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« On ne connaît pas la vérité par les hommes, mais connais donc la vérité, et après tu connaîtras ceux qui la suivent. »


« Le voile musulman : fondements, sagesse et paradoxe français »

Publié par convertistoislam - l'islam pour tous sur 13 Mars 2026, 00:41am

« Le voile musulman : fondements, sagesse et paradoxe français »

 

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LE VOILE MUSULMAN

Entre obligation religieuse, liberté individuelle

et paradoxe français

 

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AVANT-PROPOS

Ce document n'est ni un pamphlet ni un tract militant. C'est une réflexion structurée, appuyée sur des sources religieuses, historiques et juridiques, destinée à toute personne — musulmane ou non — qui souhaite comprendre la question du voile musulman au-delà des clichés médiatiques et des passions politiques.

Il s'adresse aussi à celles et ceux, parmi les musulmans, qui commencent à douter, à céder à la pression sociale, ou à adopter la mentalité du plus fort en pensant que renoncer à un commandement divin est le prix à payer pour être accepté. Ce texte leur rappelle, avec douceur et fermeté, que la dignité ne se négocie pas et que la conviction sincère n'a jamais eu besoin de l'approbation de la majorité.

Nous aborderons ici les fondements coraniques et prophétiques du voile, le consensus savant de quatorze siècles, les racines historiques du rejet français, les paradoxes d'une République qui légifère sur le corps des femmes au nom de leur libération, et enfin la sagesse profonde d'une pratique trop souvent réduite à une caricature.

 

I. ORIGINES ET FONDEMENTS DU VOILE EN ISLAM

1.1 Le voile avant l'islam : une pratique universelle

Le voile n'est pas une invention islamique. Bien avant la révélation coranique, le couvre-chef féminin était une norme quasi universelle dans les civilisations du bassin méditerranéen et du Proche-Orient. Dans la Mésopotamie antique, le Code d'Hammourabi (environ 1750 av. J.-C.) et les lois médio-assyriennes (vers 1400-1100 av. J.-C.) imposaient déjà le voile aux femmes libres, le distinguant comme marqueur de statut social. Les femmes romaines patriciennes portaient la stola et la palla, couvrant leurs cheveux en public. Les femmes grecques de bonne famille se couvraient également la tête. Les femmes juives, selon la Mishnah (traité Ketubot 7:6), devaient se couvrir les cheveux en public, une pratique encore observée dans le judaïsme orthodoxe.

L'islam n'a donc pas inventé le voile : il l'a intégré, codifié et élevé au rang d'acte d'adoration ('ibadah). Ce qui était une convention sociale est devenu un commandement divin, donnant à cette pratique une dimension spirituelle inédite.

1.2 Les fondements coraniques

Deux versets majeurs du Coran établissent l'obligation du voile de manière explicite :

Sourate An-Nûr (La Lumière), verset 31

« Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît, et qu'elles rabattent leur voile (khimār) sur leurs poitrines (juyûb). » — Coran, 24:31

Le terme arabe utilisé ici est « khimār » (خِمار), qui désigne sans ambiguïté un tissu couvrant la tête. Le verset ordonne de le rabattre sur la poitrine (juyûb), ce qui implique nécessairement que la tête est déjà couverte. Comme l'explique l'imam Ibn Kathir (m. 1373) dans son Tafsīr, les femmes arabes de l'époque portaient déjà le khimār mais le rejetaient en arrière, laissant la poitrine découverte. Le verset leur ordonne donc de le ramener vers l'avant. L'obligation de couvrir la tête est présupposée par le verset lui-même : on ne peut rabattre sur la poitrine ce qui ne couvre pas d'abord la tête.

Sourate Al-Ahzāb (Les Coalisés), verset 59

« Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants de ramener sur elles leurs grands voiles (jalābīb). Cela est plus à même qu'elles soient reconnues et qu'elles ne soient pas offensées. » — Coran, 33:59

Le terme « jilbāb » (pluriel : jalābīb) désigne un vêtement ample couvrant le corps. Ce verset élargit l'injonction : il ne s'agit plus seulement de couvrir la tête et la poitrine, mais d'adopter une tenue généralement couvrante. Le verset explicite également la sagesse de cette prescription : la protection de la dignité de la femme dans l'espace public.

Il est essentiel de noter que ces versets s'adressent à « toutes les femmes des croyants », et non uniquement aux épouses du Prophète. L'argument selon lequel le voile serait réservé aux seules épouses prophétiques est contredit par le texte même du Coran.

1.3 Les fondements dans la Sunna (Tradition prophétique)

La Sunna prophétique vient confirmer et préciser les injonctions coraniques :

Hadith de 'Aisha (Bukhārī) : 'Aisha rapporte que lorsque le verset de la sourate An-Nûr fut révélé, les femmes des Ansār déchirèrent leurs manteaux (murûţ) pour s'en couvrir la tête. Ce hadith, rapporté dans le Sahih al-Bukhāri (n°4758), montre que les Compagnonnes ont immédiatement compris le verset comme une obligation de se couvrir la tête.

 

Hadith d'Abû Dāwûd : Le Prophète (ṣallallahu 'alayhi wa sallam) a dit : « Ô Asmā, lorsque la femme atteint l'âge de la puberté, il ne convient pas qu'on voie d'elle ceci et cela », et il désigna le visage et les mains. Ce hadith, bien que discuté quant à sa chaîne de transmission, est renforcé par de nombreuses autres narrations convergentes et a été accepté par la majorité des savants pour déterminer le minimum de la 'awra (partie du corps à couvrir) de la femme.

 

Hadith de Umm 'Aṭiyya : Le Prophète a ordonné aux femmes de sortir pour la prière de l'Aïd, y compris les femmes en menstruation. Lorsqu'on lui demanda ce que devait faire celle qui n'avait pas de jilbāb, il répondit qu'une de ses sœurs devait lui en prêter un (Bukhāri et Muslim). Ce hadith montre que le jilbāb était considéré comme indispensable pour sortir en public.

1.4 Le consensus (ijmā') des savants : quatorze siècles d'unanimité

Le consensus des savants musulmans sur l'obligation du voile est l'un des plus solides de toute la jurisprudence islamique. Il transcende les écoles juridiques, les siècles et les géographies :

L'Imam Abû Hanîfa (m. 767) et l'école hanafite considèrent que tout le corps de la femme est 'awra à l'exception du visage et des mains (et des pieds selon certains avis). Le voile couvrant les cheveux est donc obligatoire sans aucune divergence.

 

L'Imam Mālik (m. 795) et l'école malikite adoptent une position similaire. Ibn Rushd (Averroès, m. 1198), dans son Bidāyat al-Mujtahid, confirme que les savants sont unanimes sur le fait que les cheveux font partie de la 'awra.

 

L'Imam al-Shāfi'ī (m. 820) et l'école chafiite considèrent également le voile comme obligatoire. L'Imam al-Nawawī (m. 1277), dans son Minhaj al-Talibin, est catégorique sur ce point.

 

L'Imam Ahmad ibn Hanbal (m. 855) et l'école hanbalite vont plus loin encore : selon l'avis le plus fort de l'école, même le visage fait partie de la 'awra. Le voile est donc a fortiori obligatoire.

 

Ibn Hajar al-'Asqalāni (m. 1449), dans Fath al-Bāri, son commentaire monumental du Sahih al-Bukhāri, rappelle ce consensus de manière explicite.

 

Al-Qurṭubī (m. 1273), dans son Tafsīr al-Jāmi', affirme que les savants sont unanimes sur le fait que les cheveux de la femme sont 'awra et doivent être couverts.

 

Ce consensus (ijmā') est un pilier de la jurisprudence islamique. En droit musulman, lorsque les savants sont unanimes sur une question, celle-ci acquiert un caractère définitif. Aucun savant reconnu, d'aucune époque, d'aucune école, n'a jamais dit que le voile était optionnel. La divergence a porté uniquement sur la question de savoir si le visage devait aussi être couvert, jamais sur les cheveux.

 

II. LES PSEUDO-RÉFORMATEURS

Depuis quelques décennies, un certain nombre de voix médiatiques prétendant parler au nom de l'islam avancent que le voile ne serait pas obligatoire, qu'il serait une « interprétation culturelle » ou une « lecture patriarcale » du texte coranique. Il convient d'examiner ces arguments avec rigueur.

2.1 L'argument linguistique détourné

Certains prétendent que le mot « khimār » ne désignerait pas nécessairement un voile de tête. Or, tous les dictionnaires classiques de la langue arabe — le Lisān al-'Arab d'Ibn Manzûr, le Maqayîs al-Lugha d'Ibn Fāris, le Mukhtār al-Ṣiḥāḥ d'al-Rāzī — définissent unanimement le khimār comme le tissu dont la femme se couvre la tête. C'est d'ailleurs du même radical (kh-m-r) que dérive le mot « khamr » (le vin), car il « couvre » la raison. Prétendre que le khimār n'est pas un couvre-chef revient à nier la langue arabe elle-même.

2.2 L'argument contextuel invalidé

D'autres soutiennent que les versets du voile seraient « contextuels », liés aux conditions de l'époque et non applicables aujourd'hui. Ce raisonnement est dangereux car il peut s'appliquer à n'importe quel commandement coranique : la prière aussi a été prescrite dans un contexte particulier, le jeûne aussi, la zakāt aussi. La méthodologie des fondements du droit islamique (uṣûl al-fiqh) établit clairement que « la règle générale est que le texte s'applique de manière générale, sauf preuve contraire » (al-'ibra bi 'umûm al-lafẓ lā bi khuṣûṣ al-sabab). En d'autres termes, même si un verset a été révélé dans un contexte spécifique, sa portée est générale, sauf indication explicite du contraire.

2.3 Des voix médiatiques sans légitimité savante

Le point commun de ces « réformateurs » est révélateur : ils ne sont presque jamais des spécialistes reconnus des sciences islamiques. Ils n'ont étudié ni dans les universités islamiques classiques, ni auprès de savants certifiés dans une chaîne de transmission. Leurs avis ne sont adossés à aucune méthodologie juridique reconnue. En réalité, leur démarche est inversée : au lieu de partir du texte pour en tirer un avis, ils partent de la conclusion souhaitée (rendre l'islam acceptable selon les normes dominantes) et cherchent ensuite à tordre les textes dans ce sens.

Cette démarche est intellectuellement malhonnête et spirituellement désastreuse. Elle ne réforme rien : elle déconstruit la cohérence interne d'une tradition de pensée millionnaire pour obtenir l'approbation d'un auditoire qui, bien souvent, ne respectera pas davantage l'islam même « réformé ». Comme le disait l'imam Malik ibn Anas : « Celui qui introduit dans l'islam une innovation qu'il considère bonne prétend que Muhammad a trahi sa mission. »

Il faut également poser cette question : si le voile était réellement optionnel, comment se fait-il que personne parmi les Compagnons, les Tabī'în, les quatre imams, les milliers de savants sur quatorze siècles, n'ait jamais soutenu cette position ? L'absence totale de précédent est en soi une preuve accablante.

 

III. LE VOILE DANS LA TRADITION CHRÉTIENNE ET L'HÉRITAGE FRANÇAIS

3.1 Saint Paul et l'injonction biblique

Ceux qui présentent le voile comme une spécificité « étrangère » à la culture européenne oublient — ou feignent d'oublier — que la couverture de la tête des femmes est un commandement biblique explicite. Dans la Première Épître aux Corinthiens (11:5-6), l'apôtre Paul écrit : « Toute femme qui prie ou qui prophétise, la tête non voilée, déshonore sa tête. » Et il ajoute : « Si une femme ne se voile pas, qu'elle se coupe aussi les cheveux. »

Ce texte est d'une clarté remarquable. Pendant des siècles, les femmes chrétiennes d'Europe se sont couvert la tête, aussi bien pour la prière que dans la vie quotidienne. Les représentations de la Vierge Marie, vénérée par plus d'un milliard de chrétiens, la montrent systématiquement voilée.

3.2 Les religieuses chrétiennes : un voile qui ne dérange personne

En France et partout dans le monde, des milliers de religieuses catholiques portent le voile intégral — couvrant cheveux, cou et parfois le front — sans que personne n'y voie une atteinte à la laïcité, un signe de soumission ou une menace pour la République. Les Sœurs des ordres contemplatifs, les Petites Sœurs des Pauvres, les Filles de la Charité : toutes portent une coiffe qui couvre leurs cheveux. Elles sont respectées, admirées même. Le voile chrétien est percu comme un signe de dévotion ; le voile musulman comme un signe d'oppression. Ce deux poids, deux mesures en dit long sur la nature réelle du problème.

3.3 Nos grands-mères et le foulard du dimanche

Il n'est pas nécessaire de remonter très loin dans le temps. Jusqu'aux années 1960, il était tout à fait courant que les femmes françaises se couvrent la tête d'un fichu ou d'un foulard, particulièrement pour se rendre à la messe dominicale. Dans la France rurale, le foulard sur la tête était un accessoire quotidien. Les photos de nos arrière-grands-mères et grands-mères en témoignent. Le voile n'est pas une intrusion étrangère dans le paysage français : il en faisait partie intégrante il y a moins de deux générations.

3.4 Marianne porte un bonnet : symbole républicain et couvre-chef

Le paradoxe le plus savoureux est peut-être celui de Marianne, symbole vivant de la République française. Cette figure allégorique est systématiquement représentée coiffée d'un bonnet phrygien, un couvre-chef qui symbolise la liberté. Les premières représentations révolutionnaires de Marianne la montrent fréquemment voilée à la manière antique. Le buste officiel de la République, présent dans chaque mairie de France, porte un couvre-chef. La République elle-même ne se montre pas « tête nue ». Que la liberté porte un bonnet mais que la foi ne puisse porter un foulard : voilà un paradoxe que la République peine à expliquer.

 

IV. POURQUOI LA FRANCE A UN PROBLÈME SPÉCIFIQUE AVEC LE VOILE

4.1 La laïcité : de la neutralité à l'idéologie

La loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l'État a été conçue comme un cadre de neutralité : l'État ne privilégie ni ne combat aucune religion. L'article 1er garantit la liberté de conscience et le libre exercice des cultes. Or, la laïcité telle qu'elle est pratiquée aujourd'hui en France s'est considérablement éloignée de cet esprit originel. Elle est devenue, pour beaucoup, une idéologie de l'effacement du religieux dans l'espace public, une sorte de sécularisme militant qui ne se contente plus de séparer l'État de la religion mais cherche à invisibiliser la religion elle-même.

Cette dérive est bien documentée par les historiens. Jean Baubérot, l'un des plus grands spécialistes français de la laïcité, titulaire de la chaire d'histoire et de sociologie de la laïcité à l'École Pratique des Hautes Études, parle de « laïcité falsifiée » pour décrire cette version autoritaire qui s'éloigne de l'esprit libéral de la loi de 1905. La laïcité originelle protégeait le croyant de l'État ; la laïcité actuelle protège l'État du croyant.

4.2 Le traumatisme colonial et la guerre d'Algérie

Il est impossible de comprendre le rapport français au voile sans prendre en compte l'histoire coloniale, et en particulier la guerre d'Algérie (1954-1962). Frantz Fanon, psychiatre et penseur anticolonial, a brillamment analysé cette dimension dans son ouvrage « L'An V de la révolution algérienne » (1959). Il y montre comment le colonisateur a fait du dévoilement de la femme algérienne un enjeu stratégique et symbolique majeur.

Le 13 mai 1958, lors de cérémonies organisées par l'armée française à Alger, des femmes algériennes furent mises en scène retirant publiquement leur voile, dans ce qui fut présenté comme un acte de « libération ». Le général Massu et son épouse organisèrent ces cérémonies de dévoilement comme un outil de propagande coloniale. Le message était clair : civiliser la femme musulmane passait par son dévoilement. Cette logique coloniale — le voile comme symbole de l'arriération de l'Autre — n'a jamais totalement disparu de l'imaginaire français.

L'historienne Joan Wallach Scott, dans son ouvrage « The Politics of the Veil » (2007), analyse précisément ce lien entre passé colonial et obsession française pour le voile. Elle montre comment la question du voile en France réactive des schémas coloniaux de domination symbolique, où le corps de la femme musulmane devient le terrain d'une bataille identitaire qui la dépasse.

4.3 Le monde anglo-saxon : un contraste saisissant

L'exception française apparaît d'autant plus flagrante quand on la compare au monde anglo-saxon. Au Royaume-Uni, au Canada, aux États-Unis ou en Australie, le voile musulman ne fait l'objet d'aucune législation restrictive. Des femmes voilées sont juges, avocates, policiers, parlementaires, médecins, journalistes de télévision. Aux États-Unis, Ilhan Omar siège au Congrès en portant son hijab. Au Royaume-Uni, la police métropolitaine de Londres a intégré le hijab comme option de l'uniforme officiel.

Ces pays ne sont pas moins démocratiques, pas moins attachés aux droits des femmes, pas moins soucieux de la sécurité. Ils ont simplement une conception différente de la liberté : une liberté qui protège le droit de chaque individu à exprimer ses convictions, plutôt qu'une liberté qui exige l'uniformité. Le modèle anglo-saxon repose sur l'idée que la diversité visible n'est pas une menace pour la cohésion sociale mais une manifestation de la liberté individuelle.

La question mérite d'être posée : si le voile était intrinsèquement un problème, pourquoi ne pose-t-il problème qu'en France ?

 

V. LE GRAND PARADOXE : LÉGIFÉRER SUR LE CORPS DES FEMMES AU NOM DE LEUR LIBÉRATION

5.1 Critiquer les talibans et l'Iran, puis faire la même chose à l'envers

La France condamne — à juste titre — l'imposition du voile par les talibans en Afghanistan ou par le régime iranien. Cette imposition est effectivement contraire à la liberté de conscience : forcer une femme à porter le voile est une violation de ses droits fondamentaux. Mais que fait la France lorsqu'elle légifère pour interdire le voile dans les écoles (loi de 2004), dans l'espace public pour le voile intégral (loi de 2010), et que des propositions de loi visent régulièrement à l'étendre aux universités, aux accompagnatrices scolaires, aux entreprises privées ?

Elle fait exactement la même chose, mais en miroir : elle légifère sur le corps des femmes, leur imposant non pas de porter le voile mais de l'enlever. Dans les deux cas, c'est un pouvoir — étatique ou religieux dévoyé — qui décide à la place de la femme ce qu'elle peut ou ne peut pas porter. La logique est identique : seul le résultat diffère.

Comme le soulignait Amnesty International dans plusieurs rapports, l'interdiction du voile et l'imposition du voile sont les deux faces de la même médaille : elles nient toutes deux la capacité de la femme à faire ses propres choix vestimentaires et religieux.

5.2 Les droits universels balayés

L'article 18 de la Déclaration universelle des droits de l'homme (1948) dispose : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu'en privé. »

L'article 9 de la Convention européenne des droits de l'homme garantit le même droit à la liberté de manifester sa religion, y compris par les pratiques et l'accomplissement des rites.

Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (article 18) réaffirme cette liberté et précise que « la liberté de manifester sa religion ne peut faire l'objet que de restrictions prévues par la loi et nécessaires à la protection de la sécurité, de l'ordre, de la santé ou de la morale publics, ou des libertés et droits fondamentaux d'autrui. »

Or, le port d'un foulard sur la tête ne menace ni la sécurité publique, ni l'ordre public, ni la santé, ni les droits d'autrui. Les lois restrictives françaises se trouvent en tension directe avec ces textes fondamentaux. Le Comité des droits de l'homme des Nations Unies a d'ailleurs condamné la France en 2018 dans l'affaire d'une femme sanctionnée pour port du voile intégral, estimant que cette restriction n'était pas proportionnée au but poursuivi.

5.3 Une émancipation imposée n'est pas une émancipation

Le féminisme, dans son sens le plus noble, est la revendication du droit des femmes à disposer d'elles-mêmes. Comment peut-on, au nom du féminisme, retirer à une femme le droit de choisir librement sa tenue ? Comment peut-on prétendre libérer quelqu'un en le forçant ? L'émancipation imposée est un oxymore. Forcer une femme à retirer son voile pour la « libérer » revient à la traiter exactement comme le font ceux qu'on prétend combattre : comme un être incapable de décider pour elle-même.

Nombreuses sont les femmes voilées en France qui sont diplômées, actives, engagées, autonomes financièrement et intellectuellement libres. Réduire leur choix à une « soumission », c'est faire preuve d'un mépris paternaliste qui contredit les valeurs mêmes qu'on prétend défendre.

 

VI. LA SAGESSE DU VOILE : AU-DELÀ DES CARICATURES

6.1 Non, le voile n'est pas un signe de soumission au mari

L'une des caricatures les plus tenaces est celle du voile comme signe de soumission de la femme à l'homme. Or, le voile en islam est un acte d'obéissance à Dieu, non à un époux. La femme musulmane qui se voile répond à une injonction divine, pas à un ordre marital. D'ailleurs, le voile est obligatoire pour la femme célibataire tout autant que pour la femme mariée. Une jeune fille qui atteint la puberté doit se voiler, qu'elle ait un mari ou non. L'argument de la « soumission au mari » s'effondre face à cette réalité élémentaire.

De plus, dans la tradition prophétique, le Prophète (ṣallallahu 'alayhi wa sallam) a dit : « Les meilleurs d'entre vous sont les meilleurs envers leurs épouses » (Tirmidhi). L'islam place le respect de la femme au cœur de la vie conjugale. Le voile n'est pas un instrument de domination mais un acte d'adoration que la femme accomplit dans sa relation verticale avec son Créateur.

6.2 Non, le voile ne crée pas d'inégalité homme-femme

L'argument de l'inégalité repose sur un malentendu fondamental : la différence n'est pas l'inégalité. L'homme musulman a ses propres obligations vestimentaires (couvrir du nombril au genou au minimum, ne pas porter de soie ni d'or, s'habiller avec décence) et comportementales (baisser le regard, précède même dans le verset coranique l'injonction faite aux femmes : « Dis aux croyants de baisser leurs regards », Coran 24:30, précède immédiatement 24:31). Le Coran commence par responsabiliser l'homme avant de s'adresser à la femme.

En islam, hommes et femmes ont une égale dignité devant Dieu (« Le plus noble d'entre vous auprès de Dieu est le plus pieux », Coran 49:13), mais des rôles et des prescriptions qui peuvent différer. Exiger une identité absolue de traitement entre hommes et femmes comme condition de l'égalité, c'est confondre égalité et indifférenciation, ce qui est une position philosophique particulière, non une vérité universelle.

6.3 La sagesse du voile : pudeur, dignité et liberté intérieure

Le voile, dans sa sagesse profonde, est d'abord un acte de pudeur (hayā'), une vertu que le Prophète (ṣallallahu 'alayhi wa sallam) a décrite comme « une branche de la foi » (Bukhāri et Muslim). La pudeur n'est pas la honte du corps ; c'est le refus de le réduire à un objet de consommation visuelle. Dans une société qui hypersexualise le corps féminin, qui utilise la nudité comme argument de vente et qui soumet les femmes à une dictature de l'apparence, le voile est un acte de résistance.

La femme voilée dit : « Je refuse que mon corps soit le premier critère par lequel on me juge. Je préfère être vue pour ce que je pense, ce que je dis, ce que je fais, plutôt que pour ce que je montre. » C'est un acte de liberté intérieure profond : se libérer du regard de l'autre pour n'exister que dans le regard de Dieu.

Le sociologue Pierre Bourdieu a longuement analysé ce qu'il appelle la « violence symbolique » exercée sur les femmes par les normes esthétiques dominantes. Le voile, paradoxalement, peut être lu comme une libération de cette violence : en se couvrant, la femme échappe à l'injonction permanente d'être belle, jeune, désirable. Elle existe en dehors du marché de l'apparence.

 

VII. CONCLUSION : LE VOILE COMME SIGNE DE LIBERTÉ

Au terme de cette réflexion, une vérité s'impose avec force : le voile musulman, loin d'être ce signe d'oppression que l'on dépeint, est en réalité l'un des actes de liberté les plus radicaux qu'une femme puisse poser dans la société contemporaine.

Liberté spirituelle, d'abord : celle d'obéir à son Créateur par conviction profonde, non par conformisme social. La femme qui porte le voile en France, dans un environnement hostile, fait preuve d'un courage et d'une sincérité dans sa foi que peu peuvent revendiquer. Elle ne choisit pas la facilité ; elle choisit la cohérence.

Liberté intellectuelle, ensuite : celle de refuser un discours dominant qui prétend que la liberté de la femme passe nécessairement par l'exhibition de son corps. La femme voilée questionne, par sa seule présence, les fondements d'un modèle qui fait de la nudité la norme et de la pudeur une anomalie.

Liberté individuelle, enfin : celle de disposer de son propre corps selon ses convictions, sans que l'État ne vienne lui dicter ce qu'elle peut ou ne peut pas porter. C'est le droit fondamental de tout être humain dans une démocratie digne de ce nom.

La France aime à se présenter comme la patrie des droits de l'homme. Mais une patrie des droits de l'homme ne légifère pas sur la longueur des jupes ou la présence d'un tissu sur les cheveux. Une patrie des droits de l'homme ne demande pas à une femme de renoncer à sa foi pour accéder à l'éducation, à l'emploi ou à l'espace public. Une patrie des droits de l'homme ne force personne, ni à porter un voile, ni à l'enlever.

La vraie laïcité n'a pas peur du voile. La vraie liberté ne craint pas la différence. La vraie égalité ne se mesure pas à la conformité vestimentaire. Et la vraie émancipation, c'est quand une femme peut choisir librement, et que la société respecte ce choix — quel qu'il soit.

 

« La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. » — Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, article 4 (1789)

 

Si la République croit en ses propres principes, alors le voile n'est pas son problème. Il est son test.

 

 

RÉFÉRENCES ET SOURCES

Sources coraniques

• Coran, sourate An-Nûr (24), verset 31

• Coran, sourate Al-Ahzāb (33), verset 59

• Coran, sourate An-Nûr (24), verset 30

• Coran, sourate Al-Hujurāt (49), verset 13

Sources prophétiques (hadiths)

• Sahih al-Bukhāri, hadith n°4758 (réaction des Ansāriàt au verset du voile)

• Sahih al-Bukhāri et Sahih Muslim (hadith d'Umm 'Aṭiyya sur le jilbāb)

• Sunan Abû Dāwûd (hadith d'Asmā' sur la 'awra)

• Jami' al-Tirmidhi (hadith sur les meilleurs envers leurs épouses)

• Sahih al-Bukhāri et Muslim (la pudeur comme branche de la foi)

Ouvrages d'exégèse et de jurisprudence islamique

• Ibn Kathīr (m. 1373), Tafsīr al-Qur'ān al-'Azīm

• Al-Qurṭubī (m. 1273), Al-Jāmi' li-Aḥkām al-Qur'ān

• Ibn Hajar al-'Asqalāni (m. 1449), Fatḥ al-Bāri (commentaire du Sahih al-Bukhāri)

• Al-Nawawī (m. 1277), Minhāj al-Ṭālibīn

• Ibn Rushd (Averroès, m. 1198), Bidāyat al-Mujtahid

• Ibn Manzûr, Lisān al-'Arab (dictionnaire classique de la langue arabe)

• Ibn Fāris, Maqāyīs al-Lugha

Ouvrages historiques et académiques

• Frantz Fanon, L'An V de la révolution algérienne (1959), éd. Maspero

• Joan Wallach Scott, The Politics of the Veil, Princeton University Press (2007)

• Jean Baubérot, La Laïcité falsifiée, La Découverte (2012)

• Pierre Bourdieu, La Domination masculine, Seuil (1998)

Textes juridiques internationaux

• Déclaration universelle des droits de l'homme (1948), article 18

• Convention européenne des droits de l'homme, article 9

• Pacte international relatif aux droits civils et politiques, article 18

• Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (1789), article 4

Textes juridiques français

• Loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l'État

• Loi n° 2004-228 du 15 mars 2004 (interdiction des signes religieux ostensibles à l'école)

• Loi n° 2010-1192 du 11 octobre 2010 (interdiction de la dissimulation du visage dans l'espace public)

Sources bibliques

• Première Épître aux Corinthiens, chapitre 11, versets 5-6

• Mishnah, traité Ketubot 7:6

Rapports et décisions

• Comité des droits de l'homme des Nations Unies, constatations du 23 octobre 2018 (affaires n° 2747/2016 et 2807/2016)

• Amnesty International, rapports sur les restrictions vestimentaires et les droits des femmes

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