بِسْمِ اللّهِ الرّحْمٰنِ الرّحِيمِ
Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux
MYTHES & STÉRÉOTYPES SUR L’ISLAM
Dossier n° 1
L’islam, une nouvelle
religion ?
Enquête sur l’âge véritable de la plus ancienne des religions
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convertistoislam.fr
I. Le mythe et son apparente évidence
Dans l’esprit du grand public, l’affaire paraît entendue : l’islam serait la plus jeune des grandes religions. Né dans le désert d’Arabie au VIIᵉ siècle de notre ère, vieux d’environ quatorze siècles, fondé par un homme nommé Mouhammad, il arriverait bien après le judaïsme et le christianisme — dont il ne serait, au mieux, qu’un rejeton tardif, au pire une imitation. On en conclut volontiers qu’il s’agit d’une religion « récente », une nouveauté de l’Histoire.
L’argument semble imparable, car les dates sont les dates : l’hégire correspond à l’an 622, et nul ne prétend que le Coran ait été révélé avant cette époque. Pourtant, cette évidence repose tout entière sur un malentendu : celui du sens même du mot « islam ». Car vu de l’intérieur, l’islam ne se présente nullement comme la plus jeune des religions, mais comme la plus ancienne — aussi ancienne que le premier être humain. Ce dossier examine cette prétention à la lumière du Coran, de la Sunna et des grands exégètes, et montre pourquoi la thèse de la « religion nouvelle » confond la date d’une législation avec l’âge d’une foi.
II. Renverser la question : que signifie le mot « islam » ?
Avant d’être le nom d’une communauté, « islam » est un nom commun de la langue arabe. Il signifie soumission, abandon, remise totale de soi à Dieu. Il partage sa racine avec le mot salam, la paix : entrer en islam, c’est entrer en paix avec son Créateur en s’en remettant librement à Sa volonté. Et le muslim, le « musulman », n’est rien d’autre, étymologiquement, que celui qui se soumet au Dieu unique. Le terme décrit donc, d’abord, une relation entre la créature et son Seigneur, et non une appartenance datable.
Cette précision change tout, car le mot possède deux acceptions qu’il importe de ne jamais confondre.
Au sens général : est « soumis » (muslim) quiconque, en toute époque, a reconnu et adoré le Dieu unique. En ce sens, tous les prophètes — d’Adam à Jésus — ainsi que ceux qui les ont suivis, étaient musulmans.
Au sens particulier : « l’islam » désigne la forme finale et accomplie de cette même religion, celle que Dieu a confiée à Mouhammad (paix et bénédictions sur lui) pour l’humanité entière.
Le mythe de la « religion nouvelle » naît précisément de la confusion entre ces deux niveaux : il prend la date de la forme finale pour l’âge de la religion elle-même. C’est confondre la date à laquelle un fleuve reçoit son nom définitif avec le jour où sa source a commencé à couler.
III. Le Coran : une seule et même religion depuis le premier homme
Le Coran enseigne sans la moindre ambiguïté que la religion de Dieu est une, identique d’un prophète à l’autre. Il pose d’emblée le principe :
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Loin de désigner une confession parmi d’autres apparue tardivement, ce verset affirme que la soumission au Dieu unique est l’unique religion que Dieu ait jamais agréée, en tout temps. Le verset suivant en donne la preuve la plus saisissante, en nommant explicitement cinq prophètes séparés par des millénaires :
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Noé, Abraham, Moïse, Jésus, Mouhammad : à tous, Dieu déclare avoir prescrit la même religion. L’implication est vertigineuse — ce que ces prophètes ont enseigné au fil des âges n’était pas cinq religions différentes, mais une seule. Le cœur de ce message constant, c’est le tawhîd : l’adoration de Dieu seul, sans associé. D’autres versets le martèlent :
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Chaque mission prophétique se ramène ainsi à un seul et même appel : n’adorez que Dieu. C’est cela, l’islam. Et c’est pourquoi le Coran avertit que nulle autre voie ne sera reçue :
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Commentant le verset 13 de la sourate 42, Ibn Kathîr rappelle que l’ensemble des messagers professaient une religion unique — l’adoration de Dieu seul — quand bien même leurs législations particulières différaient. De même, At-Tabarî explique que l’islam mentionné au verset 3:19 désigne la soumission humble et l’obéissance à Dieu par lesquelles Il a été adoré à chaque époque. La religion, pour ces savants, n’a jamais changé dans son fondement : elle a seulement reçu, d’un prophète à l’autre, des formes légales adaptées.
IV. Abraham, « soumis » bien avant le judaïsme et le christianisme
Le cas d’Abraham est, à lui seul, décisif. À Médine, juifs et chrétiens revendiquaient chacun le patriarche pour eux-mêmes. Le Coran tranche ce différend par un argument d’une logique implacable : la chronologie.
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L’argument est imparable : les étiquettes « juif » et « chrétien » renvoient à des religions constituées par la Torah de Moïse et par l’Évangile de Jésus — deux révélations postérieures de plusieurs siècles à Abraham. Le patriarche ne pouvait donc appartenir à aucune des deux. Que fut-il alors ?
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« Entièrement soumis au Seigneur » : c’est, mot pour mot, la définition du muslim. Le Coran qualifie Abraham de hanîf — monothéiste pur, détaché de toute idolâtrie — et de soumis à Dieu. Tirons-en la conséquence : la religion de la soumission au Dieu unique est plus ancienne que les religions qui portent un nom. Abraham priait le Créateur unique des siècles avant que n’existent, comme systèmes constitués, le judaïsme et le christianisme. Comment, dès lors, l’islam pourrait-il n’avoir que quatorze siècles, si sa substance même — la soumission au Dieu unique — est déjà la foi d’Abraham, de Noé et du premier homme ?
Loin de s’opposer aux prophètes antérieurs, l’islam revendique d’être leur religion même. Le credo musulman professe d’ailleurs explicitement la foi en tous, sans distinction :
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V. Une religion (dîn), des législations (sharâ’iʿ) : la clé de l’apparente nouveauté
Comment, alors, expliquer que l’islam paraisse « nouveau » ? La réponse tient dans une distinction classique, fondamentale et trop souvent ignorée : celle entre le dîn et la sharîʿa.
Le dîn : le fondement, immuable
Le dîn désigne le socle de croyance : la foi en un Dieu unique, en Ses anges, en Ses Livres, en Ses messagers, au Jour dernier, et l’adoration de Dieu seul. Ce fondement est un et identique, du premier prophète jusqu’au dernier. Il n’a jamais varié d’un cheveu.
La sharîʿa : la loi, adaptée à chaque époque
La sharîʿa désigne la législation concrète : les modalités de la prière, les règles du jeûne, les aliments licites et interdits, les dispositions pénales et civiles. Or celles-ci ont varié d’un prophète à l’autre, ajustées à chaque peuple et à chaque temps. Le Coran l’énonce expressément lorsqu’il rappelle qu’à chaque communauté Dieu assigna une loi et une voie qui lui étaient propres (sourate 5, verset 48).
Cette distinction est résumée par une parole prophétique célèbre :
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L’image est limpide, et les commentateurs comme Ibn Hajar et An-Nawawî en ont dégagé le sens : le père commun, c’est le dîn unique — le tawhîd — que tous les prophètes partagent ; les mères différentes, ce sont les législations diverses, propres à chaque époque. Ibn Taymiyya formule le même principe en termes directs : la religion des prophètes est une, même si leurs lois sont multiples.
Voilà ce qui dissout entièrement l’objection. Ce que le VIIᵉ siècle a apporté, c’est une nouvelle sharîʿa — la législation finale, portée par Mouhammad — et non un nouveau dîn. Le credo qu’il a prêché (un seul Dieu, les prophètes, la résurrection) est, trait pour trait, celui d’Abraham et de Noé. Seule la loi fut renouvelée et portée à son achèvement. Confondre un changement de loi avec la naissance d’une religion : telle est, au fond, l’erreur sur laquelle repose tout le mythe.
VI. Mouhammad : un maillon de la chaîne, non le fondateur d’une religion
Le Prophète ne s’est jamais présenté comme l’inventeur d’une foi inédite. Le Coran le lui fait dire avec une netteté remarquable :
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Le terme arabe employé ici est capital. La phrase mâ kuntu bidʿan mina r-rusul signifie littéralement : « Je ne suis pas une nouveauté parmi les messagers. » Le mot bidʿ désigne précisément l’innovation, l’inédit, ce qui surgit sans précédent. Si la traduction rend le sens par « le premier », le mot sous-jacent constitue un démenti direct de toute prétention à fonder une religion nouvelle : Mouhammad déclare s’inscrire dans une lignée, non l’inaugurer.
Toute sa mission confirme ce statut. Il vient en musaddiq, c’est-à-dire en confirmateur des révélations antérieures : le Coran descend « confirmant les Livres révélés avant lui » (sourate 3, verset 3). Il est le sceau des prophètes — khâtam an-nabiyyîn (sourate 33, verset 40) — ce qui signifie qu’il en est le dernier, et non le premier. Son rôle n’est pas de créer, mais de restaurer le monothéisme originel que les communautés successives avaient altéré, puis d’en livrer la forme ultime et universelle.
L’analogie s’impose : celui qui restitue à une inscription effacée son texte d’origine n’est pas l’auteur d’une inscription nouvelle. Mouhammad a restauré et parachevé ; il n’a rien inventé.
VII. Parachèvement, et non invention
Le Coran désigne d’ailleurs le VIIᵉ siècle non comme un commencement, mais comme un achèvement :
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« Parachevé » — et non « institué » ni « inventé ». Le mot dit l’achèvement d’une œuvre commencée bien avant, sa mise au point définitive. L’islam porté par Mouhammad est la religion éternelle conduite à sa forme finale, universelle et désormais préservée — non une création surgie du néant.
Cette ancienneté radicale rejoint une autre notion centrale : la fitra, la nature originelle. Le Coran enseigne que Dieu a créé l’être humain selon une disposition innée à Le reconnaître et à se soumettre à Lui, et que l’islam est la religion de cette nature première (sourate 30, verset 30). Le Prophète le confirme en enseignant que tout enfant naît selon la fitra, et que c’est son entourage qui, ensuite, l’en détourne (rapporté par Al-Bukhârî et Muslim). L’islam n’est donc pas une doctrine plaquée de l’extérieur à une date récente : il est un retour à l’origine inscrite dans l’être humain lui-même.
Vu de l’intérieur, par conséquent, l’islam n’est pas la plus jeune mais la plus ancienne des religions : aussi ancienne que l’humanité, aussi ancienne que la première prière adressée au Créateur unique. Le VIIᵉ siècle en marque l’accomplissement, non le commencement.
◆ Synthèse
La chaîne du raisonnement peut se récapituler en quelques maillons :
D’abord, « islam » signifie soumission au Dieu unique ; ce n’est pas, en premier lieu, l’étiquette d’un mouvement du VIIᵉ siècle, mais le nom d’une relation à Dieu.
Ensuite, le Coran enseigne une religion unique à travers tous les prophètes — Noé, Abraham, Moïse, Jésus, Mouhammad (sourates 42:13, 21:25, 16:36).
Or, Abraham était déjà « soumis » avant même l’existence du judaïsme et du christianisme (3:65, 3:67) : la substance de l’islam précède les religions qui portent un nom.
De plus, la distinction entre le dîn (un, éternel) et la sharîʿa (variable) — illustrée par le hadith des prophètes « frères de père » — dissout l’apparente nouveauté.
Car Mouhammad a confirmé et scellé la révélation ; il ne l’a pas fondée (46:9, 33:40).
Enfin, le verset 5:3 parle de parachèvement, non d’invention ; et la fitra fait de l’islam un retour à l’origine.
Le mythe mesure la religion à la date de sa dernière législation. Mesuré à l’aune de sa substance, l’islam est aussi ancien que la première prière humaine adressée à l’unique Créateur. Il n’est pas, selon les mots qu’il se donne à lui-même, une religion nouvelle : il est la religion originelle, à laquelle fut enfin donnée sa forme complète et définitive.
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Sources
Coran : traduction française des sens par Rachid Maach.
Tafsir : Ibn Kathîr, Tafsîr al-Qur’ân al-ʿAzîm ; At-Tabarî, Jâmiʿ al-Bayân ; As-Saʿdî, Taysîr al-Karîm ar-Rahmân ; Al-Qurtubî, Al-Jâmiʿ li-Ahkâm al-Qur’ân.
ʿAqîda et usûl : Ibn Taymiyya, Majmûʿ al-Fatâwâ ; Ibn al-Qayyim.
Hadith : Sahîh al-Bukhârî ; Sahîh Muslim, avec les commentaires d’Ibn Hajar (Fath al-Bârî) et d’An-Nawawî.
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