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« On ne connaît pas la vérité par les hommes, mais connais donc la vérité, et après tu connaîtras ceux qui la suivent. »


Le Coran, la Science et le Piège du Concordisme

Publié par convertistoislam - l'islam pour tous sur 20 Mars 2026, 11:50am

Le Coran, la Science et le Piège du Concordisme


Le Coran, la Science

et le Piège du Concordisme

 

Pourquoi la science n’est ni une preuve du Coran,ni un obstacle à sa vérité — mais une invitation à méditer

 

أَفَلَا يَتَدَبَّرُونَ الْقُرْآنَ

« Ne méditent-ils pas sur le Coran ? » — Sourate An-Nisâ’ (4:82)

 

Introduction : un malentendu à dissiper

Depuis les années 1970 et la publication du célèbre ouvrage de Maurice Bucaille, La Bible, le Coran et la Science, un courant puissant s’est développé dans le monde musulman : celui des « miracles scientifiques du Coran ». L’idée : démontrer que le Coran contient des connaissances scientifiques modernes impossibles à connaître au VIIe siècle, et que c’est là une preuve de son origine divine.

Cette approche, appelée « concordisme », a séduit des millions de musulmans. Elle a aussi été critiquée — et pas seulement par des non-musulmans. Des savants musulmans de premier plan, des uloumas et des intellectuels ont alerté sur ses dangers.

Cet article ne vise pas à nier toute convergence entre le Coran et la science. Il vise à poser la bonne question : quelle est la véritable nature du Coran, et quel est le bon rapport à entretenir avec la science quand on est croyant ?

I. Le concordisme : qu’est-ce que c’est, et pourquoi c’est un piège ?

Le concordisme est un système d’interprétation qui consiste à relire un texte sacré pour le faire coïncider avec les découvertes scientifiques d’une époque. Il est né au XIXe siècle dans le monde chrétien, quand l’Église a tenté de réconcilier la Genèse avec la géologie et l’évolution. Il s’est ensuite massivement développé dans le monde musulman à partir des années 1970.

Le problème fondamental du concordisme tient en une phrase : la science est empirique et révisable, le Coran est définitif et immuable.

Quand on « prouve » la vérité du Coran par une théorie scientifique, on fait dépendre la Parole éternelle d’Allah d’un savoir humain provisoire. Or la science change. Elle évolue. Ce qui est tenu pour vrai aujourd’hui peut être révisé demain. Et si la théorie change, le verset est-il soudain « réfuté » ? Bien sûr que non — mais c’est là le piège dans lequel le concordisme enferme le croyant.

Un exemple concret : les « sept couches de l’atmosphère »

Le Coran mentionne à plusieurs reprises les « sept cieux » (sab‘a samâwât). Des concordistes ont affirmé que cela correspondait aux sept couches de l’atmosphère terrestre : troposphère, stratosphère, mésosphère, thermosphère, exosphère, ionosphère, magnétosphère. « Sept couches, sept cieux ! C’est un miracle ! »

Problème : le nombre de « couches » de l’atmosphère dépend entièrement du critère de classification utilisé. Si on classe par température, on obtient cinq couches (le modèle standard). Si on classe par composition chimique, on en obtient deux (homosphère et hétérosphère). Si on mélange les critères — comme le font les concordistes — on peut obtenir six, sept, huit ou même neuf « couches ». Le chiffre sept n’est pas une donnée scientifique fixe : c’est un résultat que l’on obtient en sélectionnant les critères qui arrangent.

D’où le danger : un jour, un interlocuteur un peu informé rétorque que l’atmosphère a cinq couches, pas sept. Et le musulman qui avait bâti sa conviction sur cette « preuve » se retrouve déstabilisé — non pas parce que le Coran a tort, mais parce qu’on lui a vendu une interprétation fragile comme si c’était un pilier de foi.

L’astrophysicien musulman Nidhal Guessoum, professeur à l’Université américaine de Sharjah, est l’un des critiques les plus lucides de cette dérive. Il a déclaré que les analyses concordistes sont souvent basées sur des connaissances scientifiques « superficielles, médiocres, erronées, ou même obsolètes », et que les interprétations qu’elles font des versets sont « tendancieuses, pour ne pas dire tirées par les cheveux ».

 

II. Le Coran ne défie pas par la science — il défie chaque époque dans ce qu’elle maîtrise le mieux

C’est ici que la réflexion devient passionnante. Car le Coran n’est pas un livre de science. Il n’a jamais prétendu l’être. Mais il fait quelque chose de bien plus profond : à chaque époque, la Révélation divine lance un défi aux hommes dans le domaine exact où ils sont le plus fiers, le plus assurés de leur supériorité.

Ce schéma est constant à travers l’histoire des prophètes. Et il révèle quelque chose de majestueux sur la manière dont Allah s’adresse aux civilisations humaines.

Mûšâ (‘alayhi salam) face à la magie

À l’époque de Pharaon, l’Égypte était au sommet de son art dans un domaine : la magie et la sorcellerie. Les magiciens de la cour étaient l’élite intellectuelle, vénérés, puissants, redoutés. Pharaon les avait placés sur un piédestal car ils représentaient le sommet du savoir-faire humain de leur temps.

Et c’est précisément là que le défi tombe. Mûšâ arrive avec un bâton qui se transforme en serpent — non pas un tour de magie, mais un miracle réel. Le Coran nous dit que les magiciens, eux, « ensorcelèrent les yeux des gens » (7:116) — ils créèrent une illusion. Mais ce que fit Mûšâ « dévora ce qu’ils avaient fabriqué » (20:69). Les plus grands experts du domaine ont immédiatement compris la différence entre leur illusion et la réalité du miracle. Et ils se sont prosternés, disant : « Nous croyons au Seigneur de Mûšâ et Hârûn » (20:70).

Le défi frappe exactement là où l’orgueil est le plus haut. Ce ne sont pas les paysans qui se prosternent en premier — ce sont les experts.

‘Îsâ (‘alayhi salam) face à la médecine

À l’époque de Jésus, la médecine grecque était considérée comme l’un des accomplissements les plus hauts de la civilisation. Hippocrate, Galien — les Grecs pensaient avoir percé les secrets du corps humain. Les médecins étaient respectés comme des quasi-divinités.

Et voilà que ‘Îsâ arrive et guérit les aveugles de naissance, les lépreux, et ressuscite les morts — par la permission d’Allah. Le Coran nous le rappelle : « Je guéris l’aveugle de naissance et le lépreux, et je ressuscite les morts, par la permission d’Allah » (3:49). Ses miracles ne sont pas médicaux. Ils dépassent la médecine. Ils disent aux hommes : votre science la plus aboutie, la plus fierté, la plus célébrée — elle n’est rien face à la puissance de Celui qui a créé le corps lui-même.

Muḥammad ﷺ face à l’éloquence

Les Arabes du VIIe siècle n’avaient pas de temples monumentaux comme les Égyptiens, pas de médecine sophistiquée comme les Grecs. Mais ils avaient un art qu’ils avaient poussé à un degré inégalé dans l’histoire humaine : la poésie. La langue arabe était leur trésor, leur fierté, leur identité. Les poètes étaient les rock stars, les leaders d’opinion, les propagandistes de leur civilisation. Les Mu‘allaqât (« les suspendues »), sept poèmes élus et accrochés aux murs de la Ka‘ba, représentaient le sommet absolu de l’expression humaine.

Et c’est dans ce domaine exact que le Coran lance son défi : « Si vous êtes dans le doute au sujet de ce que Nous avons révélé à Notre serviteur, produisez donc une sourate semblable » (2:23). Ce défi n’a jamais été relevé. En quatorze siècles, personne n’a produit un texte qui soit reconnu, même par les détracteurs de l’islam, comme égalant l’éloquence coranique.

Al-Walîd ibn al-Mughîra, l’un des plus grands poètes de Quraysh et farouche ennemi du Prophète ﷺ, a dit en écoutant le Coran : « Par Allah, ce que cet homme dit ne ressemble ni à la parole des humains ni à celle des djinns. Il a une douceur et une grâce. Son sommet est fécond et sa base est fertile. Il domine et ne saurait être dominé. » Il le savait — en tant qu’expert — et il l’a avoué, même sans se convertir.

 

III. Le schéma universel : l’orgueil humain défié

Ce qui émerge de cette lecture, c’est un schéma intemporel. À chaque époque, les hommes sont convaincus d’être au sommet. Leur civilisation, leur savoir-faire, leur technologie — c’est à leurs yeux l’aboutissement ultime. Et à chaque fois, Allah envoie un signe qui les dépasse dans leur propre domaine d’excellence.

L’Égypte excelle en magie → Mûšâ apporte un miracle qui dépasse toute magie.La Grèce excelle en médecine → ‘Îsâ guérit ce qu’aucun médecin ne peut guérir.L’Arabie excelle en éloquence → Le Coran dépasse toute poésie humaine.

Et notre époque ? Nous vivons dans la civilisation de la science. La technologie. La donnée mesurable. Le savoir empirique. Nous sommes convaincus que si quelque chose ne peut pas être mesuré, observé, quantifié, alors il n’existe pas.

Alors le Coran, ce même Coran révélé il y a 14 siècles, se retrouve examiné par des astronomes, des embryologistes, des physiciens — et il tient. Non pas parce qu’il est un livre de science, mais parce qu’il n’est jamais en contradiction avec la réalité observable. Et cela, aucun autre texte rédigé il y a quatorze siècles ne peut en dire autant. C’est là le véritable signe — non pas un miracle « scientifique », mais une cohérence intemporelle qui défie l’usure du temps.

IV. Ce que les savants musulmans ont dit contre le concordisme

Le rejet du concordisme n’est pas une position moderniste ou séculière. C’est une position ancienne, fondée sur la compréhension correcte de la nature du Coran.

Ishâq al-Shâtibî (XVe siècle), l’un des plus grands savants du droit islamique, a écrit : « Beaucoup de personnes exagèrent dans leur sollicitude pour le Coran en lui rattachant toutes les sciences connues des anciens et des modernes. » Pour lui, c’est une forme de déformation du texte, qui lui fait porter une charge qu’il n’a pas vocation à porter.

Amîn al-Khûlî (m. 1966), titulaire de la chaire d’exégèse à l’Université du Caire, a combattu cette lecture tout au long de sa carrière, rappelant que le Coran est un livre de guidance spirituelle et morale, pas un traité de physique ou de biologie.

Nidhal Guessoum résume parfaitement le problème : le concordisme « embrouille les musulmans en leur faisant croire que la science n’est pas nécessaire, qu’on peut simplement aller voir dans le Coran et y trouver les vérités scientifiques ». En d’autres termes, au lieu de pousser les musulmans vers la recherche scientifique, le concordisme les en éloigne en leur donnant l’illusion que tout est déjà révélé.

 

V. Christianisme et Islam : deux rapports radicalement différents à la science

Et c’est peut-être là le point le plus important de tout cet article.

Dans le christianisme, la science a été vécue comme un obstacle à la foi. L’Église a condamné Galilée pour avoir affirmé que la Terre tournait autour du Soleil. Elle a combattu Darwin. Elle a brûlé Giordano Bruno. Pendant des siècles, la science a été perçue comme une menace pour la doctrine chrétienne. Et l’histoire de l’Occident moderne est, en partie, l’histoire de la séparation douloureuse entre la foi et la raison.

En Islam, c’est le contraire. Le premier mot révélé du Coran est « Iqra’ » — « Lis ». Le Prophète ﷺ a dit : « La quête du savoir est une obligation pour chaque musulman » (Ibn Mâjah, 224). L’Islam a fondé les premières universités du monde (Al-Qarawiyyîn en 859, Al-Azhar en 970). L’âge d’or islamique a produit des géants de la science : Ibn Sina en médecine, Al-Khwârizmî en mathématiques (le mot « algorithme » vient de son nom), Ibn al-Haytham en optique (considéré comme le père de la méthode scientifique moderne).

La science n’a jamais été un obstacle pour l’Islam. Et l’Islam n’a jamais été un obstacle pour la science. Ce n’est pas un hasard : le Coran, à la différence de la Bible, n’a jamais fait de déclarations scientifiques précises qui seraient contredites par la réalité observable. Il invite à observer, contempler, réfléchir — sans enfermer l’observation dans un cadre doctrinal rigide.

La science, en Islam, n’est ni un pilier de compréhension du Coran, ni un adversaire à combattre. C’est un complément. Un outil de contemplation parmi d’autres. Une manière de répondre à l’injonction coranique : « Observez ce qui est dans les cieux et la terre » (10:101). Observer, pas prouver. Méditer, pas démontrer.

VI. La bonne posture : la science au service de la méditation, pas de l’apologétique

Alors, faut-il ignorer la science quand on lit le Coran ? Absolument pas. Ce serait ignorer l’invitation même du Coran, qui dit à des dizaines de reprises : « Afa-lâ ta‘qilûn » — « Ne réfléchissez-vous donc pas ? »

La bonne posture est celle-ci : quand tu lis un verset qui parle de la création des cieux, de la formation de l’embryon, de l’eau comme source de toute vie — la science t’aide à saisir la profondeur de ce que tu lis. Elle t’aide à mesurer l’ampleur de ce qui est dit. Elle enrichit ta contemplation. Mais elle n’est pas la source de ta foi. Ta foi repose sur la Parole d’Allah, sur la cohérence intégrale du Coran, sur la véracité du Prophète ﷺ, sur l’expérience spirituelle de millions de croyants à travers les siècles.

Quand le Coran dit « Nous avons fait de l’eau toute chose vivante » (21:30), la biologie moderne confirme que l’eau est le solvant universel de toute réaction biochimique et que toute cellule vivante est composée majoritairement d’eau. Cela enrichit ta méditation. Mais même si demain la biologie découvre une forme de vie sans eau sur une exoplanète lointaine, le verset ne sera pas « réfuté » — car le Coran parle de la création telle qu’Allah l’a voulue sur cette Terre, pour cette humanité, dans cette réalité.

La différence entre le concordiste et le méditant est fondamentale : le concordiste dit « la science prouve le Coran ». Le méditant dit « le Coran m’invite à observer la création, et quand j’observe, ma conscience de la grandeur d’Allah s’approfondit ». Le premier fait dépendre le Coran de la science. Le second fait de la science un chemin vers la contemplation. L’un est fragile. L’autre est inébranlable.

 

Conclusion : le Coran ne vieillit pas

Chaque siècle, chaque civilisation, chaque génération croit être au sommet. Les Égyptiens croyaient que leur magie était invincible. Les Grecs croyaient que leur philosophie était définitive. Les Arabes croyaient que personne ne pouvait égaler leur poésie. Les Européens croyaient que la raison avait remplacé la foi. Nous croyons que la science a tout expliqué.

Et à chaque fois, le Coran est là. Inchangé. Pas une lettre modifiée. Pas une voyelle ajoutée. Et il continue de parler à chaque époque dans sa langue, de défier chaque orgueil dans son domaine, d’ouvrir chaque esprit à une réalité qui le dépasse.

Le Coran n’a pas besoin de la science pour être vrai. Mais la science, quand elle est pratiquée avec sincérité, avec humilité, avec émerveillement, ne fait que confirmer ce que le croyant sait déjà dans son cœur : qu’il y a derrière tout cela un Créateur, Tout-Puissant, Omniscient, sans faille, Majestueux, Magnifique.

سَنُرِيهِمْ آيَاتِنَا فِي الْآفَاقِ وَفِي أَنفُسِهِمْ حَتَّىٰ يَتَبَيَّنَ لَهُمْ أَنَّهُ الْحَقُّ

« Nous leur montrerons Nos signes dans les horizons et en eux-mêmes, jusqu’à ce qu’il leur devienne évident que c’est la Vérité. »

Sourate Fussilat (41:53)

Sources & références

  • Maurice Bucaille, La Bible, le Coran et la Science, Seghers, 1976.
  • Nidhal Guessoum, entretien avec Oumma.com, « Islam et science moderne : les questions qui fâchent ».
  • Faouzia Charfi, L’Islam et la Science — En finir avec les compromis, Odile Jacob, 2021.
  • Ishâq al-Shâtibî (m. 1388), cité dans Amîn al-Khûlî, sur la critique de l’interprétation scientifiste du Coran.
  • Faouzia Charfi, La Science voilée, Odile Jacob, 2013 — Chapitre sur le concordisme.
  • Cairn.info, « Les lectures scientifiques du Coran : de l’exégèse aux miracles scientifiques », Raison Présente, 2018.
  • Oasis Center, « Quand la science lit le Coran » — Analyse des trois positions des oulémas face à l’exégèse scientifique.
  • Sunan Ibn Mâjah, hadith n°224 ; Sahih Al-Bukhârî ; Sahih Muslim.
  • Tafsîr Ibn Kathîr, Tafsîr Al-Qurtubî — Versets cités dans cet article.
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