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Toute bid'a est-elle un égarement ? Anatomie d'une controverse

Publié par convertistoislam - l'islam pour tous sur 2 Août 2026, 23:02pm

Toute bid'a est-elle un égarement ? Anatomie d'une controverse


 

C O N V E R T I S T O I S L A M . F R

Dossier — Sciences islamiques

 

BID'A

Anatomie d'une controverse

L'innovation religieuse chez les savants sunnites :

définitions, classifications et lectures contemporaines

 

Versets coraniques : traduction Rachid Maach

Juillet 2026 — Deuxième édition, revue et augmentée

 

Sommaire

  Avant-propos : pourquoi ce dossier

1.   Les textes fondateurs du débat

2.   Le mot et la chose : bid'a linguistique, bid'a légale

3.   Trois familles de définitions chez les oussouliyyin

4.   Le courant classificateur : d'ash-Shâfi'î à la division quintuple

5.   Le courant unitaire : « toute innovation est un égarement »

6.   Un désaccord largement terminologique : le verdict des savants

7.   Le vrai champ de bataille : la bid'a idâfiyya

8.   Trois textes, deux lectures : l'examen croisé des preuves

9.   Le discours contemporain : héritage classique et durcissements

10.   Synthèse : une grille de lecture en cinq questions

  Lexique des termes techniques

  Références et sources

 

  Avant-propos : pourquoi ce dossier

Ce dossier est né d'une vidéo. Un savant contemporain de courant salafi, très suivi en ligne, y qualifiait de bid'a le sadl — la prière accomplie les bras le long du corps, position célèbre de l'école de l'imam Mâlik d'après la Moudawwana, pratiquée depuis des siècles du Maghreb à l'Afrique de l'Ouest. Pas un mot sur la transmission d'Ibn al-Qâsim, pas un mot sur les arguments du madhhab, pas un mot sur l'ancienneté de la divergence : une question débattue par les plus grands juristes de l'islam, balayée d'un revers de main, en une phrase. Le fond n'est pas ici en cause — le qabd est lui aussi solidement fondé, et Mâlik rapporte lui-même dans le Mouwatta' la tradition de la main droite posée sur la gauche. La question est de méthode : comment un homme de science peut-il évacuer d'un mot l'avis retenu d'une école entière ?

Cette vidéo fut, pour l'auteur de ces lignes, le début d'un réveil : sur la place démesurée que notre génération accorde à la parole de tel ou tel « grand cheikh », reçue comme une preuve alors qu'elle n'est qu'un avis ; et sur l'usage du mot bid'a comme d'un couperet, là où les anciens y voyaient une question de science exigeant définitions, preuves et nuances. Si ce mot pouvait être manié avec une telle légèreté sur une divergence de fiqh documentée depuis les premiers siècles, que valait-il dans les autres bouches, sur les autres sujets ? Il fallait vérifier — non pour rejeter ces savants, auxquels ce dossier s'efforce de rendre justice, mais pour refuser que leur autorité dispense du retour aux sources.

Ce réveil en a entraîné un autre. Notre époque veut un savant total, excellent en tout — hadith et droit comparé, croyance et exégèse, langue et fatwa — et fait de son cheikh préféré la référence universelle, du fiqh mâlikite qu'il n'a pas étudié jusqu'aux chaînes de transmission. C'est une erreur que toute l'histoire de la Oumma dément : chacun y était connu pour sa spécialité. Ash-Shâfi'î disait les gens « tributaires d'Abou Hanîfa » en matière de fiqh et tenait Mâlik pour « l'étoile » dès qu'il s'agissait de hadith ; les maîtres de la critique des transmetteurs — Yahyâ ibn Ma'în, 'Alî ibn al-Madînî, ad-Dâraqoutnî — n'étaient pas les référents du droit comparé ; Sîbawayh régnait sur la grammaire, et les sept lecteurs sur les lectures coraniques. Le Prophète ﷺ lui-même avait posé le principe : « tel homme transmet la science à plus comprenant que lui, et tel homme porte la science sans en avoir lui-même la compréhension » (Abou Dâwoud, 3660 ; at-Tirmidhî, 2656). Mémoriser n'est pas comprendre, exceller ici n'est pas exceller là — et le Coran renvoie celui qui ne sait pas vers ceux qui savent (sourate 16, verset 43).

Seuls quelques-uns, en quatorze siècles, firent exception : les moujtahids moutlaq — littéralement « ceux qui fournissent l'effort d'interprétation de manière absolue ». On désigne ainsi les savants qui maîtrisaient l'ensemble des instruments de la déduction — Coran, Sounna, consensus, analogie, langue arabe, fondements du droit, abrogeant et abrogé — au point de tirer les règles directement des sources, selon leur propre méthode, sans dépendre de l'école d'un autre : les quatre imams bien sûr, mais aussi quelques maîtres dont les écoles se sont éteintes faute de disciples pour les transmettre — al-Awzâ'î, Soufyân ath-Thawrî, al-Layth ibn Sa'd, at-Tabarî. Une poignée d'hommes par siècle, et encore : chacun gardait son terrain d'excellence, et Mâlik lui-même — l'imam de Médine — répondait sans embarras « je ne sais pas » à des questions qu'on avait traversé le désert pour lui poser. Attendre d'un prédicateur contemporain qu'il tranche seul, et en tout, ce que cette élite ne s'attribuait pas, c'est confondre notoriété et compétence. Les pages qui suivent sont donc le fruit d'un double réveil : revenir aux sources, et rendre chaque question à ses spécialistes.

Peu de mots divisent autant les musulmans francophones que celui de bid'a. Pour les uns, toute pratique religieuse qui n'existait pas du vivant du Prophète ﷺ est, par définition, un égarement voué au Feu. Pour les autres, l'islam a toujours distingué les innovations louables des innovations blâmables, et le premier discours relèverait d'un rigorisme récent. Le converti — et, plus largement, tout musulman qui apprend sa religion en ligne — se retrouve sommé de choisir entre deux camps qui s'accusent mutuellement de trahir la Sounna.

Ce dossier ne tranche pas entre deux slogans : il remonte aux sources. Nous avons rassemblé les définitions de la bid'a chez les oussouliyyin (les savants des fondements du droit), les classifications proposées par les imams des quatre écoles, les arguments des deux courants — celui qui classe les innovations et celui qui les condamne toutes — et les paroles de ceux, nombreux, qui ont montré que ce désaccord est en grande partie une querelle de mots recouvrant un accord de fond. Nous montrerons aussi où se situe le désaccord réel, celui qui ne se dissout pas dans la terminologie : la question de la bid'a dite « additionnelle » (idâfiyya).

Notre méthode reste celle du site : sources exclusivement sunnites, priorité aux savants anciens et reconnus, gradation honnête des hadiths, références vérifiables, et refus des caricatures — dans les deux sens. Car la vérité que révèle cette enquête dérange les deux camps : la position « toute bid'a est égarement » n'est pas une invention contemporaine, elle a des racines classiques solides ; mais la classification des innovations en catégories n'est pas davantage une déviance moderniste — elle fut portée par une liste impressionnante de sommités orthodoxes, d'ash-Shâfi'î à Ibn 'Âbidîn.

Cette deuxième édition, revue et augmentée, tient compte des relectures critiques reçues après la première parution : gradation affinée de certains hadiths, section nouvelle sur la notion de fondement (asl), développements sur les moyens (wasâ'il), sur l'adoration absolue et sur la bid'a de croyance, tableau récapitulatif, examen des initiatives de Compagnons, citations directes des savants contemporains, encadré sur les abus commis au nom de la « bonne innovation », carte du concept, lexique final — et texte arabe original des grandes citations de savants.

Thèse du dossier. Deux lectures de la bid'a coexistent dans le sunnisme depuis les premiers siècles. Les grands oussouliyyin ont établi que leur opposition est, pour l'essentiel, terminologique : les deux camps acceptent ce qui possède un fondement dans la Loi et rejettent ce qui n'en possède aucun. Le différend substantiel ne porte que sur un point précis — les modalités non textuelles ajoutées à des adorations légiférées (bid'a idâfiyya) — et c'est là, non sur le principe, que le discours contemporain a durci une position classique en la présentant comme la seule légitime. Précision d'honnêteté : les tenants actuels de la lecture unitaire récusent cette présentation « terminologique » du différend — le dossier exposera loyalement leur refus.

1.  Les textes fondateurs du débat

Tout le débat sur la bid'a est un travail de conciliation entre des textes authentiques qui semblent tirer dans des directions opposées. Les voici, avec leurs références et leur degré d'authenticité — car aucun des deux courants ne conteste ces textes : chacun les lit autrement.

Note sur les références : la numérotation des hadiths suit les éditions de référence courantes (pour Sahîh Mouslim, celle de Mouhammad Fou'âd 'Abd al-Bâqî) ; elle peut varier d'une édition ou d'une plateforme à l'autre. Le lecteur qui vérifie se reportera, en cas d'écart, au recueil, au livre et au chapitre concernés. Les paroles de savants sont accompagnées de leur texte arabe original lorsque nous le reproduisons verbatim ; les positions contemporaines résumées demeurent en traduction condensée, signalée comme telle.

Les textes de la mise en garde

وَإِيَّاكُمْ وَمُحْدَثَاتِ الْأُمُورِ فَإِنَّ كُلَّ بِدْعَةٍ ضَلَالَةٌ

« Je vous recommande de craindre Allah, d'écouter et d'obéir [...]. Celui d'entre vous qui vivra verra de nombreuses divergences. Attachez-vous alors à ma Sounna et à la Sounna des califes bien guidés : mordez-y à pleines dents. Et méfiez-vous des choses nouvelles, car toute innovation est un égarement. »

Hadith d'al-'Irbâd ibn Sâriya — Abou Dâwoud (4607), at-Tirmidhî (2676), qui le juge « hasan sahîh », Ibn Mâja (42)

وَشَرُّ الْأُمُورِ مُحْدَثَاتُهَا وَكُلُّ بِدْعَةٍ ضَلَالَةٌ

« La meilleure parole est le Livre d'Allah et la meilleure guidée est celle de Mouhammad. Les pires des choses sont celles qui sont inventées, et toute innovation est un égarement. »

Hadith de Jâbir, sermon du Prophète ﷺ — Mouslim (867). An-Nasâ'î (1578) ajoute : « et tout égarement est dans le Feu » — ajout dont l'isnâd a été authentifié par plusieurs spécialistes, dont al-Albânî, mais dont le caractère préservé (mahfoûz) reste discuté parmi les gens du hadith

مَنْ أَحْدَثَ فِي أَمْرِنَا هَذَا مَا لَيْسَ مِنْهُ فَهُوَ رَدٌّ

« Quiconque introduit dans notre affaire — notre religion — ce qui n'en fait pas partie, cela lui sera rejeté. »

Hadith de 'Â'icha — al-Boukhârî (2697) et Mouslim (1718) ; variante chez Mouslim : « Quiconque accomplit une œuvre non conforme à notre affaire, elle lui sera rejetée »

Les textes de l'ouverture

مَنْ سَنَّ فِي الْإِسْلَامِ سُنَّةً حَسَنَةً فَلَهُ أَجْرُهَا وَأَجْرُ مَنْ عَمِلَ بِهَا بَعْدَهُ

« Quiconque instaure en islam une belle pratique en aura la récompense, ainsi que la récompense de ceux qui la mettront en œuvre après lui, sans que rien ne soit retranché de leurs récompenses. Et quiconque instaure en islam une mauvaise pratique en portera le fardeau, ainsi que le fardeau de ceux qui la mettront en œuvre après lui, sans que rien ne soit retranché de leurs fardeaux. »

Hadith de Jarîr ibn 'Abdillah — Mouslim (1017)

نِعْمَتِ الْبِدْعَةُ هَذِهِ

« Je sortis avec 'Oumar ibn al-Khattâb une nuit de Ramadan vers la mosquée : les gens priaient dispersés, l'un seul, l'autre suivi d'un petit groupe. 'Oumar dit : « Je pense que si je les rassemblais derrière un seul lecteur, ce serait préférable. » Il prit sa décision et les rassembla derrière Oubayy ibn Ka'b. Je sortis avec lui une autre nuit : les gens priaient derrière leur lecteur. 'Oumar dit alors : « Quelle bonne innovation que celle-ci ! » »

Récit de 'Abd ar-Rahmân ibn 'Abd al-Qârî — al-Boukhârî (2010)

On rapporte également d'Ibn 'Oumar, interrogé dans la mosquée sur des gens qui y accomplissaient la prière du douhâ, qu'il répondit : « C'est une innovation » (al-Boukhârî 1775, Mouslim 1255). Or le douhâ est en lui-même recommandé par des hadiths authentiques ; Ibn Hajar recense donc trois lectures du propos (Fath al-Bârî, 3/69) : ce que visait Ibn 'Oumar serait la régularité qu'on donnait à cette prière, ou le fait de l'accomplir dans la mosquée, ou sa forme collective — dans les trois cas, une modalité ajoutée, non l'acte lui-même. Nous retrouverons cette scène : elle contient déjà, en germe, toute la question de la bid'a idâfiyya. Enfin, le Coran lui-même emploie le verbe « innover » (ibtada'a) à propos du monachisme chrétien, dans un verset que les deux camps s'arrachent :

« Nous avons, à leur suite, envoyé d'autres Messagers, suscitant Jésus, fils de Marie, auquel Nous avons confié l'Evangile. Nous avons placé dans le cœur de ses disciples compassion et miséricorde, mais ne leur avons pas imposé la vie monastique qu'ils ont eux-mêmes inventée pour plaire à Allah sans toutefois l'observer comme il se doit. Nous avons accordé la récompense qu'ils méritent à ceux d'entre eux qui ont cru, mais nombre d'entre eux se sont écartés du droit chemin. »

Coran 57, 27 — traduction Rachid Maach

Le lecteur mesure la difficulté : d'un côté, une formule universelle martelée dans les sermons — « toute innovation est un égarement » ; de l'autre, un calife bien guidé qui emploie fièrement le mot bid'a pour une décision que la communauté entière a adoptée, et un hadith authentique qui promet une récompense perpétuelle à qui « instaure une belle pratique ». Les savants n'ont jamais eu le droit d'écarter l'un de ces textes : leur devoir méthodologique — le jam', la conciliation — était de les faire tenir ensemble. Les deux courants que nous allons présenter sont deux manières rigoureuses d'y parvenir.

2.  Le mot et la chose : bid'a linguistique, bid'a légale

La racine arabe b-d-' désigne le fait de produire une chose sans modèle antérieur. Le Coran l'applique à Allah Lui-même : Badî' as-samâwât wal-ard, Créateur — sans exemple préalable — des cieux et de la terre (Coran 2, 117), et la fait employer par le Prophète ﷺ pour dire qu'il n'est pas « une nouveauté parmi les Messagers » (mâ kountou bid'an min ar-rousoul, Coran 46, 9). Au sens linguistique (loughawî), le mot est donc neutre : est bid'a tout ce qui est inédit, bon ou mauvais. Les Arabes disaient d'une chose admirable qu'elle était badî' — d'où, plus tard, le nom d'une science de la rhétorique.

Tout se joue au niveau du sens légal (shar'î) : que désigne le mot bid'a dans la bouche du Législateur et dans la terminologie des juristes ? C'est ici que les définitions divergent — et l'on verra que la distinction entre bid'a linguistique et bid'a légale constitue la clé de voûte de tout le dossier : c'est elle qui permettra aux deux courants, en apparence irréconciliables, de se rejoindre sur le fond. Reste à définir ce sens légal — et c'est précisément l'objet du désaccord.

Clé de lecture. Bid'a au sens de la langue (loughawî) : toute chose nouvelle, bonne ou mauvaise — un sens neutre. Bid'a au sens de la Loi (shar'î) : la nouveauté religieuse condamnée par le Prophète ﷺ. Quand un Compagnon parle de « bonne bid'a », il emploie le premier sens ; quand le hadith condamne « toute bid'a », il vise le second. Toute la dispute consiste à tracer la frontière exacte du second sens.

Bid'a de croyance, bid'a d'action : où passe la frontière de l'orthodoxie ?

Le mot bid'a ne couvre pas seulement des gestes : il couvre aussi des croyances — et cette seconde face est historiquement la plus grave. Ibn Taymiyya en donne la division :

والبدع نوعان: نوع في الأقوال والاعتقادات، ونوع في الأفعال والعبادات. وهذا الثاني يتضمن الأول، كما أن الأول يدعو إلى الثاني

« Les innovations sont de deux sortes : une sorte dans les paroles et les croyances, et une sorte dans les actes et les adorations. La seconde contient la première, comme la première appelle la seconde. »

Ibn Taymiyya, Majmoû' al-fatâwâ (22/306-307)

C'est par l'innovation de croyance que se définissent les « gens des passions » (ahl al-ahwâ') dont parlent les anciens : « L'innovation qui fait compter un homme parmi les gens des passions est celle dont la contradiction au Livre et à la Sounna est notoire chez les gens de science — comme l'innovation des Khawârij, des Râfidites, des Qadarites et des Mourji'ites » (Majmoû' al-fatâwâ, 35/414). Encore la tradition distingue-t-elle des degrés : des innovations aggravées (moughallazha) — celles de ces sectes constituées — et des innovations atténuées (moukhaffafa). Ibn Taymiyya rappelle ainsi que les « mourji'ites des juristes », malgré la réprobation vigoureuse des imams à leur endroit, restaient comptés parmi les gens de la Sounna (Majmoû' al-fatâwâ, 3/357).

Une conséquence capitale s'ensuit pour la suite du dossier : le débat que nous exposons — bonne bid'a ou non, modalités ajoutées ou non — est un débat d'orthopraxie (la conformité des pratiques), non d'orthodoxie (la conformité des croyances). An-Nawawî et Ibn Taymiyya, al-Qarâfî et ash-Shâtibî partagent le même credo sunnite ; leur divergence porte sur la qualification juridique d'actes, à l'intérieur d'une foi commune. C'est un débat de fiqh entre gens de la même 'aqîda — et le perdre de vue est la source principale des excommunications réciproques que ce dossier veut désamorcer.

3.  Trois familles de définitions chez les oussouliyyin

Contrairement à ce que suggèrent les débats en ligne, il n'existe pas une définition de la bid'a mais plusieurs familles de définitions, et le choix de la définition détermine mécaniquement la position que l'on tiendra ensuite sur sa classification. Le débat est d'abord définitionnel.

La définition large : al-'Izz ibn 'Abd as-Salâm (m. 660 H)

البدعة فعل ما لم يعهد في عصر رسول الله صلى الله عليه وسلم

« La bid'a est tout acte qui n'était pas pratiqué à l'époque du Messager d'Allah ﷺ. »

Al-'Izz ibn 'Abd as-Salâm, Qawâ'id al-ahkâm fî masâlih al-anâm (selon les éditions : 2/172-174 ou 2/204)

Sous cette définition, la bid'a englobe par construction le meilleur et le pire : la compilation du moushaf comme les doctrines déviantes. Elle appelle donc nécessairement une classification, faute de quoi on condamnerait en bloc des actes que la communauté a unanimement approuvés. C'est la définition du courant classificateur.

La définition étroite : ash-Shâtibî (m. 790 H)

البدعة طريقة في الدين مخترعة، تضاهي الشرعية، يقصد بالسلوك عليها ما يقصد بالطريقة الشرعية

« La bid'a est une voie inventée dans la religion, imitant la voie légale, par laquelle on vise, en la suivant, ce que l'on vise par la voie légale. »

Ash-Shâtibî, al-I'tisâm (définition première ; sa seconde version remplace la fin par : « par laquelle on vise l'exagération dans l'adoration d'Allah », pour qui exclut les coutumes du champ de la bid'a)

Trois verrous sont posés : la bid'a est « dans la religion » (les inventions mondaines — métiers, villes, techniques — en sont exclues par définition) ; elle « imite la voie légale » (elle se donne l'apparence d'un acte religieux) ; et on la pratique comme on pratique un acte d'adoration. Conséquence logique : sous cette définition, la bid'a est blâmable par construction, puisque tout ce qui possède un fondement dans la Loi est exclu du champ de la définition avant même qu'on discute de son statut. C'est la définition du courant unitaire.

La définition intermédiaire : Ibn Rajab, Ibn Hajar, Ibn Taymiyya

والمراد بالبدعة: ما أحدث مما لا أصل له في الشريعة يدل عليه؛ وأما ما كان له أصل من الشرع يدل عليه فليس ببدعة شرعا، وإن كان بدعة لغة

« Ce que vise le hadith « toute innovation est un égarement », c'est ce qui est introduit sans aucun fondement dans la Loi qui l'indique. Quant à ce qui possède un fondement dans la Loi, ce n'est pas une bid'a au sens légal, même si c'en est une au sens linguistique. »

Ibn Rajab al-Hanbalî, Jâmi' al-'ouloûm wal-hikam (2/127)

Ibn Hajar al-'Asqalânî formule la même règle dans le Fath al-Bârî : ce qui possède un fondement indiqué par la Loi n'est pas une bid'a ; « la bid'a, dans l'usage de la Loi, est blâmable, à la différence de son usage linguistique ». Ibn Taymiyya la condense ainsi : « La bid'a en religion est ce qu'Allah et Son Messager n'ont pas légiféré, c'est-à-dire ce qui n'a fait l'objet d'aucun ordre d'obligation ni de recommandation » (Majmoû' al-fatâwâ, 4/107). Cette définition intermédiaire est la charnière du dossier : elle donne raison au courant unitaire sur le vocabulaire (le mot légal bid'a ne désigne que le blâmable) et raison au courant classificateur sur le fond (les « bonnes innovations » existent bel et bien — simplement, elles ne méritent pas le nom légal de bid'a).

La question décisive : qu'est-ce qu'un fondement (asl) ?

Les trois familles convergent vers un même critère : ce qui possède un fondement est reçu, ce qui n'en possède aucun est rejeté. Mais qu'est-ce, au juste, qu'un fondement ? C'est ici — bien plus que dans les slogans — que les savants se séparent réellement. Selon les auteurs, peuvent compter comme asl :

  • Un texte particulier (dalîl khâss) visant l'acte lui-même — la conception la plus étroite, la seule que certains rigoristes acceptent en matière d'adoration.
  • Une généralité textuelle ('oumoûm). L'acte entre sous un ordre général : ainsi le Coran ordonne-t-il aux croyants d'invoquer Allah abondamment, sans fixer ni forme ni nombre — une invocation nouvelle dans sa formulation peut donc se rattacher à cet ordre.
  • La pratique des Compagnons, et singulièrement des califes bien guidés, dont la Sounna doit être suivie selon le hadith d'al-'Irbâd.
  • L'analogie (qiyâs) sur un acte institué comparable.
  • L'intérêt non contredit (maslaha moursala), invoqué pour la compilation du moushaf : aucun texte ne l'ordonnait, aucun ne s'y opposait, et la sauvegarde de la révélation le commandait.
  • L'appréciation favorable (istihsân) et l'usage reçu ('ourf), admis par certaines écoles dans des limites étroites.

On tient là la vraie ligne de partage : plus un savant accepte de sources larges pour l'asl, plus la catégorie des nouveautés « fondées » s'élargit — et inversement. Le test taymien du facteur d'appel (mouqtadî) et de l'empêchement (mâni'), que l'on retrouvera à la section 5, est lui-même une théorie du fondement : ce que le Prophète ﷺ n'a pas fait faute d'appel, ou à cause d'un empêchement, peut légitimement l'être ensuite ; ce qu'il a délaissé alors que l'appel existait et que rien ne l'empêchait relève du délaissement voulu. Les querelles sur la bid'a sont, au fond, des querelles sur la largeur de l'asl.

 

 

4.  Le courant classificateur : d'ash-Shâfi'î à la division quintuple

À l'origine : la bipartition d'ash-Shâfi'î (m. 204 H)

Le plus ancien texte de classification remonte à l'imam ash-Shâfi'î lui-même, par deux voies distinctes :

البدعة بدعتان: بدعة محمودة وبدعة مذمومة؛ فما وافق السنة فهو محمود، وما خالفها فهو مذموم. واحتج بقول عمر بن الخطاب في قيام رمضان: نعمت البدعة هذه

« La bid'a est de deux sortes : une bid'a louable et une bid'a blâmable. Ce qui est conforme à la Sounna est louable ; ce qui la contredit est blâmable. — Et il argua de la parole de 'Oumar : « Quelle bonne innovation que celle-ci ! » »

Rapporté par Abou Nou'aym, Hilyat al-awliyâ' (9/113), par la voie d'Ibrâhîm ibn al-Jounayd

المحدثات من الأمور ضربان: أحدهما ما أحدث مما يخالف كتابا أو سنة أو أثرا أو إجماعا، فهذه البدعة الضلالة؛ والثاني ما أحدث من الخير لا خلاف فيه لواحد من هذا، وهذه محدثة غير مذمومة

« Les choses introduites sont de deux sortes : ce qui a été introduit et contredit un Livre, une Sounna, une tradition (athar) ou un consensus — c'est la bid'a d'égarement ; et ce qui a été introduit de bien et ne contredit rien de cela — c'est une chose introduite qui n'est pas blâmable. »

Rapporté par al-Bayhaqî, Manâqib ash-Shâfi'î (1/469)

Deux remarques d'honnêteté critique s'imposent ici. La voie d'Abou Nou'aym, d'abord : sa chaîne est discutée par certains spécialistes du hadith — raison de plus pour faire reposer l'attribution sur la voie d'al-Bayhaqî. Or, détail décisif, c'est Ibn Taymiyya lui-même qui rapporte ces deux textes d'ash-Shâfi'î dans al-Fourqân bayna awliyâ' ar-Rahmân wa awliyâ' ash-shaytân (1/162), et qui déclare authentique la chaîne du rapport d'al-Bayhaqî dans Dar' ta'âroud al-'aql wan-naql — attestation d'autant plus probante qu'elle émane du champion du courant adverse. Nul ne peut donc balayer la bipartition shâfi'ite comme une légende tardive.

La division quintuple d'al-'Izz ibn 'Abd as-Salâm

البدعة منقسمة إلى: بدعة واجبة، وبدعة محرمة، وبدعة مندوبة، وبدعة مكروهة، وبدعة مباحة. والطريق في معرفة ذلك أن تعرض البدعة على قواعد الشريعة: فإن دخلت في قواعد الإيجاب فهي واجبة، وإن دخلت في قواعد التحريم فهي محرمة، وإن دخلت في قواعد المندوب فهي مندوبة، وإن دخلت في قواعد المكروه فهي مكروهة، وإن دخلت في قواعد المباح فهي مباحة

« La bid'a se divise en : bid'a obligatoire, bid'a interdite, bid'a recommandée, bid'a détestable et bid'a permise. La méthode pour le savoir est d'exposer la bid'a aux règles de la Loi : si elle entre dans les règles de l'obligation, elle est obligatoire ; dans les règles de l'interdiction, interdite ; dans celles de la recommandation, recommandée ; dans celles du détestable, détestable ; dans celles du permis, permise. »

Al-'Izz ibn 'Abd as-Salâm, Qawâ'id al-ahkâm (2/204)

Ses exemples, repris par an-Nawawî et Ibn al-Hâjj, sont devenus classiques :

  • Obligatoire (wâjib) : la grammaire arabe, sans laquelle on ne comprend plus le Coran et la Sounna ; la codification des fondements du droit (ousoûl al-fiqh) ; la science de la critique des transmetteurs (jarh wa ta'dîl) ; la réfutation argumentée des doctrines déviantes.
  • Interdite (harâm) : les doctrines des qadarites, des jabrites, des mourji'ites et des moujassima — et leur réfutation est une « bid'a obligatoire ».
  • Recommandée (mandoûb) : la fondation d'écoles et de ribâts, la prière de tarâwîh derrière un imam unique, l'écriture des livres de science.
  • Détestable (makroûh) : la décoration excessive des mosquées et l'ornementation des moushafs.
  • Permise (moubâh) : se serrer la main après les prières du fajr et du 'asr, raffiner nourritures, boissons et vêtements — le tamis à farine étant, selon les traditions, la première chose que les musulmans introduisirent après le Prophète ﷺ.

Une adoption large, dans les quatre écoles

Contrairement à l'image d'une opinion isolée, la classification — en deux ou en cinq — traverse les quatre madhhabs. Voici, école par école, les principaux relais que notre recherche a permis d'établir, avec leurs œuvres :

Chez les shâfi'ites

  • Al-Bayhaqî (m. 458 H, al-Madkhal) ; al-Ghazâlî (m. 505 H) : « Tout ce qui est innové n'est pas interdit ; l'interdit est la bid'a qui contredit une Sounna établie et supprime un ordre de la Loi dont la cause demeure — l'innovation peut même devenir obligatoire quand les circonstances changent » (Ihyâ' 'ouloûm ad-dîn, 2/3) ; Abou Shâma (m. 665 H, al-Bâ'ith), pourtant auteur d'un traité contre les innovations ; Ibn al-Athîr (m. 606 H, an-Nihâya).
  • An-Nawawî (m. 676 H) : « Les savants ont dit : la bid'a est de cinq catégories [...]. Le hadith “toute innovation est un égarement” est un général particularisé ('âmm makhsoûs) visant la plupart des innovations » (Charh Sahîh Mouslim ; Tahdhîb al-asmâ' wal-loughât, 3/22).
  • Ibn Hajar al-'Asqalânî (m. 852 H, Fath al-Bârî, 4/298) ; as-Sakhâwî (m. 902 H, Fath al-moughîth, 2/61) ; as-Souyoûtî (m. 911 H, ad-Dîbâj 'alâ Sahîh Mouslim, 2/445, et al-Hâwî lil-fatâwî) ; al-Qastallânî (m. 923 H, Irchâd as-sârî, 3/426) ; Ibn Hajar al-Haytamî (m. 974 H, al-Fatâwâ al-hadîthiyya) ; al-Mounâwî (m. 1031 H, Fayd al-Qadîr).

Chez les mâlikites

  • Ibn 'Abd al-Barr (m. 463 H, al-Istidhkâr) : « la bid'a qui ne contredit ni la Loi ni la Sounna est une bid'a louable, comme l'a dit 'Oumar » ; Abou Bakr Ibn al-'Arabî (m. 543 H, commentaire du Jâmi' d'at-Tirmidhî) : « n'est blâmée de la bid'a que ce qui contredit la Sounna » ; al-Bâjî (m. 474 H, commentaire du Mouwatta') ; al-Qourtoubî (m. 671 H) dans son Tafsîr.
  • Al-Qarâfî (m. 684 H, al-Fouroûq, farq 252) : reprend la division quintuple de son maître al-'Izz, tout en notant que la bid'a considérée « en elle-même », abstraction faite des règles qui l'englobent, resterait détestable, « car tout le bien est dans le suivi (ittibâ') et tout le mal dans l'innovation (ibtidâ') ».
  • Ibn al-Hâjj (m. 737 H, al-Madkhal) — livre écrit contre les innovations et qui adopte pourtant les cinq catégories ; al-Wancharîsî (m. 914 H, al-Mi'yâr al-mou'rib, 1/357-358) : « Nos compagnons, bien qu'unanimes à réprouver les bid'a globalement, tiennent en réalité qu'elles sont de cinq catégories [...]. Le hadith “toute bid'a est égarement” est un général particularisé, comme l'ont explicité les imams » ; az-Zourqânî (m. 1122 H, Charh al-Mouwatta', 1/238) ; et au XXe siècle Ibn 'Âchoûr (at-Tahrîr wat-tanwîr, sur Coran 57, 27).

Chez les hanafites

  • Badr ad-Dîn al-'Aynî (m. 855 H, 'Oumdat al-qârî) : « si elle relève de ce que la Loi approuve, c'est une bid'a louable ; si elle relève de ce qu'elle réprouve, une bid'a réprouvée » ; at-Taftâzânî (m. 792 H, Charh al-maqâsid), qui traite d'« ignorants » ceux qui font de tout ce qui n'existait pas à l'époque des Compagnons une bid'a blâmable, même sans preuve de réprobation ; al-Khâdimî (m. 1176 H, Barîqa mahmoûdiyya).
  • Ibn 'Âbidîn (m. 1252 H, Radd al-mouhtâr — le texte de fatwa de référence de l'école) : « la bid'a est de cinq sortes... » avec exemples pour chaque catégorie ; al-Âloûsî (m. 1270 H, Roûh al-ma'ânî) ; al-Laknawî (m. 1304 H, Iqâmat al-houjja).

Chez les hanbalites

  • Ibn al-Jawzî (m. 597 H) — dans Talbîs Iblîs, livre de combat contre les innovations : « il y a eu des innovations qui n'entraient pas en collision avec la Loi ; [les savants] n'ont vu aucun mal à les pratiquer » ; Ibn Rajab (m. 795 H), qui valide la bipartition d'ash-Shâfi'î en la ramenant au sens linguistique ; al-Mar'î al-Karmî (m. 1033 H, Tahqîq al-bourhân) : « “toute bid'a est égarement” n'est pas une parole à prendre au pied de la lettre : les savants en ont compris le sens avec restriction » ; as-Saffârînî (m. 1188 H, Lawâ'ih al-anwâr).
  • Fait remarquable : Mouhammad ibn 'Abd al-Wahhâb lui-même (m. 1206 H) écrit dans une de ses lettres : « ... en nous libérant de toute bid'a, sauf la bid'a qui possède un fondement dans la Loi, comme la compilation du moushaf : celles-là sont bonnes » (ad-Dourar as-saniyya, lettre 16).

Hors des quatre écoles

  • Ibn Hazm le zhâhirite (m. 456 H, al-Ihkâm) distingue la bid'a récompensée — « celle dont le fondement est la permission, comme l'a dit 'Oumar » — de la bid'a excusée et de la bid'a blâmable ; as-San'ânî (m. 1182 H, Souboul as-salâm) adopte les cinq catégories et conclut que le hadith est « un général particularisé ».

Leurs preuves

Ce courant s'appuie sur : la parole de 'Oumar sur le tarâwîh (« un calife bien guidé, dont le Prophète ﷺ a ordonné de suivre la Sounna, n'emploierait pas fièrement un mot désignant l'égarement ») ; le mot d'Ibn 'Oumar sur le douhâ ; le hadith de Jarîr — « quiconque instaure une belle pratique » — lu selon la règle oussoulienne : c'est la généralité de l'énoncé qui fait foi, non la particularité de sa cause (al-'ibra bi-'oumoûm al-lafz lâ bi-khousoûs as-sabab) ; le verset du monachisme (Coran 57, 27), où le reproche ne porte pas sur l'invention elle-même mais sur son inobservance ; et surtout l'œuvre des Compagnons : compilation du Coran en un moushaf unique, second appel du vendredi instauré par 'Outhmân (rapporté par al-Boukhârî, 912), puis, chez leurs successeurs, points diacritiques et voyelles du moushaf — toutes choses inédites, unanimement reçues.

قوله صلى الله عليه وسلم: «وكل بدعة ضلالة» هذا عام مخصوص، والمراد غالب البدع [...] ولا يمنع من كون الحديث عاما مخصوصا قوله «كل بدعة» مؤكدا بكل، بل يدخله التخصيص مع ذلك، كقوله تعالى: {تدمر كل شيء}

« La parole « toute innovation est un égarement » est un général particularisé, et il vise la plupart des innovations [...]. Le fait que le hadith soit renforcé par « toute » (koull) n'empêche pas qu'il admette la particularisation, comme dans la parole du Très-Haut : « il détruit toute chose » (Coran 46, 25). »

An-Nawawî, Charh Sahîh Mouslim

5.  Le courant unitaire : « toute innovation est un égarement »

Face au courant classificateur, une seconde lecture — portée par des noms immenses — refuse toute catégorie louable à l'intérieur de la bid'a. Il faut le dire nettement, contre une idée reçue répandue : cette position n'est pas une invention contemporaine. Elle possède des racines classiques anciennes et solides, singulièrement dans deux traditions : le mâlikisme d'Occident (Andalousie et Maghreb) et le hanbalisme.

L'imam Mâlik et la tradition mâlikite d'Occident

من ابتدع في الإسلام بدعة يراها حسنة، فقد زعم أن محمدا صلى الله عليه وسلم خان الرسالة؛ لأن الله يقول: {اليوم أكملت لكم دينكم}، فما لم يكن يومئذ دينا فلا يكون اليوم دينا

« Quiconque introduit dans l'islam une bid'a qu'il estime bonne prétend que Mouhammad ﷺ a trahi le message, car Allah dit : « Aujourd'hui, J'ai parachevé votre religion. » Ce qui n'était pas religion ce jour-là n'est pas religion aujourd'hui. »

Parole de Mâlik ibn Anas rapportée par Ibn al-Mâjichoûn — citée par ash-Shâtibî dans al-I'tisâm

« Aujourd'hui, J'ai parachevé votre religion, Je vous ai comblés de Mes bienfaits et J'agrée pour vous l'islam comme religion. »

Coran 5, 3 — traduction Rachid Maach

Le genre littéraire des « livres des innovations » (koutoub al-bida') naît d'ailleurs en terre mâlikite : le premier traité conservé est celui d'Ibn Waddâh al-Qourtoubî (m. 287 H), al-Bida' wan-nahy 'anhâ, suivi d'at-Tourtoûchî (m. 520 H), al-Hawâdith wal-bida'. Mais l'histoire réserve ici une ironie instructive : at-Tourtoûchî lui-même rapporte, d'après la Moudawwana, que Mâlik dit du qounoût dans le witr : « C'est louable, et c'est une innovation qui n'existait ni sous Abou Bakr, ni sous 'Oumar, ni sous 'Outhmân. » Et Ibn al-Hâjj, auteur du plus célèbre réquisitoire mâlikite contre les innovations (al-Madkhal), y adopte pourtant la division quintuple. Même chez les plus rigoureux, le vocabulaire de la « bonne innovation » affleure — signe que le désaccord est moins tranché qu'il n'y paraît.

L'histoire du genre confirme cet enracinement. Maribel Fierro a montré que les « livres des innovations » naissent et prospèrent d'abord dans l'Occident musulman mâlikite, où la défense de la pratique établie de Médine nourrissait une vigilance particulière contre les nouveautés (Der Islam, 1992) ; Vardit Rispler a retracé, de son côté, l'évolution sémantique du terme bid'a, d'un usage encore souple dans les premiers siècles vers une charge de plus en plus systématiquement négative (Der Islam, 1991). Ces travaux, purement historiques, n'arbitrent pas le débat de fond ; ils établissent que chacune des deux lectures a derrière elle une longue histoire — aucune n'est née au vingtième siècle.

Ibn Taymiyya (m. 728 H) : la fermeté, avec trois nuances qu'on oublie

« Préserver la portée générale de la parole du Prophète ﷺ « toute innovation est un égarement » s'impose, et il est obligatoire d'agir selon sa généralité. Quant à ce qui est appelé bid'a et dont le caractère bon est établi par les preuves de la Loi, de deux choses l'une : ou bien l'on dit que ce n'est pas une bid'a en religion, même si on la nomme bid'a au sens de la langue — comme le fit 'Oumar ; ou bien l'on dit que ce général est particularisé, cette forme en étant exclue par un élément prépondérant, comme pour les autres énoncés généraux du Livre et de la Sounna. »

Ibn Taymiyya, Majmoû' al-fatâwâ — repris dans Iqtidâ' as-sirât al-moustaqîm

Ce texte est capital : le champion du courant unitaire admet lui-même, comme issue recevable, la solution du « général particularisé » qui est précisément celle d'an-Nawawî. Trois autres nuances taymiennes sont systématiquement gommées dans le discours contemporain :

  • Le statut par défaut est la karâha, non l'anathème. Ibn Taymiyya écrit dans le Majmoû' : « Le principe, concernant les bid'a, est qu'elles sont détestables (makroûha) », et il qualifie nombre de pratiques de « bid'a détestable » plutôt que d'interdit formel.
  • L'excuse du moujtahid. « Beaucoup d'adorateurs, de savants et de gouvernants sont excusés dans leurs innovations en raison de leur ijtihâd [...] ; bien plus, un tel homme peut être un grand véridique (siddîq), car il n'est pas requis du véridique que chacune de ses paroles soit juste ni que chacun de ses actes soit une Sounna » (Iqtidâ' as-sirât al-moustaqîm).
  • La récompense de l'intention. À propos de la célébration de la naissance du Prophète ﷺ — qu'il tient fermement pour une innovation que les Salafs n'ont pas pratiquée — il écrit néanmoins : « Honorer le mawlid et en faire une occasion régulière, certains le font et peuvent y obtenir une immense récompense en raison de leur bonne intention et de leur vénération du Messager d'Allah ﷺ » (Iqtidâ', p. 297 de l'édition courante). La pratique reste pour lui blâmable ; l'homme, lui, n'est pas condamné en bloc.

Ajoutons son cadre d'analyse le plus fécond, hérité du droit mâlikite : la maslaha moursala. Si la cause (mouqtadî) d'un acte existait du vivant du Prophète ﷺ sans empêchement (mâni') et qu'il ne l'a pas fait, alors l'introduire ensuite est une innovation ; mais si la cause est apparue après lui — la mort des mémorisateurs qui motiva la compilation du Coran, la corruption de la langue qui motiva la grammaire — l'acte relève de l'intérêt légitime, non de la bid'a.

السنة هي ما قام الدليل الشرعي عليه بأنه طاعة لله ورسوله، سواء فعله رسول الله صلى الله عليه وسلم، أو فعل على زمانه، أو لم يفعله ولم يفعل على زمانه لعدم المقتضي حينئذ لفعله أو وجود المانع منه؛ فإنه إذا ثبت أنه أمر به أو استحبه فهو سنة، كما أمر بإجلاء اليهود والنصارى من جزيرة العرب، وكما جمع الصحابة القرآن في المصحف، وكما داوموا على قيام رمضان في المسجد جماعة

« La Sounna, c'est ce que la preuve légale établit comme obéissance à Allah et à Son Messager — que le Messager d'Allah ﷺ l'ait fait, qu'on l'ait fait de son vivant, ou qu'on ne l'ait fait ni de son fait ni de son vivant parce que le facteur qui l'appelait n'existait pas encore ou qu'un empêchement s'y opposait : ainsi l'évacuation des juifs et des chrétiens de la péninsule arabe qu'il avait ordonnée, la réunion du Coran en un seul moushaf, la persévérance des Compagnons dans la prière de Ramadan en congrégation à la mosquée. »

Ibn Taymiyya, Majmoû' al-fatâwâ (21/317-318) — traduction condensée

Ce texte contient une pièce maîtresse trop souvent oubliée : chez Ibn Taymiyya, le simple délaissement (tark) du Prophète ﷺ ne suffit pas à prouver l'interdit. Encore faut-il établir que le facteur d'appel existait de son vivant et qu'aucun empêchement ne s'y opposait — faute de quoi l'acte ultérieur peut être pleinement Sounna, comme les trois exemples qu'il donne. Cette précision interdit de réduire le courant unitaire au réflexe « il ne l'a pas fait, donc c'est interdit ». Elle n'adoucit pas tout : le même Iqtidâ' traite certaines fêtes innovées avec la dernière sévérité. Mais elle révèle un système exigeant, non un slogan.

Ash-Shâtibî (m. 790 H) : le systématisateur

C'est à Abou Ishâq ash-Shâtibî, mâlikite de Grenade, que le courant unitaire doit sa forme achevée, dans al-I'tisâm — l'ouvrage le plus profond jamais écrit sur la question. Ses deux arguments majeurs :

  • L'argument de la transmission. Le hadith « toute innovation est un égarement » a été transmis en de nombreuses versions, par de nombreux Compagnons, sans que jamais une seule exception n'y soit formulée — jamais un « toute bid'a est égarement, sauf telle et telle ». Si une innovation avait mérité l'éloge de la Loi, elle aurait été mentionnée ; la généralité doit donc être maintenue telle quelle.
  • L'argument logique de l'auto-réfutation. La division quintuple se détruit elle-même : la réalité de la bid'a est de n'avoir aucune preuve légale en sa faveur. Or si une preuve établissait qu'un acte est obligatoire, recommandé ou permis, cet acte ne serait pas une bid'a — il entrerait dans le champ général des actes commandés ou autorisés. « Réunir la qualification de bid'a et l'existence de preuves d'obligation, de recommandation ou de permission est une réunion de contraires. »

On notera l'élégance du dispositif : ash-Shâtibî ne nie pas que la compilation du Coran ou la grammaire soient d'excellentes choses — il nie qu'elles soient des bid'a, puisqu'elles ont un fondement. Et même chez lui, l'unité de la catégorie n'exclut pas la hiérarchie : les bid'a se répartissent, écrit-il, entre l'interdit et le détestable, se hiérarchisent en grandes et petites, et se distinguent selon qu'elles touchent aux nécessités, aux besoins ou aux compléments de la religion — certaines allant jusqu'au kufr, d'autres non. Autrement dit, le courant « unitaire » finit lui aussi par classer, mais à l'intérieur du blâmable.

Ibn Rajab et la synthèse hanbalite

وأما ما وقع في كلام السلف من استحسان بعض البدع، فإنما ذلك في البدع اللغوية لا الشرعية

« Chaque fois que l'un des anciens a qualifié certaines innovations de bonnes, il visait la bid'a au sens linguistique, non au sens légal. »

Ibn Rajab al-Hanbalî, Jâmi' al-'ouloûm wal-hikam (2/128)

C'est la clé de lecture par laquelle Ibn Rajab absorbe la bipartition d'ash-Shâfi'î sans la rejeter : la « bid'a louable » du grand imam est une bid'a de langue, non de Loi. Ach-Chawkânî (m. 1250 H) défendra la même ligne dans Nayl al-awtâr, en des termes vifs contre la division des juristes. On mentionnera enfin, pour être complet, le rigorisme des premiers hanbalites — tel al-Barbahârî avertissant que « les petites innovations grandissent jusqu'à devenir grandes » — qui atteste l'ancienneté de la sensibilité unitaire dans cette école.

 

 

6.  Un désaccord largement terminologique : le verdict des savants

Arrivé à ce point, le lecteur attentif a peut-être déjà fait l'observation décisive : les deux courants disent la même chose avec des mots différents. Des savants de premier plan l'ont établi explicitement — c'est le résultat le plus précieux de cette enquête.

Ce sur quoi tout le monde est d'accord

  • Ce qui possède un fondement (asl) dans la Loi — texte, principe général, intérêt reconnu — est accepté. Les uns l'appellent « bid'a bonne, recommandée ou obligatoire » ; les autres refusent de l'appeler bid'a et parlent de maslaha moursala ou de bid'a purement linguistique. La chose est identique, seule l'étiquette change.
  • Ce qui ne possède aucun fondement dans la Loi est rejeté — et nul, dans le courant classificateur, n'a jamais soutenu qu'on puisse valider une invention religieuse dépourvue de tout appui légal. Al-'Izz lui-même conditionne chaque catégorie à son entrée « dans les règles de la Loi ».
  • La bid'a véritable, au sens légal plein, est détestable ou interdite selon sa gravité — les deux camps le disent, ash-Shâtibî comme al-Qarâfî.

Les témoins du caractère terminologique du différend

« Peut-être t'apparaît-il ici que le différend des savants sur le hadith « toute innovation est un égarement » — général particularisé ou général non particularisé — est un différend terminologique. »

Al-Laknawî (m. 1304 H), Iqâmat al-houjja 'alâ anna al-ikthâr fî at-ta'abboud laysa bi-bid'a

« C'est un différend de terminologie, qui dépend de ce que désigne le mot bid'a employé absolument dans la Loi. Il n'y a donc aucun fondement à la condamnation par ash-Shâtibî de la classification d'al-Qarâfî : la question est terminologique, et il n'y a pas lieu de se disputer sur une terminologie tant que la réalité de la chose fait l'objet d'un accord entre les savants. »

'Alî Mahfoûz (m. 1361 H / 1942), al-Ibdâ' fî madârr al-ibtidâ' — savant d'al-Azhar, auteur d'un traité contre les innovations

Taqî ad-Dîn as-Soubkî (m. 756 H) l'avait formulé dans ses Fatâwâ : le mot bid'a employé absolument désigne, dans la Loi, l'innovation blâmable ; restreint par un qualificatif — « bid'a recommandée » — il devient licite, comme usage figuré dans la Loi mais littéral dans la langue. Az-Zarkashî (m. 794 H) dit la même chose dans al-Manthoûr. Et l'on retrouve la convergence chez Ibn Taymiyya lui-même : « Ceux [des savants] qui ont dit que certaines bid'a sont louables, c'est seulement lorsqu'une preuve de la Loi indique qu'elles sont recommandées » (Majmoû' al-fatâwâ) — ce qui est très exactement la méthode d'al-'Izz : exposer la chose aux règles de la Loi.

Le débat en un tableau

Avant d'entrer dans le seul désaccord substantiel, fixons l'acquis d'un coup d'œil :

Question

Lecture classificatrice

Lecture unitaire

Existe-t-il de « bonnes bid'a » ?

Oui : cinq statuts possibles, du wâjib au harâm.

Non au sens légal ; « bonne bid'a » ne vaut qu'en langue.

Tarâwîh en congrégation continue

Bid'a louable — « quelle bonne innovation ».

Sounna réactivée : l'empêchement (crainte de l'obligation) avait disparu.

Compilation du moushaf

Bid'a obligatoire (wâjiba).

Maslaha moursala commandée par la sauvegarde de la révélation.

Grammaire, sciences instrumentales

Bid'a obligatoire ou recommandée.

Moyens (wasâ'il) au service d'obligations — hors du champ de la bid'a.

« Toute bid'a est un égarement »

Général particularisé ('âmm makhsoûs).

Général préservé (mahfoûz) : aucune exception au sens légal.

Modalités ajoutées (bid'a idâfiyya)

Examen au cas par cas ; certaines acceptées.

Blâmables dès qu'une régularité est instituée (iltizâm).

Nouveauté cultuelle sans aucun fondement

Rejetée.

Rejetée — accord total.

Tableau simplifié : chaque ligne renvoie aux développements des sections correspondantes, et les positions individuelles connaissent des nuances que le corps du dossier restitue.

Point d'honnêteté. Certains savants contemporains — tel le shâfi'ite 'Abd al-Ilâh al-'Arfaj — soutiennent que le différend n'est pas purement verbal et qu'il emporte des conséquences réelles. Ils ont raison sur un point, et un seul : l'application de ces principes à une catégorie précise d'actes, la bid'a idâfiyya. C'est là que se loge le désaccord substantiel — et c'est l'objet de la section suivante.

7.  Le vrai champ de bataille : la bid'a idâfiyya

Ash-Shâtibî a forgé une distinction devenue incontournable. La bid'a haqîqiyya (« véritable ») est innovée dans son fondement et dans sa forme : elle ne s'appuie sur rien — ni texte, ni principe, ni mode de déduction reconnu. Elle est blâmable par consensus des deux courants ; personne ne la défend. La bid'a idâfiyya (« additionnelle » ou « relative ») est tout autre : l'acte lui-même possède un fondement — l'invocation, le rappel d'Allah, le jeûne, la lecture du Coran sont légiférés — mais sa modalité précise ne l'est pas : on lui a ajouté un temps fixe, un nombre fixe, un lieu, une forme collective, une régularité que le texte n'a pas fixés.

De la bid'a haqîqiyya, l'époque prophétique offre elle-même le cas d'école : Abou Isrâ'îl avait fait le vœu de rester debout en plein soleil, sans s'asseoir, sans chercher l'ombre, sans parler, tout en jeûnant. Le Prophète ﷺ ordonna : « Qu'il parle, qu'il cherche l'ombre, qu'il s'asseye — et qu'il achève son jeûne » (al-Boukhârî, 6704). Le culte inventé fut retranché ; l'acte institué — le jeûne — fut conservé. Toute la logique du chapitre tient dans ce partage.

Ash-Shâtibî décrit les deux mécanismes de la bid'a idâfiyya : restreindre ce que la Loi a laissé libre (réserver tel dhikr à telle heure, tel jour à tel jeûne, fixer un nombre de répétitions) ; ou libérer ce que la Loi a restreint (augmenter la quantité d'un acte défini, substituer une formule à une autre). Et c'est ici — non sur le principe général — que les deux courants divergent réellement :

  • La lecture souple, largement représentée chez les juristes classificateurs : de nombreuses modalités ajoutées ont été acceptées — mais au cas par cas, jamais par principe — dès lors que l'acte de base est légiféré, qu'aucun texte n'est contredit et qu'aucune croyance fausse ne s'y greffe. On la rencontre chez beaucoup de shâfi'ites et de hanbalites, chez la plupart des hanafites et chez une partie des mâlikites, sans qu'un décompte madhhab par madhhab soit possible. Et la même école savait condamner : al-'Izz lui-même, père de la division quintuple, a combattu la salât ar-raghâ'ib (section 9).
  • La lecture stricte : la spécification elle-même est une législation sans autorisation — donc blâmable. C'est la position de nombreux mâlikites anciens, d'Ibn Noujaym chez les hanafites, d'Ibn Taymiyya et d'Ibn al-Qayyim chez les hanbalites, d'Abou Shâma avec mesure, et d'ash-Shâtibî avec système. Ibn al-Qayyim en donne la logique : la Sounna a établi le caractère détestable de consacrer le mois de rajab au jeûne ou la nuit du vendredi à la prière, « pour barrer la voie (sadd adh-dharâ'i') à l'adoption d'une législation qu'Allah n'a pas permise, par la spécification d'un temps ou d'un lieu » (I'lâm al-mouwaqqi'în).

Nuance décisive, commune à ash-Shâtibî et à Ibn Taymiyya : ce qui est visé, c'est la régularité érigée en rite (iltizâm, mouwâzhaba), non l'acte occasionnel. Ibn Taymiyya écrit que la chose peut se faire « parfois, en certains temps et lieux, sans qu'on en fasse une sounna régulière que l'on observe — hormis ce que le Messager ﷺ observait régulièrement » (Majmoû' al-fatâwâ). Même le grand soufi mâlikite Ahmad Zarroûq abonde : « Limiter ce que la Loi n'a pas limité est une innovation dans la religion » (Qawâ'id at-tasawwouf) — preuve que cette exigence n'est pas la propriété d'un camp.

Adoration absolue, adoration conditionnée

Pour saisir pourquoi la question des modalités est si sensible, il faut un dernier outil, central chez Ibn Taymiyya : la distinction entre l'adoration conditionnée (mouqayyada) — celle dont la Loi a fixé le temps, le nombre et la forme : les cinq prières, le jeûne de Ramadan, le pèlerinage — et l'adoration absolue (moutlaqa), que la Loi a laissée ouverte : le dhikr, l'aumône, la prière surérogatoire hors des temps proscrits, le jeûne facultatif hors des jours défendus. La bid'a idâfiyya consiste, au fond, à conditionner de soi-même une adoration que le Législateur a laissée absolue : lui fixer un temps, un nombre, une forme collective, une régularité, comme si cette fixation venait de la Loi. Les classificateurs demandent : cette fixation contredit-elle un texte ? Les unitaires répondent : la fixation est le problème, car elle imite le geste propre du Législateur. Deux questions différentes — d'où deux verdicts différents sur les mêmes actes.

Les moyens (wasâ'il) ne sont pas des innovations

Une confusion fréquente doit être levée : les moyens ne relèvent pas du débat sur la bid'a. La règle est classique — les moyens ont le statut de leurs fins (al-wasâ'il lahâ ahkâm al-maqâsid). Le microphone qui porte la voix de l'imam, l'imprimerie qui multiplie les moushafs, l'application qui affiche le Coran, le planning qui organise un cours hebdomadaire, le support pédagogique : rien de tout cela n'est une adoration ; ce sont des instruments au service d'actes institués. Trois questions permettent de tracer la frontière :

  • Le moyen est-il substituable ? Un autre instrument rendrait-il le même service sans que rien ne change religieusement ? Le micro peut céder la place au porte-voix : rien ne se perd.
  • Est-il dépourvu de valeur cultuelle propre ? Nul ne pense se rapprocher d'Allah par le microphone lui-même, ni que son usage ait un mérite particulier.
  • Est-il perçu par tous comme un simple outil ? Sa forme n'est ni vécue ni transmise comme un rite.

Trois oui : c'est un moyen (wasîla), hors du champ de la bid'a — les deux courants en conviennent, l'un en parlant de « bid'a obligatoire ou permise », l'autre de moyens d'obligations. Qu'une seule réponse bascule — un mérite qu'on prête à la chose elle-même, une forme régulière à valeur religieuse qu'on lui donne — et voici l'instrument en train de devenir un rite : la question de la bid'a se pose alors, et alors seulement. C'est très exactement ainsi que la tradition a traité la grammaire et la compilation du moushaf : « bid'a obligatoire » chez al-'Izz, « moyen commandé par la maslaha » chez les unitaires — même verdict pratique sous deux étiquettes.

Cas d'école : comment les savants ont tranché en pratique

  • Le chapelet (soubha). Désapprouvé par certains anciens (on le rapporte d'Ibn Mas'oûd), il fut admis par les quatre écoles : Ibn 'Âbidîn et al-Moubârakfoûrî chez les hanafites ; ad-Dardîr et ad-Dasoûqî chez les mâlikites ; Ibn as-Salâh, as-Souyoûtî et Ibn Hajar al-Haytamî chez les shâfi'ites ; et jusqu'à Ibn Taymiyya chez les hanbalites, qui ne le qualifie pas de bid'a et rappelle ce qui est rapporté de 'Â'icha et d'Abou Hourayra (Majmoû' al-fatâwâ).
  • Le mawlid. Cas limite par excellence : as-Souyoûtî rapporte dans al-Hâwî lil-fatâwî que son maître Ibn Hajar al-'Asqalânî, interrogé, le tint pour une innovation dont la célébration par des moyens licites relève du bien ; al-Fâkihânî le mâlikite (m. 734 H) écrivit contre ; Ibn Taymiyya le tint pour une innovation délaissée par les Salafs — tout en reconnaissant, on l'a vu, la récompense possible de l'intention. Trois verdicts, trois grands savants, une même grille : chacun cherche si la pratique se rattache ou non à un fondement.
  • Le qounoût du witr, le dhikr collectif, la lecture sur la tombe, la poignée de main après la prière : mêmes lignes de fracture — Mâlik loue le qounoût tout en le disant innové ; an-Nawawî juge la poignée de main après fajr et 'asr « bid'a permise » (al-Majmoû') ; Ibn Hajar al-Haytamî admet la lecture du Coran auprès de la tombe (Touhfat al-mouhtâj) quand d'autres la refusent.

Le récit-témoin : Ibn Mas'oûd et les cercles aux cailloux

Un récit domine toute cette matière — chaque camp le brandit, il faut donc le lire en entier. À Koûfa, Abou Moûsâ al-Ash'arî rapporte à Ibn Mas'oûd ce qu'il vient de voir dans la mosquée : des cercles assis attendant la prière, des cailloux dans les mains, un homme au centre qui commande — « dites cent fois Allâhou akbar », et ils le disent cent fois ; puis cent tahlîl, puis cent tasbîh. Ibn Mas'oûd se rend auprès d'eux et leur dit :

فعدوا سيئاتكم، فأنا ضامن أن لا يضيع من حسناتكم شيء. ويحكم يا أمة محمد، ما أسرع هلكتكم! هؤلاء صحابة نبيكم صلى الله عليه وسلم متوافرون، وهذه ثيابه لم تبل، وآنيته لم تكسر. والذي نفسي بيده، إنكم لعلى ملة هي أهدى من ملة محمد صلى الله عليه وسلم أو مفتتحو باب ضلالة. قالوا: والله يا أبا عبد الرحمن، ما أردنا إلا الخير. قال: وكم من مريد للخير لن يصيبه

« Comptez plutôt vos péchés — je me porte garant que rien de vos bonnes actions ne sera perdu. Malheur à vous, communauté de Mouhammad ! Quelle hâte vers votre perte ! Voici les Compagnons de votre Prophète ﷺ encore nombreux, voici ses vêtements pas encore usés, ses récipients pas encore brisés. Par Celui qui tient mon âme en Sa main : ou bien vous êtes sur une voie plus guidée que celle de Mouhammad — ou bien vous ouvrez une porte d'égarement. — Par Allah, Abou 'Abd ar-Rahmân, nous ne voulions que le bien ! — Et combien veulent le bien qui ne l'atteignent pas ! »

Ad-Dârimî (210) — récit authentifié par al-Albânî (as-Silsila as-sahîha, n° 2005)

Le rapporteur ajoute un épilogue glaçant : « Nous avons vu la plupart des gens de ces cercles nous combattre le jour de Nahrawân, avec les Khawârij. » Pour la lecture stricte, la scène est la démonstration même : le dhikr est institué, mais le dispositif — nombre imposé, direction autoritaire, forme collective réglée — ne l'est pas, et un Compagnon majeur le traite en porte d'égarement, l'histoire lui donnant tragiquement raison. La lecture souple répond par deux textes : le Prophète ﷺ a loué un cercle de Compagnons assis pour évoquer Allah — « Gabriel m'a annoncé qu'Allah se glorifie de vous auprès des anges » (Mouslim, 2701) — et annoncé que les anges entourent les assemblées de dhikr (Mouslim, 2699) ; Ibn Mas'oûd n'aurait donc pas condamné l'évocation en groupe, mais l'appareil ajouté et, peut-être, l'état d'esprit des participants — que la suite a confirmé. On remarquera que les deux lectures s'accordent sur le point technique : ce qui fait question, ce sont les modalités instituées, non le dhikr.

Deux autres scènes de la même famille. Marwân ibn al-Hakam déplace le sermon de la fête avant la prière ; un homme se lève pour protester, et Abou Sa'îd al-Khoudrî l'approuve — « celui-là a accompli son devoir » — en citant : « Que celui d'entre vous qui voit une chose blâmable la change de sa main... » (Mouslim, 49) : une modalité déplacée sans texte fut traitée en mounkar par un Compagnon. Et lorsque Sa'd ibn Târiq demande à son père Târiq ibn Ashyam — qui avait prié derrière le Prophète ﷺ, Abou Bakr, 'Oumar, 'Outhmân et 'Alî — si tous pratiquaient le qounoût du fajr, le père répond : « Mon fils, c'est une chose introduite » (at-Tirmidhî, 402, jugé « hasan sahîh ») — visant la régularité donnée à l'invocation, non l'invocation elle-même, que Mâlik, on l'a vu, pouvait dire à la fois louable et innovée.

Règle de méthode. Le désaccord sur la bid'a idâfiyya est un désaccord d'application entre moujtahids, à l'intérieur d'un cadre commun — pas un affrontement entre « gens de la Sounna » et « gens de l'égarement ». Requalifier une divergence de fiqh en frontière de l'orthodoxie est précisément l'abus que ce dossier veut corriger.

8.  Trois textes, deux lectures : l'examen croisé des preuves

« Quelle bonne innovation que celle-ci ! » (al-Boukhârî, 2010)

Lecture classificatrice : un calife bien guidé, dont la Sounna doit être « mordue à pleines dents » selon le hadith d'al-'Irbâd, emploie fièrement le mot bid'a pour une pratique adoptée par le consensus des Compagnons — preuve textuelle qu'il existe des innovations louables. Lecture unitaire : bid'a purement linguistique, car le tarâwîh possède un fondement direct : le Prophète ﷺ l'a prié en groupe trois nuits, puis a cessé en expliquant craindre que cela ne devienne obligatoire (al-Boukhârî, 2012 ; Mouslim, 761). L'empêchement (la crainte de l'obligation) a disparu avec la fin de la Révélation ; 'Oumar n'a donc rien créé — il a réactivé une pratique prophétique suspendue. Notons l'aveu implicite : cette réponse fonctionne parce que le tarâwîh a un fondement — c'est-à-dire qu'elle applique exactement le critère du fondement (asl) que défend le courant classificateur.

« Quiconque instaure en islam une belle pratique » (Mouslim, 1017)

Lecture unitaire : la cause de l'énoncé (sabab al-wouroûd) l'explique. Le Prophète ﷺ exhorta à l'aumône devant des bédouins misérables ; un Ansârite apporta une bourse, et les dons affluèrent à sa suite ; c'est alors que fut prononcée la parole. « Instaurer » (sanna) signifie donc être le premier à agir — ou faire revivre — une pratique déjà légiférée : l'aumône est prescrite par le Coran, cet homme n'a rien inventé. C'est la lecture d'Ibn Bâz et d'al-Albânî. Un hadith parallèle la conforte : « Celui qui appelle à une guidance aura une récompense semblable à celle de ceux qui le suivront » (Mouslim, 2674) — appeler à une guidance existante, non en créer une. Lecture classificatrice : la règle oussoulienne établie veut que la généralité de l'énoncé prime sur la particularité de sa cause ; le verbe sanna, attribué au serviteur, implique l'initiative ; et l'histoire confirme : la compilation du moushaf fut une œuvre inventée dans sa forme, moyen de préserver le Livre, unanimement reçue — belle pratique au sens plein. Détail piquant relevé par notre recherche : ash-Shâtibî mobilise lui aussi le sabab al-wouroûd, et Ibn 'Outhaymîn objecte à la lecture « faire revivre » qu'elle s'accorde mal au second membre du hadith — on ne « fait pas revivre » une mauvaise pratique que l'islam aurait comportée. Chaque camp retourne donc les armes de l'autre.

« Toute innovation est un égarement » (Mouslim, 867)

Lecture classificatrice : général particularisé ('âmm makhsoûs), comme d'innombrables énoncés du Livre et de la Sounna — an-Nawawî rappelle que le vent qui « détruit toute chose » (Coran 46, 25) n'a détruit ni les cieux ni la terre, sans que la généralité du verset soit mensongère. Lecture unitaire : général préservé ('âmm mahfoûzh). Ibn 'Outhaymîn ajoute un argument redoutable : lire « toute mauvaise innovation est un égarement » viderait le hadith de son sens, car une mauvaise chose est un égarement qu'elle soit innovée ou non — le propos prophétique deviendrait une tautologie, ce qui est indigne de la parole la plus éloquente qui soit. Réponse classificatrice : nul ne sous-entend « mauvaise » ; on dit que le mot bid'a, dans la bouche du Législateur, désigne déjà l'innovation sans fondement — en quoi les deux lectures, une fois de plus, se rejoignent par des chemins différents. Les unitaires, du reste, contestent jusqu'à la pertinence de l'analogie du vent : le contexte y restreint de lui-même une destruction matérielle, tandis que « toute bid'a est un égarement » serait une définition légale sans restriction — une analogie avec différence (qiyâs ma'a al-fâriq), disent-ils. Honnêtement : sur ce point précis, la question est moins réglée que chaque camp ne l'affirme.

Bilâl et Khoubayb : deux initiatives de Compagnons à la loupe

Deux récits reviennent sans cesse dans ce débat, car on y voit des Compagnons prendre des initiatives cultuelles personnelles. Bilâl, interrogé par le Prophète ﷺ sur l'œuvre qui lui a valu que ses pas soient entendus au Paradis, répond qu'il ne fait jamais ses ablutions, de jour ou de nuit, sans prier ensuite ce qui lui a été destiné (al-Boukhârî, 1149 ; Mouslim, 2458) — la version d'at-Tirmidhî (3689) ajoute qu'il priait deux rak'a après chaque adhân et renouvelait ses ablutions à chaque rupture. Et Khoubayb ibn 'Adî, sur le point d'être exécuté par ses ravisseurs, demande à prier deux rak'a — « il fut le premier à instituer les deux rak'a pour tout musulman tué en captivité », dit le rapporteur (al-Boukhârî, 3045).

Lecture classificatrice : voilà deux initiatives personnelles, non ordonnées, approuvées après coup — preuve vivante qu'un serviteur peut inaugurer une forme de dévotion avant tout texte particulier, pourvu qu'elle entre dans les généralités de la Loi. Lecture unitaire : chaque élément se rattachait déjà à une institution. La prière entre l'appel et l'iqâma est instituée — « entre chaque double appel il y a une prière, pour qui veut » (al-Boukhârî, 627 ; Mouslim, 838) ; les deux rak'a après les ablutions le sont par le hadith de 'Outhmân (Mouslim, 226) ; la persévérance dans l'ablution est elle-même louée par le Prophète ﷺ. Quant à Khoubayb : prier lorsqu'une affaire grave survient est institué — « quand une affaire l'angoissait, le Prophète ﷺ priait » (Abou Dâwoud, 1319, jugé bon) — et c'est l'approbation prophétique qui a fait de son geste une sounna pour la communauté : informé, le Prophète ﷺ l'a relaté à ses Compagnons, et al-Qastallânî précise que le geste « n'est devenu sounna que parce qu'il fut accompli de son vivant ﷺ, qu'il l'apprécia et l'approuva » (Irchâd as-sârî) — c'est le taqrîr.

On mesure l'enseignement : les deux camps pratiquent le même geste — rattacher l'initiative à un fondement — et divergent seulement sur l'autorité et la largeur du rattachement. Qui décide qu'une initiative « entre dans les généralités » ? Faut-il, comme pour Khoubayb, une approbation prophétique expresse, désormais impossible ? On retrouve, une dernière fois, la question de la section 3 : tout se joue dans la théorie du fondement.

Bilan de l'examen : aucun des deux camps ne rejette un texte authentique. Chacun harmonise l'ensemble avec des outils reconnus de la science des fondements — particularisation du général d'un côté, maintien du sens apparent joint à la distinction linguistique/légal de l'autre. C'est un désaccord entre savants, mené selon les règles, et il doit être présenté comme tel.

9.  Le discours contemporain : héritage classique et durcissements

Venons-en à la question qui motive ce dossier : la présentation contemporaine — dominante dans une partie de la prédication salafie — selon laquelle la bid'a religieuse ne connaît qu'une seule catégorie, l'égarement, et selon laquelle la division en catégories serait une erreur à réfuter. Qu'en dire, au terme de l'enquête ?

Une distinction préalable s'impose, entre deux étages trop souvent confondus : celui des grands savants du courant — Ibn Bâz, al-Albânî, Ibn 'Outhaymîn, al-Fawzân — qui argumentent, citent, nuancent et excusent ; et celui d'une vulgarisation militante qui transforme leurs conclusions en slogans d'anathème. L'examen qui suit décrit le premier étage d'après ses propres textes, et ne lui impute pas les excès du second.

 


 

Ce qui est authentiquement classique

La position unitaire elle-même. De Mâlik aux traités mâlikites d'Andalousie, d'Ibn Taymiyya et Ibn Rajab à ash-Shâtibî, la lecture « toute bid'a légale est blâmable » est une position sunnite ancienne, argumentée, respectable. La présenter comme une « invention wahhabite » est historiquement faux, et ce dossier ne cautionnera pas cette caricature-là non plus. Les fatwas contemporaines s'inscrivent dans cette lignée et en reprennent les arguments — qu'on en juge sur pièces :

« Ce partage de la bid'a en cinq catégories n'est pas exact. La parole de 'Oumar « quelle bonne innovation » s'entend de la bid'a au sens de la langue, non au sens légal : la prière de nuit en congrégation possède un fondement dans l'action du Prophète ﷺ. Quant aux savants qui ont admis cette division, ils ont visé un sens juste — les nouveautés utiles qui ont un fondement dans la Loi — mais l'expression prête à confusion, et la voie la plus sûre est de s'en tenir à la parole du Prophète ﷺ : toute bid'a est un égarement. »

Ibn Bâz, fatwa sur la division de la bid'a (binbaz.org.sa) — traduction condensée

« La bid'a religieuse ne se divise pas : toute bid'a est un égarement, par le témoignage même du Prophète ﷺ. Ce que des savants ont appelé « bonne bid'a » : ou bien cela relève en réalité de la Sounna, ou bien cela possède un fondement qui l'y rattache — et alors ce n'est pas une bid'a au sens légal. Admettre la division, c'est ouvrir une porte par laquelle chacun validera sa nouveauté. »

Ibn 'Outhaymîn, réponses de Noûr 'alâ ad-darb et des Fatâwâ — traduction condensée

Al-Fawzân refuse dans le même esprit toute « bid'a hasana », et al-Albânî a consacré une explication détaillée au hadith « man sanna » pour le rattacher au sens de « faire revivre ». Ces positions prolongent la lignée classique du courant unitaire et en reprennent les arguments — c'est leur droit le plus strict, et nul ne peut les en disqualifier.

Ce qui relève d'un durcissement moderne

  • L'exclusivisme. Présenter la lecture unitaire comme la seule position sunnite légitime, et la classification comme une déviance — alors qu'elle fut portée par ash-Shâfi'î, an-Nawawî, Ibn Hajar, al-'Aynî, Ibn 'Âbidîn, al-Qarâfî et des dizaines d'autres piliers de l'orthodoxie. Dans le feu de la polémique, Ibn 'Outhaymîn dit de la division d'al-'Izz qu'elle a servi de refuge à des gens qu'il nomme « parasites de la science » — formule qui vise des vulgarisateurs, mais dont l'effet rhétorique rejaillit sur toute la tradition classificatrice. Ibn Bâz, on l'a lu, excuse expressément l'intention des savants concernés tout en jugeant leur expression fautive : la différence de ton entre les maîtres et leurs relais mérite d'être notée.
  • L'effacement des nuances taymiennes. Le Ibn Taymiyya réellement existant admettait l'issue du général particularisé, tenait la karâha pour statut par défaut, excusait le moujtahid jusqu'à le dire possible « grand véridique », et reconnaissait la récompense de l'intention chez qui honore le mawlid. Le Ibn Taymiyya du discours militant est amputé de tout cela.
  • L'extension maximaliste. Appliquer mécaniquement le verdict de bid'a à toute modalité additionnelle (idâfiyya) — dhikr collectif, invocation après la prière, chapelet, rappels réguliers — sans le cas par cas que pratiquaient les rigoristes anciens eux-mêmes, et sans la distinction entre acte occasionnel et rite institué qu'exigeaient ash-Shâtibî et Ibn Taymiyya.
  • L'oubli des textes gênants du propre camp. La lettre de Mouhammad ibn 'Abd al-Wahhâb admettant la bid'a « qui possède un fondement dans la Loi, comme la compilation du moushaf : celles-là sont bonnes » (ad-Dourar as-saniyya, lettre 16) suffit à montrer que même la matrice du salafisme contemporain connaissait la catégorie que ses héritiers déclarent inexistante.

Rendre justice à leurs craintes

L'équité impose de le dire : la vigilance unitaire ne sort pas de nulle part. L'histoire des communautés religieuses est une histoire d'inflation rituelle — le verset du monachisme en est l'archétype coranique — et la « bonne innovation » mal comprise a servi d'alibi à d'authentiques dérives : rites forgés, hadiths inventés pour les soutenir, dévotions supplantant les obligations. Ibn Taymiyya notait déjà que les cœurs s'attachent aux fêtes innovées au point de délaisser le tarâwîh et les cinq prières. Barrer la voie (sadd adh-dharâ'i') est un principe légitime du droit — mâlikite, du reste. Le tort du discours durci n'est pas sa vigilance : c'est d'avoir transformé une frontière que les deux camps gardaient ensemble en ligne de front entre musulmans.

L'autre versant : les abus commis au nom de la « bonne innovation »

L'équité commande enfin le tableau symétrique : l'histoire regorge de nouveautés défendues au nom de la « bonne bid'a » que les classificateurs eux-mêmes ont condamnées — preuve que leur division n'a jamais été un blanc-seing.

  • La salât ar-raghâ'ib de rajab : an-Nawawî la déclare innovation blâmable et réprouvée, et al-'Izz ibn 'Abd as-Salâm — le père de la division quintuple — a écrit contre elle et l'a combattue à Damas, contre l'avis d'Ibn as-Salâh qui la défendait.
  • Les litanies chiffrées et formules forgées : dhikr aux nombres arbitraires, mérites inventés, souvent adossés à des hadiths faibles ou fabriqués — la critique du hadith les a démontés siècle après siècle.
  • Les fêtes religieuses nouvelles, calquées sur le calendrier d'autres communautés ou inventées de toutes pièces — celles-là mêmes que l'Iqtidâ' d'Ibn Taymiyya combat.
  • Le mawlid mêlé d'interdits caractérisés : excès dans l'éloge (ghouloûw) jusqu'à l'invocation du Prophète ﷺ, poèmes lui attribuant la connaissance de l'inconnaissable, mixité, musique — autant de choses que les défenseurs classiques d'une commémoration sobre, tel Ibn Hajar, n'ont jamais couvertes.
  • Les superstitions cultuelles — talismans, dévotions excessives aux tombes — qui font glisser de la bid'a d'action vers la bid'a de croyance, voire au-delà.

Al-Qaradâwî — qu'on ne peut suspecter d'hostilité envers la souplesse juridique — décrit la pente qui inquiète les unitaires : la bid'a additionnelle ouvre la voie à la bid'a en soi, celle-ci à la bid'a de croyance, et la bid'a de croyance au chirk — c'est ainsi, rappelle-t-il, que les communautés antérieures ont vu la voie de leur prophète se déformer jusqu'à devenir méconnaissable (al-'Ibâda fî al-islâm, p. 174-175). Le rigorisme unitaire n'est donc pas un caprice : c'est une politique de prévention fondée sur une lecture de l'histoire religieuse — et cette lecture mérite d'être entendue par ceux-là mêmes qui ne la partagent pas.

10.  Synthèse : une grille de lecture en cinq questions

Comment, concrètement, évaluer une pratique dont on se demande si elle relève de l'innovation blâmable ? Les critères qui suivent ne sont pas de nous : ils condensent la méthode commune aux deux courants — al-'Izz exposant l'acte « aux règles de la Loi », Ibn Taymiyya interrogeant la cause et l'empêchement, ash-Shâtibî traquant la spécification instituée.

  1. L'acte possède-t-il un fondement (asl) ? Un texte, un principe général du Livre et de la Sounna, une pratique des Compagnons, un intérêt reconnu (maslaha moursala) — voir les six conceptions de la section 3. Sans aucun fondement : bid'a véritable, blâmable par consensus. Avec fondement : l'acte se rattache à la Loi — qu'on l'appelle ensuite « bonne bid'a » ou qu'on lui refuse le nom de bid'a.
  2. Sa cause existait-elle du vivant du Prophète ﷺ, sans empêchement ? Si oui, et qu'il l'a délaissé, ce délaissement fait sens : prudence maximale. Si la cause est apparue après lui — comme la mort des mémorisateurs pour la compilation du Coran, ou la corruption de la langue pour la grammaire — l'acte relève de l'intérêt légitime, non de l'innovation.
  3. Comporte-t-il une spécification non textuelle érigée en régularité ? Temps fixe, nombre fixe, lieu, forme collective, observés avec constance (iltizâm) au point de ressembler à un rite institué : c'est la zone de la bid'a idâfiyya, où les moujtahids divergent légitimement. L'occasionnel, lui, embarrasse beaucoup moins — même Ibn Taymiyya l'admet.
  4. Est-ce un moyen (wasîla) ou un rite ? Trois questions tranchent (section 7) : un autre instrument rendrait-il le même service ? la chose est-elle dépourvue de valeur cultuelle propre ? est-elle perçue par tous comme un simple outil ? Trois oui : c'est un moyen, hors du champ de la bid'a. Une seule réponse qui bascule — un mérite qu'on lui prête, une forme qu'on érige — et la question du rite se pose.
  5. Entraîne-t-il une nuisance annexe ? Délaissement d'une sounna établie au profit de la pratique nouvelle, croyance fausse qui s'y greffe, hadiths faibles ou forgés mobilisés pour la soutenir, division de la communauté : chacun de ces éléments fait basculer le verdict, même chez les classificateurs — c'est la définition même de la bid'a blâmable chez al-Ghazâlî : celle qui « contredit une Sounna établie et supprime un ordre de la Loi ».

La carte du concept

L'ensemble du dossier tient en une arborescence :

NOUVEAUTÉ — toute chose apparue après l'époque prophétique.

Domaine mondain ('âda) — techniques, métiers, organisation : libre par principe, tant qu'aucun interdit n'est violé.

Domaine religieux (ta'abboud) — croyances et pratiques par lesquelles on cherche Allah : deux cas.

Sans fondement (asl) — bid'a haqîqiyya — rejetée par les deux courants, quel que soit le vocabulaire.

Avec fondement — trois figures principales.

Moyen au service d'un acte institué — wasîla : hors du champ de la bid'a (« bid'a obligatoire ou permise » en langage classificateur).

Acte dont l'appel est apparu ou l'empêchement a cessé — légitime : compilation du moushaf, tarâwîh réunies par 'Oumar.

Modalité instituée de soi-même sur une adoration absolue — bid'a idâfiyya : le seul vrai terrain de désaccord — au cas par cas chez les uns, blâmable chez les autres.

 

L'adab du désaccord

Une question sur laquelle divergent an-Nawawî et Ibn Taymiyya, al-Qarâfî et ash-Shâtibî, ne peut pas servir de test d'orthodoxie entre musulmans. Celui qui suit la lecture unitaire suit des imams ; celui qui suit la classification suit des imams. Ibn Taymiyya lui-même a écrit l'excuse du moujtahid et de celui qui le suit — jusqu'à en faire, possiblement, « un grand véridique » :

وكثير من مجتهدي السلف والخلف قد قالوا وفعلوا ما هو بدعة، ولم يعلموا أنه بدعة؛ إما لأحاديث ضعيفة ظنوها صحيحة، وإما لآيات فهموا منها ما لم يرد منها، وإما لرأي رأوه وفي المسألة نصوص لم تبلغهم. وإذا اتقى الرجل ربه ما استطاع، دخل في قوله: {ربنا لا تؤاخذنا إن نسينا أو أخطأنا}، وفي الصحيح أن الله قال: قد فعلت

« Beaucoup de moujtahids, parmi les anciens et parmi les modernes, ont dit et fait des choses qui étaient des innovations sans savoir que c'en étaient : à cause de hadiths faibles qu'ils croyaient authentiques, de versets dont ils ont compris ce qui n'en était pas visé, ou d'un avis émis alors que des textes ne leur étaient pas parvenus. Quand un homme craint son Seigneur autant qu'il le peut, il entre dans Sa parole : « Seigneur, ne nous tiens pas rigueur de nos oublis et de nos erreurs » — et il est établi dans le Sahîh qu'Allah a répondu : « Je l'ai fait. » »

Ibn Taymiyya, Majmoû' al-fatâwâ (19/191-192) — traduction condensée

Quant à la crainte de l'innovation, qu'elle commence par soi : le plus sûr, en matière d'adoration, demeure ce que le Prophète ﷺ a pratiqué avec constance, et nul ne s'est jamais égaré en s'y tenant. Al-Qarâfî rapporte d'un ancien pieux d'al-Andalous, Abou al-'Abbâs al-Abyânî, trois paroles « qui, écrites sur un ongle, y tiendraient, et contiennent le bien de ce monde et de l'autre » : suis et n'innove pas ; abaisse-toi et ne t'élève pas ; qui craint pieusement ne s'élargit pas.

Conclusion. Non, la bid'a n'est pas ce que deux slogans opposés en ont fait. L'accord d'abord, massif : rejet unanime de toute invention cultuelle sans fondement, acceptation unanime de ce qui en possède un — moushaf, tarâwîh, sciences instrumentales — quelle que soit l'étiquette qu'on lui donne. Le différend ensuite : de grands oussouliyyin — as-Soubkî, az-Zarkashî, al-Laknawî, 'Alî Mahfoûz — l'ont jugé pour l'essentiel verbal ; mais les tenants actuels de la lecture unitaire — Ibn 'Outhaymîn, al-Fawzân, et parmi les chercheurs al-'Arfaj — récusent précisément cette réduction : pour eux, la division en cinq n'est pas une variante de vocabulaire, c'est une brèche. Le lecteur a désormais toutes les pièces sur la table. Le désaccord réel, circonscrit aux modalités additionnelles des adorations (bid'a idâfiyya), demeure une divergence de fiqh entre moujtahids — pas une frontière de la foi. Trois exigences pour finir : la fidélité scrupuleuse à la Sounna ; la justice envers les imams des deux lectures ; le refus d'excommunier — ou de mépriser — son frère sur une question où ash-Shâfi'î et ash-Shâtibî n'ont pas dit la même chose.

 

 

  Lexique des termes techniques

Les termes arabes employés dans ce dossier, par ordre alphabétique. Les définitions sont volontairement courtes : elles fixent l'usage du dossier, non toute la richesse des emplois classiques.

'Âda. Domaine des usages et des affaires du monde, par opposition au culte ; la nouveauté y est libre par principe, dans les limites des interdits.

'Âmm makhsoûs. Énoncé général dont d'autres preuves restreignent la portée. Lecture classificatrice du hadith « toute bid'a est un égarement ».

'Âmm mahfoûz. Énoncé général « préservé », dont la généralité ne souffre aucune exception. Lecture unitaire du même hadith.

Asl (pluriel : ousoûl). Fondement dans la Loi : texte particulier, généralité, pratique des Compagnons, analogie, intérêt reconnu. La largeur qu'on lui accorde décide de presque tout le débat (section 3).

Bid'a haqîqiyya. Innovation « en soi » : sans aucun fondement, ni dans son principe ni dans sa forme. Rejetée par tous.

Bid'a idâfiyya. Innovation « additionnelle » : l'acte de base est légiféré, mais on lui a ajouté une modalité — temps, nombre, lieu, forme, régularité — que le texte n'a pas fixée. Seul vrai terrain de désaccord.

Bid'a loughawiyya / shar'iyya. Bid'a au sens de la langue (toute nouveauté, sens neutre) / au sens de la Loi (la nouveauté religieuse condamnée).

Dalâla. Égarement — le terme même du hadith « koullou bid'atin dalâla ».

Dalîl khâss. Preuve textuelle particulière visant l'acte lui-même.

'Ibâda moutlaqa / mouqayyada. Adoration laissée absolue par la Loi (dhikr, aumône, prière surérogatoire...) / adoration conditionnée, dont le temps, le nombre et la forme sont fixés (les cinq prières, Ramadan...).

Ijtihâd. Effort qualifié de déduction juridique ; le moujtahid qui se trompe est excusé, et récompensé pour son effort.

Iltizâm (ou mouwâzhaba). Fait de s'astreindre à une pratique avec régularité, au point de lui donner l'allure d'un rite institué. Cœur du débat sur la bid'a idâfiyya.

Istihsân. Appréciation favorable retenue par certaines écoles comme source secondaire du droit.

Jam'. Conciliation des textes apparemment divergents — devoir méthodologique premier des savants.

Mâni'. Empêchement qui, du vivant du Prophète ﷺ, s'opposait à un acte ; sa disparition peut légitimer l'acte ensuite (cas du tarâwîh).

Maslaha moursala. Intérêt général qu'aucun texte particulier n'ordonne ni ne contredit ; fondement invoqué pour la compilation du moushaf.

Mashroû'. Institué par la Loi — obligatoire, recommandé ou permis. Contraire de bid'a chez les juristes.

Mouqtadî. Facteur d'appel : cause qui appelait un acte. S'il existait du vivant du Prophète ﷺ sans empêchement et que l'acte fut délaissé, ce délaissement fait sens.

Qiyâs. Analogie : rattachement d'un cas nouveau à un cas institué, en raison d'une cause commune.

Sabab al-wouroûd. Circonstance dans laquelle un hadith fut prononcé ; les unitaires y recourent pour lire « man sanna », les classificateurs répondent par la règle du 'oumoûm.

Sadd adh-dharâ'i'. « Barrer les voies » : principe consistant à interdire ce qui mène à l'illicite. Ressort profond de la vigilance unitaire.

Sounna. Selon le contexte : la voie du Prophète ﷺ ; ou, chez les juristes, le statut de recommandé ; ou le contraire de bid'a.

Ta'abboud. Domaine du culte : ce par quoi on cherche à se rapprocher d'Allah. C'est là — et là seulement — que se pose la question de la bid'a.

Taqrîr. Approbation du Prophète ﷺ : informé d'un acte, il ne le désavoue pas — l'acte devient Sounna (cas de Khoubayb).

'Oumoûm al-lafz. Règle : « c'est la généralité de l'énoncé qui fait foi, non la particularité de sa cause » (al-'ibra bi-'oumoûm al-lafz lâ bi-khousoûs as-sabab).

Wasîla (pluriel : wasâ'il). Moyen au service d'une fin ; les moyens ont le statut de leurs fins et n'entrent pas, comme tels, dans le champ de la bid'a.

 

  Références et sources

Textes scripturaires cités

Coran 5, 3 ; 57, 27 — traduction Rachid Maach (lecoranenfrancais.com). Renvois sans citation : Coran 2, 117 ; 2, 286 ; 33, 41 ; 46, 9 ; 46, 25.

Hadiths : al-Boukhârî 627, 912, 1149, 1775, 2010, 2012, 2697, 3045, 6704 ; Mouslim 49, 226, 761, 838, 867, 1017, 1255, 1718, 2458, 2674, 2699, 2701 ; Abou Dâwoud 1319, 4607 ; at-Tirmidhî 402, 2676, 3689 ; an-Nasâ'î 1578 ; Ibn Mâja 42 ; ad-Dârimî 210 (authentifié par al-Albânî, as-Silsila as-sahîha, n° 2005).

Les numéros renvoient aux éditions courantes des recueils ; ils peuvent différer selon les éditions et les plateformes — se reporter alors au livre et au chapitre.

Sources classiques (par ordre chronologique de décès)

Ash-Shâfi'î (m. 204 H) — paroles rapportées par Abou Nou'aym, Hilyat al-awliyâ' (9/113, voie discutée) et al-Bayhaqî, Manâqib ash-Shâfi'î (1/469) ; chaîne du second déclarée authentique par Ibn Taymiyya (Dar' ta'âroud al-'aql wan-naql).

Ibn Waddâh al-Qourtoubî (m. 287 H), al-Bida' wan-nahy 'anhâ — premier traité conservé du genre.

Ibn Hazm (m. 456 H), al-Ihkâm fî ousoûl al-ahkâm. — Al-Bayhaqî (m. 458 H), al-Madkhal. — Ibn 'Abd al-Barr (m. 463 H), al-Istidhkâr. — Al-Bâjî (m. 474 H), al-Mountaqâ.

Al-Ghazâlî (m. 505 H), Ihyâ' 'ouloûm ad-dîn (2/3). — At-Tourtoûchî (m. 520 H), al-Hawâdith wal-bida'. — Ibn al-'Arabî (m. 543 H), 'Âridat al-ahwadhî. — Ibn al-Jawzî (m. 597 H), Talbîs Iblîs. — Ibn al-Athîr (m. 606 H), an-Nihâya.

Al-'Izz ibn 'Abd as-Salâm (m. 660 H), Qawâ'id al-ahkâm fî masâlih al-anâm (2/172-174 ou 2/204 selon les éditions). — Abou Shâma (m. 665 H), al-Bâ'ith 'alâ inkâr al-bida' wal-hawâdith. — Al-Qourtoubî (m. 671 H), al-Jâmi' li-ahkâm al-Qour'ân. — An-Nawawî (m. 676 H), Charh Sahîh Mouslim ; Tahdhîb al-asmâ' wal-loughât (3/22) ; al-Majmoû'. — Al-Qarâfî (m. 684 H), al-Fouroûq (farq 252-253).

Ibn Taymiyya (m. 728 H), Majmoû' al-fatâwâ (not. 3/357 ; 4/107 ; 19/191-192 ; 21/317-318 ; 22/306-307 ; 35/414) ; Iqtidâ' as-sirât al-moustaqîm (not. p. 297 éd. courante) ; al-Fourqân (1/162) ; Dar' at-ta'âroud. — Ibn al-Hâjj (m. 737 H), al-Madkhal. — Ibn al-Qayyim (m. 751 H), I'lâm al-mouwaqqi'în. — As-Soubkî (m. 756 H), Fatâwâ. — Ibn Kathîr (m. 774 H), Tafsîr (sur Coran 2, 117).

Ash-Shâtibî (m. 790 H), al-I'tisâm. — At-Taftâzânî (m. 792 H), Charh al-maqâsid. — Az-Zarkashî (m. 794 H), al-Manthoûr fî al-qawâ'id. — Ibn Rajab (m. 795 H), Jâmi' al-'ouloûm wal-hikam (2/127-128). — Ibn Hajar al-'Asqalânî (m. 852 H), Fath al-Bârî (3/69 ; 4/298). — Al-'Aynî (m. 855 H), 'Oumdat al-qârî.

Ahmad Zarroûq (m. 899 H), Qawâ'id at-tasawwouf. — As-Sakhâwî (m. 902 H), Fath al-moughîth (2/61). — As-Souyoûtî (m. 911 H), ad-Dîbâj (2/445) ; al-Hâwî lil-fatâwî. — Al-Wancharîsî (m. 914 H), al-Mi'yâr al-mou'rib (1/357-358). — Al-Qastallânî (m. 923 H), Irchâd as-sârî (3/426). — Ibn Hajar al-Haytamî (m. 974 H), al-Fatâwâ al-hadîthiyya ; Touhfat al-mouhtâj.

Al-Mounâwî (m. 1031 H), Fayd al-Qadîr. — Al-Mar'î al-Karmî (m. 1033 H), Tahqîq al-bourhân. — Az-Zourqânî (m. 1122 H), Charh al-Mouwatta' (1/238). — Al-Khâdimî (m. 1176 H), Barîqa mahmoûdiyya. — As-San'ânî (m. 1182 H), Souboul as-salâm. — As-Saffârînî (m. 1188 H), Lawâ'ih al-anwâr. — Mouhammad ibn 'Abd al-Wahhâb (m. 1206 H), ad-Dourar as-saniyya (lettre 16). — Ach-Chawkânî (m. 1250 H), Nayl al-awtâr. — Ibn 'Âbidîn (m. 1252 H), Radd al-mouhtâr. — Al-Âloûsî (m. 1270 H), Roûh al-ma'ânî. — Al-Laknawî (m. 1304 H), Iqâmat al-houjja. — 'Alî Mahfoûz (m. 1361 H), al-Ibdâ' fî madârr al-ibtidâ'. — Ibn 'Âchoûr (m. 1393 H), at-Tahrîr wat-tanwîr.

Positions contemporaines citées

Ibn Bâz, fatwa « Houkm taqsîm al-bid'a ilâ khamsat aqsâm » (binbaz.org.sa) ; Ibn 'Outhaymîn, Fatâwâ Noûr 'alâ ad-darb et Majmoû' fatâwâ wa rasâ'il (réponses sur la division d'al-'Izz) ; al-Fawzân, réponses sur la bid'a hasana ; al-Albânî, explication du hadith « man sanna » (al-albany.com) et as-Silsila as-sahîha (n° 2005). — Bakr Abou Zayd, Tas'hîh ad-dou'â'. — Sâlih Âl ash-Shaykh, leçons sur al-I'tisâm. — 'Abd al-Karîm al-Khoudayr, commentaire du Jâmi' al-'ouloûm wal-hikam. — 'Abd Allâh al-Ghoudayyân, fatwas du Comité permanent. — Mouhammad al-Amîn ash-Shinqîtî, Moudhakkirat ousoûl al-fiqh ; Adwâ' al-bayân. — Yoûsouf al-Qaradâwî, al-'Ibâda fî al-islâm (p. 174-175). — 'Abd al-Fattâh al-Yâfi'î, compilation des positions des quatre écoles sur la bid'a ; 'Abd al-Ilâh al-'Arfaj, al-Bid'a al-idâfiyya (position opposée sur le caractère verbal du différend).

Études académiques (pour l'histoire du concept)

Maribel Fierro, « The treatises against innovations (kutub al-bida') », Der Islam 69/2 (1992), p. 204-246. — Vardit Rispler, « Toward a New Understanding of the Term bid'a », Der Islam 68/2 (1991), p. 320-328. — Raquel M. Ukeles, Innovation or Deviation : Exploring the Boundaries of Islamic Devotional Law, thèse de doctorat, Harvard University, 2006. — Jonathan A. C. Brown, Misquoting Muhammad, Oneworld, 2014 (sur l'herméneutique des hadiths et les controverses juridiques).

 

convertistoislam.fr — Dossier « Bid'a : anatomie d'une controverse » — Deuxième édition, revue et augmentée, juillet 2026

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