? Les gens de science l’expliquent : les démons, et en particulier le qarin qui a accompagné le défunt toute sa vie et connaît sa voix, ses manières et ses secrets, imitent le mort pour égarer les vivants — exactement comme ils prennent la forme des vivants et des sheikhs, on l’a vu au chapitre 41. Le spiritisme relève donc de la divination et du commerce avec les diables : il en porte l’interdit, et il en porte les fruits — dépendance, terreur, et culte des morts. L’islam a fermé cette porte des deux côtés : le défunt n’a besoin ni de nos séances ni de nos bougies ; il a besoin de nos invocations, de nos aumônes en sa faveur et de l’acquittement de ses dettes.
46. Maisons « hantées », bruits, silhouettes, vidéos : la méthode du croyant
Venons-en aux récits que chacun a entendus : des coups dans les murs, une silhouette au fond du couloir, son prénom appelé dans une pièce vide, un objet qui tombe, une maison « où il s’est passé quelque chose ». Comment un musulman sensé traite-t-il ces témoignages ? Par une méthode en trois règles, qui découle de tout ce livret.
Première règle : un témoignage n’est pas une preuve. Il faut distinguer trois niveaux qui n’ont pas la même autorité : la Révélation (Coran et Sunna authentique), qui fonde la croyance ; l’explication des savants, qui interprète ; et le témoignage personnel, qui peut être sincère et vrai, sincère et mal interprété, ou simplement inventé — et qui, même vrai, ne fonde jamais une croyance. Le récit de la voisine ne pèse rien face au verset du barzakh.
Deuxième règle : les causes naturelles d’abord. Une charpente qui travaille avec les écarts de température, une canalisation, un rongeur, un courant d’air, les états de demi-sommeil où l’on voit et entend des choses qui n’existent pas — phénomène banal et bien connu —, et la peur elle-même, qui transforme chaque craquement en pas et chaque manteau en silhouette. La peur n’est pas une preuve de présence. Quant aux vidéos qui saturent les plateformes et aux « chasseurs de fantômes » armés de détecteurs : ces appareils mesurent des grandeurs physiques parfaitement ordinaires — champs électromagnétiques, températures, sons — et une anomalie de mesure n’identifie rien ; une vidéo étrange, à l’ère du montage et des effets, encore moins. Nous avons établi au chapitre 42 que le monde des djinns échappe par définition à l’instrument : ceux qui prétendent le détecter au boîtier vendent du frisson, pas de la connaissance.
Troisième règle : ni identification, ni dialogue. Oui, des djinns peuvent résider dans des lieux — les ’oummar existent, les textes l’attestent — et il n’est donc pas impossible qu’un phénomène donné leur soit dû ; mais nul ne peut le certifier au cas par cas, et surtout nul n’a été chargé d’entrer en communication : pas de questions posées à voix haute, pas de « frappe un coup pour oui », pas de négociation — toutes pratiques qui imitent les devins et ouvrent la porte que le chapitre 39 a fermée. Ce qu’on fait est plus simple et plus efficace : on assainit le foyer de ce qui attire les diables et chasse les anges, on y fait vivre la mention d’Allah, la basmala aux entrées et aux repas, la sourate Al-Baqara qui met le démon en fuite, les invocations du matin et du soir — et l’on dort tranquille. Ni sel dans les angles, ni encens rituel, ni « nettoyage énergétique », ni exorciste payé au forfait : la maison du dhikr n’a rien à craindre.
47. Le génie de la lampe, les Mille et Une Nuits et Hollywood
Terminons par l’image que le grand public se fait des djinns, car elle vient rarement du Coran. Elle vient d’abord des Mille et Une Nuits, ce recueil de contes que l’Europe découvrit au début du dix-huitième siècle dans la traduction d’Antoine Galland — et c’est Galland qui, pour rendre le mot jinni, choisit le français « génie », dont la sonorité s’en rapprochait. Détail piquant : le conte le plus célèbre, celui d’Aladdin et de la lampe merveilleuse, ne figure dans aucun manuscrit arabe ancien du recueil ; Galland l’a ajouté d’après le récit oral d’un conteur syrien, Hanna Diyab. Le « génie de la lampe », esclave d’un objet, contraint d’exaucer trois vœux, appartient donc à la littérature — et à elle seule. Rien, dans la Révélation, ne fait d’un djinn le serviteur d’un anneau ou d’une lampe : même la soumission des djinns à Soulayman était un miracle accordé par Allah à un prophète, non le pouvoir d’un objet, et elle a pris fin avec lui.
Le cinéma a pris le relais en sens inverse : là où le conte faisait du djinn un serviteur débonnaire, le film d’horreur en fait une toute-puissance ricanante — possessions spectaculaires, têtes qui pivotent, exorcismes rituels à l’eau bénite, maisons qui saignent. Le résultat est un double dégât : les uns en retirent une terreur superstitieuse que les textes ne justifient pas — nous avons vu que le démon est faible, qu’il fuit l’adhan et qu’un verset le tient à distance une nuit entière — ; les autres, constatant l’absurdité du spectacle, jettent le sujet tout entier au rayon des contes, la vérité révélée avec. Le musulman, lui, ne prend sa croyance ni chez Galland, ni chez Disney, ni dans les studios d’horreur : il la prend là où elle se trouve — dans le Livre d’Allah et la Sunna de Son Messager —, et il y trouve un monde réel, borné, soumis, dont la description exacte est infiniment plus saine que sa légende.
ANNEXE A — RÉCAPITULATIF DES INVOCATIONS DE PROTECTION
Les formules ci-dessous constituent le bouclier quotidien du musulman. La translittération est simplifiée ; on veillera à apprendre la prononciation exacte auprès du texte arabe.
1. Le verset du Trône (Ayat al-Koursi) — après chaque prière et au coucher
« Allah ! Il n’est de divinité digne d’être adorée que Lui, le Dieu Vivant et Éternel. Il n’est gagné ni par le sommeil, ni même par la somnolence. Tout ce qui se trouve dans les cieux et sur la terre Lui appartient. Qui donc pourrait intercéder auprès de Lui sans Sa permission ? Il connaît leur avenir comme leur passé, tandis que les hommes n’embrassent de Sa science et de Ses mystères que ce qu’Il veut bien leur dévoiler. Son Koursi embrasse les cieux et la terre dont Il assure la pérennité sans aucune difficulté. Il est le Très Haut, le Très Glorieux. » (Coran 2, 255)
Vertu : « aucun démon ne t’approchera jusqu’au matin » — al-Boukhari, n° 2311.
2. Les trois dernières sourates — trois fois matin et soir, et au coucher
Sourate Al-Ikhlas, puis Al-Falaq : « Dis : J’implore la protection du Seigneur de l’aube, contre le mal qui se trouve dans ce qu’Il a créé, contre le mal de la nuit qui étend son obscurité, contre le charme maléfique de tous les sorciers, contre l’envieux qui donne libre cours à sa méchanceté » (Coran 113), puis An-Nas : « Dis : J’implore la protection du Seigneur des hommes, Maître des hommes, Dieu des hommes, contre le mal du démon qui se dérobe ou s’insinue chez l’homme, soufflant d’insidieuses pensées dans le cœur des hommes, qu’il soit du nombre des djinns ou du nombre des hommes » (Coran 114).
Abou Dawoud, n° 5082 et at-Tirmidhi, n° 3575 (authentifié) ; pour le coucher : al-Boukhari, n° 5017.
3. Les deux derniers versets d’Al-Baqara — chaque nuit
« Celui qui récite les deux derniers versets de la sourate Al-Baqara une nuit, ils lui suffisent. »
Al-Boukhari, n° 4008 ; Mouslim, n° 808.
4. La halte et le voyage
A’oudhou bi-kalimati Llahi t-tammati min sharri ma khalaq.
« Je me réfugie par les paroles parfaites d’Allah contre le mal de ce qu’Il a créé. » Celui qui la prononce en faisant halte quelque part, rien ne lui nuira jusqu’à son départ.
Mouslim, n° 2708.
5. La sortie de la maison
Bismillah, tawakkaltou ’ala Llah, wa la hawla wa la qouwwata illa billah.
« Au nom d’Allah, je place ma confiance en Allah ; il n’y a de force ni de puissance que par Allah. » Il lui est dit : tu es guidé, pris en charge et protégé — et le démon s’écarte de lui.
Abou Dawoud, n° 5095 ; at-Tirmidhi, n° 3426 (authentifié).
6. L’entrée aux toilettes
Allahoumma inni a’oudhou bika mina l-khoubouthi wa l-khaba’ith.
« Ô Allah, je me réfugie auprès de Toi contre les démons mâles et femelles. »
Al-Boukhari, n° 142 ; Mouslim, n° 375.
7. Le repas et l’entrée dans la maison
Bismillah.
Mentionner le nom d’Allah en entrant chez soi et en mangeant prive le démon du gîte et du dîner ; fermer les portes, couvrir les récipients et éteindre les feux le soir en mentionnant Allah.
Mouslim, n° 2018 et n° 2012.
8. Les rapports conjugaux
Bismillah. Allahoumma jannibna sh-shaytan, wa jannibi sh-shaytana ma razaqtana.
« Au nom d’Allah. Ô Allah, écarte de nous le démon, et écarte le démon de ce que Tu nous accorderas. » Si un enfant est décrété de cette union, le démon ne lui nuira pas.
Al-Boukhari, n° 141 ; Mouslim, n° 1434.
9. La colère, le mauvais rêve, les bruits de la nuit
A’oudhou billahi mina sh-shaytani r-rajim.
« Je me réfugie auprès d’Allah contre le démon lapidé » — en cas de colère ; après un mauvais rêve, souffler légèrement trois fois à gauche et se réfugier auprès d’Allah ; en entendant le braiment de l’âne la nuit, se réfugier auprès d’Allah, car il a vu un démon.
Al-Boukhari, n° 3282, 3292, 3303 ; Mouslim, n° 2610, 2261, 2729.
10. Matin et soir — protection globale
Bismillahi lladhi la yadourrou ma’a smihi shay’oun fil-ardi wa la fis-sama’i wa houwa s-Sami’ou l-’Alim (trois fois).
« Au nom d’Allah, Celui dont le nom protège de tout mal sur la terre et dans le ciel, et Il est l’Audient, l’Omniscient. » Celui qui la dit trois fois matin et soir, rien ne lui nuira.
Abou Dawoud, n° 5088 ; at-Tirmidhi, n° 3388 (authentifié).
11. Dans la prière, contre Khanzab
A’oudhou billahi mina sh-shaytani r-rajim — puis souffler légèrement trois fois vers la gauche.
Remède prescrit par le Prophète (que la prière et la paix soient sur lui) à ’Outhman ibn Abi al-’As contre le démon qui embrouille la prière et la récitation.
Mouslim, n° 2203.
ANNEXE B — L’ÉCHELLE DE CERTITUDE : PESER CE QU’ON LIT ET ENTEND
Le sujet des djinns charrie plus de récits invérifiables qu’aucun autre chapitre du dogme. Cette annexe donne au lecteur les outils pour trier, selon la règle qui gouverne tout ce livret : nous ne remplissons pas les silences de la Révélation avec notre imagination.
Les six niveaux de sources
Toute affirmation sur les djinns provient de l’un de ces six étages, classés par autorité décroissante — et chaque étage ne vaut que par sa conformité aux étages supérieurs. Premier niveau : le Coran, parole d’Allah, certitude absolue. Deuxième niveau : le hadith authentique (sahih ou hassan), qui fonde la croyance comme le Coran, une fois l’authenticité établie par les savants du hadith. Troisième niveau : la compréhension des compagnons, témoins de la Révélation, qui fixe le sens des textes. Quatrième niveau : les avis et interprétations des savants — précieux, mais discutables entre eux, et jamais au niveau du texte. Cinquième niveau : les récits historiques rapportés (comme l’homme enlevé à l’époque de ’Omar), qui peuvent être retenus s’ils sont transmis par des voies sérieuses, sans fonder de croyance. Sixième niveau : les témoignages contemporains et le folklore — recevables tout au plus comme anecdotes, jamais comme preuves. La plupart des dérives naissent d’une confusion d’étages : on cite un récit de sixième niveau avec l’assurance d’un verset.
Sept questions avant d’accepter une histoire
Devant tout récit concernant les djinns — dans un livre, une vidéo, une conversation — le lecteur posera ces questions dans l’ordre : où est le texte ? Est-il authentique ? Qui le rapporte, et cette personne est-elle fiable ? Les savants l’ont-ils reçu ou rejeté ? S’agit-il d’un fait établi ou d’une interprétation ? S’agit-il seulement d’un témoignage personnel ? Et enfin : est-ce compatible avec les textes établis ? Une seule réponse défaillante suffit à rétrograder le récit — non pas forcément à le déclarer faux, mais à lui refuser toute place dans la croyance.
Tableau récapitulatif
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ANNEXE C — QUARANTE QUESTIONS-RÉPONSES
Réponses brèves aux questions les plus fréquentes ; chacune renvoie aux développements et aux sources détaillées dans le corps du livret.
1. Les djinns existent-ils vraiment ?
Oui : le Coran, la Sunna authentique et le consensus des musulmans l’établissent ; une sourate entière porte leur nom.
2. De quoi sont-ils créés ?
D’un feu pur de toute fumée (Coran 55, 15), comme les anges le sont de lumière et l’homme d’argile.
3. Existaient-ils avant Adam ?
Oui, le Coran l’affirme (15, 27) ; la durée qui sépare les deux créations n’a pas été révélée.
4. Iblis est-il un ange déchu ?
Non : « il était du nombre des djinns » (Coran 18, 50). Les anges, eux, ne désobéissent jamais.
5. Tous les djinns sont-ils mauvais ?
Non : il y a parmi eux des croyants et des mécréants, des vertueux et des pervers (Coran 72, 11 et 14).
6. Quelle différence entre djinn et shaytan ?
Djinn est le nom du genre ; shaytan (démon) désigne le rebelle malfaisant — qu’il soit djinn ou homme (Coran 6, 112).
7. Qu’est-ce que le qarin ?
Le compagnon djinn assigné à chaque être humain pour lui suggérer le mal. Il suggère, il ne contraint pas, et l’homme répond de ses choix.
8. Pourquoi ne les voyons-nous pas ?
Parce qu’Allah l’a décrété ainsi : « il vous observe, lui et ses suppôts, tandis que vous-mêmes ne pouvez les voir » (Coran 7, 27). Leur nom même signifie « cachés ».
9. Peuvent-ils nous voir ?
Oui, le même verset l’affirme.
10. Peuvent-ils prendre une forme visible ?
Oui, avec la permission d’Allah : forme humaine (récit d’Abou Hourayra), serpent (Médine), chien noir. On voit alors la forme empruntée, non leur forme réelle.
11. Un démon peut-il prendre l’apparence du Prophète en rêve ?
Non : « celui qui m’a vu en rêve m’a réellement vu, car le démon ne peut prendre mon apparence » (al-Boukhari, n° 110).
12. Un djinn peut-il imiter un mort ?
C’est possible — les démons prennent des apparences pour tromper. L’âme du défunt, elle, ne revient pas.
13. Les fantômes existent-ils ?
Pas au sens d’âmes errantes : l’âme est retenue au barzakh (Coran 23, 100). Les phénomènes rapportés relèvent de causes naturelles, de l’imagination, ou parfois des djinns.
14. Un mort peut-il revenir hanter une maison ?
Non. La barrière du barzakh est infranchissable jusqu’à la Résurrection.
15. Le spiritisme fait-il parler les morts ?
Non : ce sont les démons qui imitent les défunts. La pratique relève de la divination et elle est interdite.
16. Les djinns mangent-ils ? Dorment-ils ?
Ils mangent — les os sur lesquels le nom d’Allah a été prononcé leur sont donnés en nourriture, et les démons partagent le repas pris sans basmala. Leur sommeil, lui, n’a pas été détaillé par les textes.
17. Se marient-ils, ont-ils des enfants ?
Oui : le Coran mentionne leurs mâles et leurs femelles ainsi que la descendance d’Iblis (72, 6 ; 18, 50 ; 55, 56).
18. Un mariage entre humain et djinn est-il possible ?
Les savants en ont discuté la possibilité et l’ont réprouvée — Malik notamment. Aucun texte ne l’encourage ; les récits contemporains sont à traiter avec la plus grande réserve.
19. Les djinns meurent-ils ?
Oui : « les djinns et les hommes meurent » (al-Boukhari, n° 7383). Seul Iblis a reçu un sursis — qui n’est pas une immortalité.
20. Un homme peut-il tuer un djinn ?
Sous une forme empruntée, oui : le jeune compagnon de Médine tua le serpent-djinn — et en mourut (Mouslim, n° 2236).
21. Où vivent-ils ?
Dans les ruines, les lieux impurs, les marchés ; certains, les ’oummar, résident dans les maisons des hommes.
22. Une maison peut-elle être « hantée » ?
Des djinns peuvent y résider, mais nul ne peut le certifier au cas par cas. Le remède est la mention d’Allah et la sourate Al-Baqara — pas les rituels inventés ni la terreur.
23. Pourquoi dire bismillah en entrant et en mangeant ?
Parce que cela prive le démon du gîte et du dîner, selon les termes mêmes du hadith (Mouslim, n° 2018).
24. Que faire d’un serpent trouvé dans la maison ?
Le sommer de partir trois jours durant, conformément à la Sunna ; s’il persiste, il peut être tué (Mouslim, n° 2236).
25. Les djinns lisent-ils nos pensées ?
Aucun texte ne l’affirme. Ils suggèrent (waswasa) et observent nos actes — ce qui suffit à leurs ruses.
26. Connaissent-ils l’avenir ?
Non : ils ont travaillé des jours sous le regard de Soulayman mort sans s’en apercevoir (Coran 34, 14), et le ciel leur est fermé.
27. Comment les voyants disent-ils parfois vrai ?
Une bribe dérobée par les démons, à laquelle le devin « ajoute cent mensonges » (al-Boukhari, n° 5762).
28. Consulter un voyant « juste pour voir » ?
La prière de celui qui l’interroge n’est pas acceptée quarante nuits ; le croire, c’est mécroire en la Révélation (Mouslim, n° 2230 ; Abou Dawoud, n° 3904).
29. Et l’astrologie, les horoscopes ?
Une branche de la sorcellerie, selon le hadith (Abou Dawoud, n° 3905).
30. La possession est-elle réelle ?
Oui — le Coran la mentionne (2, 275) et Ibn Taymiyya rapporte qu’aucun imam des musulmans ne la nie. Mais elle est rare.
31. Toute épilepsie ou maladie psychique est-elle un djinn ?
Non : Ibn al-Qayyim distingue le sar’ des esprits et celui des causes corporelles. On consulte les médecins et l’on pratique la roqya — les deux ensemble.
32. Pourquoi un djinn s’en prend-il à quelqu’un ?
Trois causes selon Ibn Taymiyya : la passion, la vengeance d’un tort souvent involontaire, ou la pure malveillance.
33. Comment se protéger au quotidien ?
Par les invocations légiférées : verset du Trône, trois dernières sourates, deux derniers versets d’Al-Baqara, basmala, invocations des moments — voir l’annexe A.
34. Puis-je faire ma roqya moi-même ?
Oui, et c’est la meilleure : Fatiha, verset du Trône, dernières sourates, invocations prophétiques, sur soi ou sur l’eau que l’on boit.
35. Comment reconnaître un charlatan ?
Il demande le prénom de la mère, réclame sacrifices ou talismans, dialogue en spectacle avec les djinns, prétend révéler le sorcier ou l’avenir, s’isole avec les femmes, transforme le soin en commerce.
36. Les amulettes contenant du Coran sont-elles permises ?
Les savants ont divergé ; l’avis le plus prudent — celui d’Ibn Mas’oud — est de s’en abstenir : le Coran se récite et ne se porte pas.
37. Peut-on se faire aider d’un « djinn musulman » ?
Non : les savants, dont Ibn Baz et al-Albani, l’ont interdit — on ne peut vérifier ni sa religion ni sa véracité, et le procédé imite les devins.
38. Le sel, l’encens, les bains rituels chassent-ils les djinns ?
Aucun fondement dans la Révélation. Ce qui chasse le démon est établi par les textes : l’adhan, le dhikr, Al-Baqara.
39. Le génie de la lampe existe-t-il ?
C’est un personnage littéraire des Mille et Une Nuits, popularisé par la traduction de Galland. Aucun djinn n’est l’esclave d’un objet.
40. Faut-il avoir peur des djinns ?
Non : « n’ayez pas peur d’eux, mais ayez peur de Moi, si vous êtes croyants » (Coran 3, 175, sens du verset). La crainte servile des djinns fut l’erreur des païens — et elle ne fait qu’enhardir les démons (Coran 72, 6).
BIBLIOGRAPHIE
Sources scripturaires. Le Noble Coran — traduction du sens des versets par Rachid Maach (lecoranenfrancais.com). Sahih al-Boukhari. Sahih Mouslim. Sounan Abou Dawoud. Jami’ at-Tirmidhi. Mousnad de l’imam Ahmad. Al-Moustadrak d’al-Hakim. Al-Mou’jam al-kabir d’at-Tabarani.
Exégèses. Jami’ al-bayan (Tafsir at-Tabari), d’Abou Ja’far at-Tabari (m. 310 H). Al-Jami’ li-ahkam al-Qour’an (Tafsir al-Qourtoubi), d’al-Qourtoubi (m. 671 H). Tafsir al-Qour’an al-’adhim, d’Ibn Kathir (m. 774 H).
Monographies et références classiques. Akam al-marjan fi ahkam al-jann, de Badr ad-Din ash-Shibli (m. 769 H) — la référence classique sur les statuts des djinns. Laqt al-marjan fi ahkam al-jann, de Jalal ad-Din as-Souyouti (m. 911 H). Idah ad-dalala fi ’oumoum ar-rissala (épître sur les djinns) et Majmou’ al-Fatawa (notamment tomes 19 et 24), de Sheikh al-islam Ibn Taymiyya (m. 728 H). Al-Fourqan bayna awliya ar-Rahman wa awliya ash-shaytan, du même auteur. Zad al-ma’ad fi hadyi khayri l-’ibad (chapitres de médecine prophétique), d’Ibn al-Qayyim al-Jawziyya (m. 751 H). Fath al-Bari bi-sharh Sahih al-Boukhari, d’Ibn Hajar al-’Asqalani (m. 852 H). Al-Minhaj bi-sharh Sahih Mouslim, d’an-Nawawi (m. 676 H). Talbis Iblis, d’Ibn al-Jawzi (m. 597 H).
Ouvrages récents dans la voie des anciens. ’Alam al-jinn wa ash-shayatin (Le monde des djinns et des démons), de ’Omar Soulayman al-Ashqar — synthèse contemporaine fidèle aux sources. Les recueils de fatwas et d’authentifications des sheikhs Ibn Baz, Ibn ’Outhaymin et al-Albani, notamment Sahih al-Jami’ as-saghir et les Silsila d’al-Albani pour les jugements de hadiths cités dans ce livret.
Composition : convertistoislam.fr — libre diffusion à des fins d’enseignement, avec mention de la source. Qu’Allah rétribue tous ceux dont les efforts ont nourri ce travail.
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