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« On ne connaît pas la vérité par les hommes, mais connais donc la vérité, et après tu connaîtras ceux qui la suivent. »


Mythe n°23 « Frappez-les à dix ans »

Publié par convertistoislam - l'islam pour tous sur 2 Août 2026, 03:27am

Mythe n°23 « Frappez-les à dix ans »


 

بِسْمِ اللّهِ الرّحْمٰنِ الرّحِيمِ

Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux

 

MYTHES & STÉRÉOTYPES SUR L’ISLAM

Dossier n° 23

 

« Frappez-les à dix ans » :

l’islam contre ses enfants ?

Le hadith de la prière des sept ans, ses deux versions, ses commentateurs — et l’école d’amour qu’il organise

 

◆ ◆ ◆

 

convertistoislam.fr

 

I. Le mythe — le hadith-massue de l’éducation

Donnons à l’accusation toute sa force, en avocat du diable. Un : le texte dit « frappez-les » — noir sur blanc, à l’impératif, dans la bouche du Prophète lui-même. Deux : il vise des enfants de dix ans. Trois : il ne s’agit même pas d’une faute morale — vol, mensonge, violence — mais d’un rite : voilà donc, dit le polémiste, l’endoctrinement religieux imposé par la peur, la prière inculquée à coups de bâton. Quatre : la psychologie contemporaine a établi la nocivité des châtiments corporels sur l’enfant. Cinq, l’estocade : la France les interdit depuis 2019 — votre religion ordonnerait donc un délit. Et l’accusation a un relais involontaire : le parent musulman brutal qui brandit ce hadith pour couvrir sa colère, offrant à la caricature sa preuve vivante.

La règle de ce dossier est celle de toute la série : citer le texte en entier, dans sa formulation exacte — et même dans ses deux versions authentiques, car ce hadith en a deux, et le polémiste ne cite jamais la seconde. Puis écouter ceux qui ont passé leur vie sur ces mots : les commentateurs classiques et contemporains. On découvrira alors que ce hadith, loin d’être un permis de violence, est l’un des plus anciens programmes pédagogiques de l’histoire — trois années d’école avant toute question de fermeté — et que son auteur, en soixante-trois ans de vie, n’a jamais levé la main sur un enfant.

II. Le texte, en face — et sa version jumelle

Voici le hadith que l’on brandit, intégralement :

مُرُوا أَوْلَادَكُمْ بِالصَّلَاةِ وَهُمْ أَبْنَاءُ سَبْعِ سِنِينَ، وَاضْرِبُوهُمْ عَلَيْهَا وَهُمْ أَبْنَاءُ عَشْرٍ، وَفَرِّقُوا بَيْنَهُمْ فِي الْمَضَاجِعِ

« Ordonnez à vos enfants la prière lorsqu’ils ont sept ans ; à dix ans, frappez-les à son sujet, et séparez leurs couches. »

Rapporté par Abû Dâwûd et Ahmad, authentifié

Et voici sa version jumelle, tout aussi authentique, transmise par le Compagnon Sabra ibn Maʿbad — celle que l’accusation ne cite jamais, car son premier mot ruine la caricature :

عَلِّمُوا الصَّبِيَّ الصَّلَاةَ ابْنَ سَبْعِ سِنِينَ، وَاضْرِبُوهُ عَلَيْهَا ابْنَ عَشْرٍ

« Enseignez la prière à l’enfant de sept ans, et frappez-le à son sujet à dix ans. »

Rapporté par At-Tirmidhî, qui le déclare authentique, et Abû Dâwûd

Enseignez — ʿallimû. Le premier verbe que le Prophète attache à la prière des enfants est un verbe d’école, non de caserne. Trois remarques encadrent déjà le texte avant tout commentaire. D’abord, son destinataire : le hadith ne s’adresse pas à l’enfant mais aux parents — ordonnez, enseignez, séparez — : c’est une feuille de route éducative confiée aux adultes, dont le troisième volet (séparer les couches des enfants qui grandissent) confirme le genre : un programme d’éducation par étapes, pas un code pénal. Ensuite, son verrou juridique, qui change tout : en droit musulman, l’enfant n’est pas religieusement responsable avant la puberté — « la plume est levée pour trois personnes : l’enfant jusqu’à sa puberté… » (hadith authentique rapporté par Abû Dâwûd). L’enfant de dix ans qui ne prie pas ne commet donc aucun péché ; par conséquent, la fermeté de dix ans ne peut pas être une punition — il n’y a rien à punir — : les juristes la classent expressément dans le ta’dîb, l’acte d’éducation, catégorie radicalement distincte du châtiment. Enfin, la structure : sept, puis dix. Entre les deux, trois années pleines — et c’est là que les commentateurs ont tout lu.

III. Ce que les savants y ont lu : trois années d’école

Écoutons-les, anciens et contemporains, car leur lecture est unanime et elle est belle. Sept ans, expliquent-ils, c’est l’âge du discernement (tamyîz) : l’enfant commence à comprendre ce qu’il fait — le moment exact où une habitude peut devenir un amour. At-Tîbî commente : on leur ordonne la prière à sept ans « afin qu’ils s’y habituent et s’y attachent ». Le juriste malikite Ibn Bachîr précise : « à titre d’entraînement, car la prière est récurrente » — on ne décrète pas une habitude quotidienne, on la construit. Les commentateurs détaillent même la méthode de ces trois années : encouragement, récompenses et cadeaux, compagnie du père vers la mosquée — trois ans de patience active, pour qu’à dix ans l’enfant « soit déjà accoutumé, bon et affermi ». Et la raison d’être de tout l’édifice, formulée par les juristes : que l’enfant, « s’étant entraîné, se trouve déjà formé à l’heure de la responsabilité » — la puberté ne doit pas le surprendre comme une charge tombée du ciel, mais le trouver déjà chez lui dans la prière, comme on apprend à nager avant que l’eau ne devienne profonde. Al-Munâwî ajoute pourquoi la fermeté est repoussée à dix ans : parce que dix est le seuil où la maturité approche — avant, elle n’aurait aucun sens.

Pourquoi si tôt, demandera-t-on ? Parce que la prière n’est pas, en islam, une corvée rituelle qu’on pourrait remettre à l’adolescence : elle est une école — la première école de l’âme. Mais il ne suffit pas de l’affirmer : il faut montrer ce que cette école enseigne, concrètement, dans la vie quotidienne d’un enfant.

Ce que cette école enseigne, jour après jour

Aucune autre adoration n’accompagne l’homme avec une telle régularité. Cinq fois par jour, la prière apprend à l’enfant à interrompre ses occupations — un jeu, un écran, une envie — pour répondre à un appel plus grand que lui : c’est la discipline librement consentie, la seule qui forme. Elle éduque son rapport au temps : elle lui enseigne que tout n’est pas urgent, que Dieu vient avant le reste, et elle plante dans sa journée cinq repères qui lui apprennent la ponctualité, la constance et l’art de s’arrêter — dans un monde qui, lui, ne s’arrête jamais. Elle discipline le corps par les gestes, la langue par la récitation, le cœur par le recueillement. Et chaque étape en est une leçon condensée : les ablutions enseignent, avant même le premier mot, la propreté et le sens du seuil — on ne passe pas du jeu au sacré sans se préparer ; l’ouverture par la louange cultive la gratitude, cinq fois par jour, envers Celui qui le comble de bienfaits ; la prosternation, front au sol, est l’exercice quotidien qui combat l’orgueil à la racine — nul ego ne traverse intact trente-quatre prosternations par jour ; et l’invocation lui apprend à déposer dans l’intimité, auprès de son Seigneur, ses peines, ses peurs et ses espoirs — une résilience qui ne dépendra jamais de personne. L’enfant qui grandit dans cette école apprend peu à peu la maîtrise de soi, l’humilité, la gratitude et la patience dans l’effort. Ce n’est pas seulement une pratique religieuse qu’on lui transmet : c’est une manière d’habiter sa journée et, peu à peu, toute son existence.

Ajoutez ce que la prière en commun enseigne, et que nulle leçon de morale n’égale : à la mosquée, l’enfant voit le riche et le pauvre, le patron et l’employé, toutes les origines et toutes les conditions alignés épaule contre épaule dans les mêmes rangs, prosternés vers la même direction — une leçon vivante d’égalité et de fraternité qu’aucun discours ne remplacera ; et suivre l’imam lui apprend l’écoute, la synchronisation, l’harmonie d’un ensemble — le vivre-ensemble à hauteur d’enfant. Et surtout, la prière forge ce que tous les éducateurs cherchent sans toujours le trouver : une conscience autonome. Car on prie sous le regard d’Allah, présent quand les parents ne le sont pas — les savants nomment cela la mourâqaba, la conscience d’être vu. L’enfant bien formé ne priera pas pour faire plaisir à son père : il priera parce qu’il sait devant Qui il se tient — et c’est exactement la différence entre un dressage, qui cesse dès qu’on tourne le dos, et une éducation, qui demeure.

Une objection tombe alors d’elle-même : pourquoi ne pas attendre que l’enfant soit « en âge de choisir » ? Parce que personne ne raisonne ainsi pour rien de ce qui compte. Nul n’attend l’âge adulte pour apprendre à son enfant à lire, à parler correctement, à respecter les autres — précisément parce que ces apprentissages demandent des années de répétition, et que les remettre à la majorité reviendrait à les rendre impossibles. La prière relève de la même logique : elle ne s’improvise pas le jour où elle devient obligatoire ; elle se prépare longtemps à l’avance, afin que, lorsque vient l’heure de la responsabilité, elle soit déjà devenue une seconde nature. C’est très exactement l’architecture du hadith — sept ans, trois années d’école, dix ans —, et c’est pourquoi les juristes ont décrit cette période comme un entraînement.

Et le Coran lui-même a nommé cette fonction éducative en toutes lettres :

اتْلُ مَا أُوحِيَ إِلَيْكَ مِنَ الْكِتَابِ وَأَقِمِ الصَّلَاةَ إِنَّ الصَّلَاةَ تَنْهَىٰ عَنِ الْفَحْشَاءِ وَالْمُنكَرِ وَلَذِكْرُ اللَّهِ أَكْبَرُ

Récite ce qui t’est révélé du Livre et veille à l’accomplissement de la prière. La prière détourne, en effet, des actes abominables et condamnables. Rien n’est plus méritoire que l’invocation du nom d’Allah.

— Sourate 29, Al-ʿAnkabût, verset 45

Tirons-en la conséquence explicite, car elle est le cœur de ce dossier : si Allah Lui-même présente la prière comme ce qui détourne l’être des dérèglements du comportement, alors apprendre la prière à un enfant, ce n’est pas lui inculquer un rite : c’est commencer, le plus tôt possible, l’éducation de son caractère. Elle forme la personne autant qu’elle nourrit la foi. Et l’on peut alors formuler ce que le hadith des sept ans a toujours voulu dire : la prière n’est pas enseignée tôt parce qu’Allah aurait besoin qu’un enfant prie — Allah n’a besoin de rien ni de personne —, mais parce que l’enfant, lui, a besoin de la prière pour devenir l’adulte qu’il doit être. Et le Coran, quand il ordonne cette transmission, y attache une dernière condition que le polémiste ne lira jamais :

وَأْمُرْ أَهْلَكَ بِالصَّلَاةِ وَاصْطَبِرْ عَلَيْهَا لَا نَسْأَلُكَ رِزْقًا نَّحْنُ نَرْزُقُكَ وَالْعَاقِبَةُ لِلتَّقْوَىٰ

Ordonne aux tiens d’accomplir la prière que tu observeras toi-même avec constance. Nous ne te demandons nullement d’assurer toi-même ta subsistance. C’est Nous qui pourvoyons à tes besoins. Une fin heureuse est réservée à celui qui Nous craint.

— Sourate 20, Tâ-Hâ, verset 132

Ordonne — et persévère toi-même. L’ordre donné à la famille est adossé, dans le verset même, à la constance personnelle du parent : l’exemplarité n’est pas un conseil de pédagogue moderne, elle est dans le texte. Un enfant apprend la prière en voyant prier — en voyant son père et sa mère se lever, s’incliner, revenir à leur Seigneur cinq fois par jour, par tous les temps de la vie. C’est cela, l’ordre des sept ans.

IV. Le mot « frappez » — ce que le droit en fait

Reste le mot, et nous ne le contournerons pas : adriboûhoum, frappez-les. Que les juristes l’aient encadré ne dispense pas de le citer ; mais l’avoir cité ne dispense pas d’écouter comment quatorze siècles de droit l’ont borné — car autour de ce seul mot, les savants ont dressé une enceinte de conditions telles qu’il en sort méconnaissable pour qui n’imaginait qu’un bâton. Le but d’abord, unanime : le ta’dîb — l’éducation —, « non la douleur ni le châtiment », écrivent les commentateurs ; un geste dont la seule fin licite est le redressement, jamais le défoulement. Le rang ensuite : dernier recours, après l’échec avéré de la parole, de l’exhortation et de la réprimande — et jamais avant dix ans, soit trois années entières d’autres moyens. La mesure enfin : ghayr mubarrih — sans violence, sans douleur véritable, sans trace, sans répétition inutile —, « au plus léger qui atteint le but » ; jamais au visage, que le Prophète a ordonné d’épargner en toute circonstance (Al-Bukhârî et Muslim) ; jamais sous l’empire de la colère, qui transforme l’éducateur en fautif. Et les savants contemporains — Ibn Bâz, Ibn ʿUthaymîn — ferment la boucle par une règle de bon sens juridique : le moyen se juge à son fruit. Si l’enfant se corrige par la parole, la fermeté physique perd toute légitimité ; si elle nuit, blesse ou dégoûte de la prière, elle devient illicite — car elle détruit alors la fin même qui pouvait la justifier.

Situons enfin le mot dans son siècle, sans en faire une excuse. Au VIIᵉ siècle — et jusqu’au XXᵉ dans nos propres écoles, où la férule et les coups de règle furent l’ordinaire de générations de petits Français —, toutes les pédagogies du monde frappaient, sans limite ni doctrine. La singularité du fiqh n’est pas d’avoir connu son époque : c’est d’avoir enfermé un mot de son époque dans sept verrous. Quant à la loi française de 2019, qui proscrit les violences éducatives ordinaires, le musulman de France la respecte comme il respecte ses engagements — et, à dire vrai, il n’a nul besoin d’elle pour viser plus haut : le sommet de sa propre tradition, on va le voir, est au-dessus.

V. Le Prophète en pratique : le commentaire le plus autorisé

Car il existe un commentaire de ce hadith plus autorisé que tous les autres : la vie de celui qui l’a prononcé. Écoutons son épouse, qui parle de toute une vie partagée :

مَا ضَرَبَ رَسُولُ اللَّهِ شَيْئًا قَطُّ بِيَدِهِ، وَلَا امْرَأَةً، وَلَا خَادِمًا، إِلَّا أَنْ يُجَاهِدَ فِي سَبِيلِ اللَّهِ

« Jamais le Messager d’Allah n’a frappé quoi que ce soit de sa main — ni femme, ni serviteur —, sinon au combat dans le sentier d’Allah. »

Paroles de ʿÂ’icha, rapportées par Muslim

Anas ibn Mâlik entra à son service enfant et y demeura dix ans, et il en témoigna : jamais il ne lui dit le moindre « ouf », jamais un « pourquoi as-tu fait cela ? » ni un « pourquoi ne l’as-tu pas fait ? » (Al-Bukhârî et Muslim). Et regardez-le précisément là où le mythe l’imagine sévère : dans la prière, avec des enfants. Ses petits-fils grimpaient sur son dos pendant la prosternation — il prolongeait le sujûd plutôt que de presser l’enfant. Il porta sa petite-fille Umâma sur son épaule en pleine prière, la posant à chaque prosternation, la reprenant à chaque relevée (Al-Bukhârî et Muslim). Il confia : « Il m’arrive d’entrer en prière en voulant la prolonger ; puis j’entends pleurer un enfant, alors j’abrège, par égard pour l’émotion de sa mère » (Al-Bukhârî) : la prière elle-même, chez lui, pliait devant la tendresse due à un enfant. Un jour, le chef bédouin al-Aqraʿ ibn Hâbis le vit embrasser son petit-fils et s’étonna : « J’ai dix enfants, je n’en ai jamais embrassé un seul. » Le Prophète le regarda et répondit :

مَنْ لَا يَرْحَمُ لَا يُرْحَمُ

« Celui qui ne fait pas miséricorde ne recevra pas miséricorde. »

Rapporté par Al-Bukhârî et Muslim

Ajoutez la règle générale qu’il a léguée : « La douceur n’entre dans une chose sans l’embellir, et ne s’en retire sans l’enlaidir » (Muslim). Voilà l’homme dont on fait le prophète du bâton. Celui qui a dit « frappez-les à dix ans » n’a jamais, en soixante-trois ans, levé la main sur un enfant — et c’est bien la preuve que sa parole décrivait une limite extrême du droit, non une méthode : sa méthode à lui, cent récits la montrent, tenait toute dans la douceur, l’exemple et l’amour.

VI. Le vrai message : une responsabilité des parents — et une école d’amour

Que reste-t-il alors du hadith, une fois la caricature tombée ? Son message réel, qui est une exigence — mais adressée aux parents. « Chacun de vous est un berger, et chacun de vous est responsable de son troupeau » (Al-Bukhârî et Muslim) : l’éducation religieuse des enfants n’est pas une option pieuse, c’est une charge dont il sera demandé compte. Et il faut le dire, car c’est là que beaucoup échouent : la négligence est l’erreur symétrique de la brutalité, et elle est bien plus répandue. Attendre les treize ou quatorze ans de l’enfant pour découvrir qu’il est étranger à la prière, puis s’en indigner et vouloir rattraper en quelques semaines de reproches ce qu’on n’a pas semé en sept ans — voilà la grande faute que le hadith prévient. Car il fixe sept ans précisément pour que la question de la fermeté ne se pose jamais : trois années d’école douce sont là pour rendre la suite inutile. Aussi faut-il retourner la lecture du polémiste : si un père en est, à dix ans, à la correction, c’est presque toujours que les trois années d’accompagnement ont manqué — le hadith, lu en entier, accuse d’abord le laxisme du parent avant la paresse de l’enfant. Et il rappelle en même temps au parent sa limite : il sème, il ne fait pas germer — la guidance des cœurs appartient à Allah seul, qui ouvre à Son heure ; la violence n’a jamais ouvert un cœur, elle n’a jamais fabriqué que des adultes pour qui la prière a le goût de la peur — l’exact contraire du but.

La méthode positive, elle, est écrite partout dans les sources et chez les gens de science : prier devant l’enfant et avec lui — l’exemplarité du verset 20, 132 —, l’emmener à la mosquée, le féliciter et le récompenser — les commentateurs classiques mentionnent expressément les cadeaux —, lui raconter Celui devant qui il se tient, lui faire goûter la douceur du geste avant d’en exiger la constance, avancer par degrés. On n’enseigne pas l’amour d’Allah avec un bâton : on l’enseigne en le vivant sous les yeux d’un enfant. Reste notre part, selon la règle de cette série : oui, des parents musulmans brutalisent leurs enfants en croyant appliquer ce hadith — ceux-là en violent toutes les conditions et en trahissent le but, et c’est avec ce hadith même, ses deux versions, ses commentateurs et la Sunna vécue de son auteur qu’il faut les corriger. Le polémiste et le père brutal font le même contresens sur le même mot ; ils reçoivent ici la même réponse.

◆ Synthèse

Non, l’islam n’ordonne pas de frapper les enfants pour la prière. Le hadith existe, cité ici intégralement et dans ses deux versions — dont celle, jamais citée par l’accusation, qui commence par « Enseignez » (Tirmidhî). Adressé aux parents et non à l’enfant — lequel, la plume étant levée jusqu’à la puberté, ne pèche pas et ne peut donc être puni —, il organise ce que les commentateurs ont décrit d’une seule voix : trois années d’école, de sept à dix ans, par l’habitude, l’attachement, l’encouragement, les cadeaux et le chemin de la mosquée — afin que la responsabilité trouve l’enfant déjà formé, et que la fermeté n’ait jamais à exister. Le mot « frappez », cité sans détour, ressort du droit enfermé dans sept verrous — éducation et non douleur, dernier recours, jamais avant dix ans, sans violence ni trace, jamais le visage, jamais la colère, et illicite dès qu’il nuit ou qu’un moindre moyen suffit (Ibn Bâz, Ibn ʿUthaymîn). Et son commentaire le plus autorisé est une vie : celui qui l’a prononcé n’a jamais frappé de sa main ni femme, ni serviteur, ni enfant (Muslim), prolongeait sa prosternation sous ses petits-fils, portait Umâma en pleine prière, abrégeait l’office au pleur d’un enfant, et répondit au père qui n’embrassait pas les siens : celui qui ne fait pas miséricorde n’en recevra pas. Le vrai message du hadith est une exigence pour les parents : la prière est une école de l’âme et du caractère — discipline librement consentie, maîtrise de soi, humilité de la prosternation, gratitude, égalité des rangs, conscience d’être vu d’Allah —, celle-là même que le Coran décrit comme détournant des actes abominables et condamnables (29, 45) : l’enfant n’y est pas mis tôt parce qu’Allah aurait besoin de sa prière, mais parce que c’est lui qui en a besoin pour devenir l’adulte qu’il doit être — et cette école ouvre à sept ans, dans l’amour et par l’exemple (20, 132) ; la négliger puis s’étonner à quatorze ans est la faute que le texte prévient. Le polémiste n’a lu qu’un mot ; le hadith est une pédagogie — et son auteur, la plus douce des preuves.

 

◆ À retenir

– Deux versions authentiques — et la seconde commence par « Enseignez la prière à l’enfant » (Tirmidhî) : le premier verbe du Prophète sur ce sujet est un verbe d’école.

– Le hadith s’adresse aux parents, pas à l’enfant — et l’enfant ne pèche pas avant la puberté (« la plume est levée », Abû Dâwûd) : la fermeté de dix ans est un acte d’éducation (ta’dîb), pas une punition — il n’y a rien à punir.

– La lecture unanime des commentateurs : sept ans = âge du discernement ; puis trois années d’habituation par l’attachement, l’encouragement, les cadeaux et la mosquée (at-Tîbî, Ibn Bachîr, al-Munâwî) — pour que la puberté trouve l’enfant déjà formé et que la fermeté n’ait jamais lieu d’être.

– Le mot « frappez », encadré par sept verrous : éducation et non douleur ; dernier recours après la parole ; jamais avant dix ans ; sans violence ni trace (ghayr mubarrih), « au plus léger qui atteint le but » ; jamais le visage ; jamais sous la colère ; illicite s’il nuit ou si un moindre moyen suffit (Ibn Bâz, Ibn ʿUthaymîn).

– Le commentaire le plus autorisé : la vie de l’auteur — jamais frappé de sa main ni femme ni serviteur (Muslim, ʿÂ’icha) ; Anas, dix ans de service sans un « ouf » ; Umâma portée en prière ; le sujûd prolongé sous ses petits-fils ; la prière abrégée au pleur d’un enfant ; « celui qui ne fait pas miséricorde n’en recevra pas ».

– Le vrai message : la prière est une école de vie — discipline librement consentie, ponctualité, maîtrise de soi, humilité (la prosternation contre l’ego), gratitude, égalité des rangs à la mosquée, conscience autonome d’être vu d’Allah (mourâqaba) — que le Coran décrit comme détournant des actes abominables et condamnables (29, 45). L’enfant n’est pas mis tôt à la prière parce qu’Allah en aurait besoin, mais parce que lui en a besoin pour devenir l’adulte qu’il doit être ; et l’enseignement incombe aux parents dès sept ans, par l’exemple : « Ordonne aux tiens la prière, que tu observeras toi-même avec constance » (20, 132).

– Les deux fautes symétriques, corrigées par le même texte : la brutalité, qui viole toutes les conditions du hadith et dégoûte de la prière ; et la négligence — attendre treize ou quatorze ans —, qui sème le vide puis récolte l’indignation. La guidance appartient à Allah ; le parent sème, avec amour.

 

Sources

Hadith : Abû Dâwûd et Ahmad (« Ordonnez à vos enfants la prière… », authentifié) ; At-Tirmidhî, hasan sahîh, et Abû Dâwûd (version « Enseignez », de Sabra ibn Maʿbad) ; Abû Dâwûd (« la plume est levée pour trois ») ; Muslim (ʿÂ’icha : jamais frappé de sa main ; la douceur embellit toute chose) ; Al-Bukhârî et Muslim (Anas ; Umâma portée en prière ; al-Aqraʿ et la miséricorde ; « chacun de vous est un berger » ; épargner le visage) ; Al-Bukhârî (la prière abrégée au pleur de l’enfant) ; le sujûd prolongé sous ses petits-fils (rapporté et authentifié — An-Nasâ’î, Ahmad).

Coran : traduction française des sens par Rachid Maach (20, 132 ; 29, 45) ; référence discutée en prose : 66, 6.

Commentaires : At-Tîbî et Ibn Bachîr (habituation et entraînement) ; Al-Munâwî, At-Taysîr (la fermeté repoussée au seuil de la maturité) ; Ash-Shawkânî, Nayl al-Awtâr ; Al-ʿAzîm Âbâdî, ʿAwn al-Maʿbûd ; Al-Mubârakfûrî, Tuhfat al-Ahwadhî ; définition unanime du darb de ta’dîb : sans dommage (ghayr mubarrih), pour l’éducation et non la douleur.

Savants contemporains : Ibn Bâz et Ibn ʿUthaymîn (conditions du ta’dîb : légèreté, utilité avérée, interdiction dès que la parole suffit ou que le geste nuit) ; comités de fatwa contemporains sur l’éducation des enfants à la prière.

 

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