À toi qui lis ces mots dans un coin de silence,
Toi dont la foi s’est effilée,
dont la mémoire a parfois blessé,
dont le cœur s’est durci par défense…
Reçois cette lettre sans reproches, sans chaînes, sans arrogance.
Juste une main tendue, une parole douce,
un murmure parmi les secousses.
Tu n’as pas quitté l’islam : tu as quitté son ombre déformée.
On t’a montré un islam de poussière et de coutumes,
Un islam où la culture se mêle au sacré,
où l’obligation devient costume,
où la peur écrase la vérité.
On t’a transmis un héritage brisé,
Des interdits agités comme des épées,
Des traditions humaines couronnées comme des lois,
Et trop peu de lumière, trop peu de joie.
Est-ce ta faute si tu n’as connu qu’un écho
Au lieu du message limpide,
Qu’une imitation fragile
Au lieu du parfum du Prophète ﷺ, subtil et beau ?
Non.
Tu as rejeté une image ternie,
Pas la lumière qui l’illumine.
Tu as fui une forme vide,
Pas la vérité qui y chemine.
Puis vint l’Occident, brillant, rapide, séduisant.
Les villes éclairées, les vitrines pleines,
Les promesses de liberté sans chaînes.
Mais derrière les néons et le bruit,
Tu as peut-être senti, toi aussi,
Que la modernité a un goût amer :
celui de la solitude derrière le fer,
celui des familles dispersées,
des cœurs pressés, stressés, oppressés.
On a remplacé les racines par l’écran,
La sagesse par le divertissement,
La chaleur de la maison par l’appartement,
La communauté par l’isolement.
Et pendant que l’Occident te disait : « Regarde, avance ! »,
Les pays musulmans, eux, semblaient danser
Sur des blessures, des injustices, des souffrances.
Alors ton esprit a fait le lien le plus facile,
celui que beaucoup font sans recul ni fil :
« Si nos terres souffrent, c’est que l’islam est inutile. »
Mais ce lien n’est qu’un mirage brûlant,
comme une oasis qui tremble au loin dans le vent.
Les peuples ont chuté, non par trop d’islam,
Mais par manque de sa justice,
de son savoir,
de son âme.
Quand l’islam était vécu dans sa clarté,
les civilisations s’élevaient,
les sciences brillaient,
le monde apprenait.
Aujourd’hui qu’il est délaissé,
les nations s’égarent,
les valeurs se séparent.
Le problème n’est pas la lumière,
mais l’abandon de sa prière.
Puis il y a ce paradoxe qui revient toujours…
Dire que l’on a quitté l’islam,
mais passer ses jours et ses nuits
à combattre son nom,
à scruter sa moindre ombre,
à guetter son moindre bruit.
Peut-on vraiment détester
ce qu’on ne regarde plus ?
Peut-on tourner la page
quand le livre s’ouvre encore malgré nous ?
Souvent, ce que l’on attaque,
c’est ce qu’on n’a pas compris.
Ce que l’on ridiculise,
c’est ce qui nous a fait réfléchir.
Ce que l’on fuit,
c’est ce qui nous appelle encore dans la nuit.
Il n’y a pas de honte à le dire :
parfois, la colère cache le souvenir.
Et l’islam, lui, reste comme le soleil.
On peut souffler dessus mille ans,
Il brûlera encore doucement.
On peut lui tourner le dos,
Il éclairera toujours le haut.
On peut insulter sa voie,
Il reste ce qu’il doit être,
Pas ce qu’on en dit,
mais ce qu’il est,
au fond de l’âme,
au fond de la vie.
Les empires ont voulu l’éteindre,
les rois, les armées, les idées.
Tous se sont dissipés…
Et l’islam est resté.
Car on n’éteint pas
ce que Dieu a allumé.
Et toi… tu n’es jamais trop loin pour revenir.
Dieu ne garde aucune rancune,
Il n’a pas de compte à rendre,
Il ne ferme pas la porte,
Il attend que tu reviennes prendre
le fil de ta lumière ancienne,
celle qui dormait mais ne s’éteignait jamais.
Un pas,
un seul,
et le chemin s’éclaire.
Allah dit :
« Ô Mes serviteurs qui avez commis des excès contre vous-mêmes, ne désespérez pas de la miséricorde d’Allah.
Il pardonne tous les péchés. Il est certes le Pardonneur, le Très Miséricordieux. »
(39:53)
Ce verset est une main tendue,
une promesse jamais rompue.
Et pour conclure… une dernière lumière,
un dernier appel, comme une brise dans la nuit :
« Et revenez repentants vers votre Seigneur
avant que ne vous atteigne le châtiment…
et suivez le meilleur de ce qui vous a été révélé. »
(s39:54–55)
Que ton cœur se repose,
que ton âme se dépose,
et que ton retour — si un jour il vient —
soit un lever de soleil
après de longues ombres sur ton chemin.
* * *
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